‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 12 sur 340 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE l'introduction DE LA VULGATE EN GAULE

Dans l'histoire de la Bible, chaque pays a sa place et chaque peuple a son heure. L'Italie, patrie de Cassiodore, l'Espagne, qui conservait la tradition des Visigoths, l'Irlande missionnaire et