Cette ligue est écrite en plus gros caractères
WINITHARIUS. IIU
Explicit liber quem dicta vit Oiigeiiis.
Origenis iii illis teiuporibas cliristianus fuit, sed postea depravutum est mens ej[u]s post vaiia. Sed vos qui legitis non dubitetis légère quia prolicit vobis si retinetis et orate pro scriptore si habeatis Deum adjulorem in die judicii.
Sic fiât flut fiât. Amen amen amen.
Les prétendues corrections de la main de l'empereur ne sont pas plus anciennes que le milieu du ix^ siècle. Au reste, on ne voit pas comment les corrections de la main de Charlemagne auraient pu, à moins d'une véritable prophétie, être annoncées par le copiste même du manuscrit. Une telle légende n'est pas plus sérieuse que celle qui montre l'empereur s'occupant, la veille de sa mort, à corriger les Évangiles cum Grxcis et Syris '. Le manuscrit de Vienne ne peut être que des premières années du règne de Charlemagne qui, dès l'année 769, avait mérité de voir louer ses exploits guerriers. Winitharius a donc vécu au moins jusqu'à ce moment. J'ai à peine besoin de dire que Lambeck se trompe quand il dit que le manuscrit est écrit antiqiio charactere golhico seu toletano. L'écriture ne paraît pas se distinguer de celle de Winitharius.
C'est cette écriture dont il nous faut déterminer le caractère. La chose est facile : qui a vu une fois l'écriture de Winitharius la reconnaîtra toujours.
Nous écarterons d'abord la charte n" 28, de l'an 763. Suivant un usage très répandu, elle n'a sans doute pas été écrite de la main de Winitharius, malgré les mots scripsi et subscripsi. Autrement il faudrait admettre, ce qui du reste ne serait pas sans exemple, que ce moine a eu deux écritures, une de charte et une de manuscrit ; la charte de 761, en tous cas, est de son écriture de manuscrit.
Cette grosse écriture, aux traits épais, se distingue en particulier par des q ouverts par le haut. Elle montre une main grossière mais ferme et n'a, à ma connaissance, pas un analogue dans les chartes et dans les manuscrits de Saint-Gall. D'après M. Wilkens, cette écriture est très rapprochée de celle des chartes de l'abbaye rétho-romane de Vidomna ou Rankvvil, près de Feklkirch, dans la vallée du Rhin. Elle est tellement caractéristique que nous pouvons affirmer que celui qui a écrit le nom de lluinitharius dans Je manuscrit 70 sur celui de Paulimis (ou quel qu'il soit), n'a fait que rendre à cet écrivain ce qui lui appartient. Paulinus était-il un nom littéraire ou monastique, comme Antegarius? La chose est possible. Nous attribuerons également sans hésiter à Winitharius les manuscrits bibliques 2 et 907, ainsi que certains passages du manuscrit 11.
Le manuscrit 70 présente ce caractère unique, que les Épîtres pastorales, c'est-à-dire celles à Timothée, à Tite et à Philémon, sont placées
1. Theganus, Vita Hludovici, Mou. Germ., Script, t. II, p. 592,
120 SAIM-GALL ET l'iTALIE DU NORD.
après l'Epîtro aux Hébreux, comme dans les meilleurs manuscrits grecs. La slichomélrie qui accompagne les diverses Epîtres est, jusqu'après les Thessaloniciens, celle de Théodulfe, et n'est pas sans rappeler celle de certains manuscrits languedociens (B. N. 7 et 321). Le texte est très corrompu ; ses leçons sont tour à tour celles de tous les mauvais manuscrits: le Codex Fuldensis et les manuscrits espagnols ou languedociens y fourniraient de nombreux parallèles '. J'y rencontre également quelques rapprochements avec un bien curieux manuscrit des Epîtres de saint Paul (B. N. 10440), dont je ne puis parler en ce moment et sur la garde duquel on trouve, avec des formules magiques du plus grand intérêt, une prière pour l'âme de Charalus (probablement de Charles le Chauve), adressée par l'intercession de saint Colomban. Ce manuscrit paraît de la première moitié du ix" siècle, peut-être provient-il de Bobbio.
Le manuscrit 70 se continue, pour ainsi dire, dans les volumes 2 et 907. Le volume coté 2 est composé en réalité de deux manuscrits, tous deux du viii^ siècle. Le deuxième seul est de l'écriture de Winitharius ; il comprend les Actes et l'Apocalypse, suivis, selon l'usage de cet écrivain, de divers morceaux. Le texte des Actes paraît en général très rapproché du (lodex Fuldensis, déjà mentionné tout à l'heure : ce n'est donc pas un bon texte. A côté des leçons du Codex Fuldensis, on en trouve d'autres qui rappellent les leçons catalanes ou languedociennes % mais aucune des grandes interpolations espagnoles ou languedociennes n'a pénétré dans notre manuscrit. Je relèverai en passant certaines erreurs grossières, telles que xii, 18 : crastina (tiré probablement de eral non, qui suit); XIII, 14 : pergenles, pour Pergen, et xxv, 24- : démentis pour clamantes. Ce qui présente plus d'intérêt, c'est l'omission d'un passage parfaitement authentique à la suite d'un verset apocryphe : 'après l'omission de AcT.,
1. Rom.. I, 29 : contencione semolacione susurafiones detr adores... elatos sibi placentes inventores inalorum (cf. p. 82). — viu, 28* : omnia proccduiit (= B. N. 11653). — Ib., 36: morti adficimur [morte aff.: B. N. 93. 11533**). — xiii. 1: Omnibu.'i potesfatibvs sublimioribus su()diti estote (=: B. N. lOilO). — Ib., 9: noiico}icupisces, noiifalsum tesllmonium dices. — I Cor., x, 8* (semblc-t-il): viginti quatuor (= toi. B. N. 1). — Ib., 13: quod potestis susteiifare. — Gal., iii, 1: OUI. vcritaU. — Col., m, 21 (correction paraissaut de la r® maiu): ad iracundiam (= Miin. 0229. B. N. 4**). — I Tim., ii. 10: pcr bonam conversa' ionem (= laua**. cf. Théod**). — II Tim., iv, 10*: Galileam.
2. AcT., V, 15: et stalim salvi fiebant {= S. Oall G3. 72 [om. ri] 75**. 83. Eins. 1). — rb., 21: Audiens autem (= compl*. B. N. 4* (seaible-t-il). G. 202. 11505). — Ib., 39: dissolvere illud {=dem. B. N. 11505**). — vu, (1: quadringenfis et septem (= S. Gall 03; cf. S. Gall 11). — i\. ô: Et ilfe ait... J/iesus Nazarenus... oui. dnruni — catcitrare... Et ait illi Saiilus : Domine, quid me oportef fieri? Et ait illi Jfiesus. — xii, 1: tn diebus itlis misil . — Ib., 7: ca/ceris (= B. N. 0. 202. 321**. 341. 342. 343. NVeniij,'. versions provençales, vaiidoise et allemande [lepl.]). — xiii. 14: pergentes (= S. Gall 72*. 83*|. — xvi, 12 : civitas Cotonix (= B. N. 342, versions provençales, vaudoise et allemande [tepl.y.^ Caloniiv: S. Gall 03). — xviii. 16: et minarit eos {= Jutd. S. Gall 03). — xxv. 22: Ut ci Festus (= S. Gall 03. add. 11852). — xxvii, 43: se primos in mare (= S. Gall 83. B. N. 4*. 254. 321**. 342).
WINITHARIUS. 121
xxiii, 25, il manque le commencement du verset 26, jusqu'à : continentem hii'C. De même, à viii, 38, les quatre premiers mots de ce verset, qui sont authentiques, ont disparu avec le verset 37, qui est inauthentique. Il semble que nous surprenions ici la main d'un correcteur trop empressé, et que nous soyons en droit d'admettre que notre texte a été amputé des interpolations, peut-être de caractère espagnol ou méridional, qui y avaient trouvé place.
Les Epîtres catholiques, suivies de nouveau de l'Apocalypse, occupent une partie du manuscrit 907, dont l'écriture est également celle de Winitharius. Elles sont accompagnées de préfaces qui ne se rencontrent pas ailleurs. De ces préfaces, la deuxième, celle de la V*" Épître de saint Pierre, mérite une mention particulière. Elle commence ainsi : Discipulus (sic) Salvatoris invicti toto orbe diffnsus et peregrinos in hoc seculo... Si je ne craignais d'être trompé par un rapprochement fortuit, je rappellerais que le nom de Peregrinus s'est conservé à nous comme celui d'un des plus anciens éditeurs de la Bible, et que ce Peregrinus paraît avoir été Visigoth ".
La division en chapitres est inconnue comme les préfaces. Le manuscrit est fort mal copié ; c'est ainsi qu'on lit, II Pierre, i, 16 : sicut igiiotam pour secuti notant. Le texte est mauvais ; c'est en général celui des manuscrits les plus éloignés de la Vulgate, tels que le Codex Lemovicensh (B. N. 2328) ^
L'Apocalypse paraît montrer, dans les deux manuscrits, un texte identique, sauf un petit nombre de détails et de fautes, sans qu'aucun des deux soit copié l'un sur l'autre. Ce texte semble assez ordinaire.
Nous devons rapprocher des manuscrits précédents un petit volume fort curieux, conservé à la bibliothèque conventuelle sous le numéro 11, qui sert comme d'intermédiaire, dans l'histoire de la Bible à Saint-Gall, entre les anciens textes et la Vulgate. Ce manuscrit a été étudié par M. Caspari avec la méthode dont le savant professeur de Christiania avait le secret. Les quelques pages, non signées, qu'il a glissées entre les feuilles de l'exemplaire du catalogue qui est à la disposition des lecteurs, sont un modèle d'exactitude et de critique. Il n'est pas facile, en effet, de débrouiller les trois manuscrits dont les cahiers sont confondus sous la même couverture.
Notre volume est un recueil d'extraits, composé pour l'usage des moines et écrit de plusieurs mains, comme on les écrivait en un temps où les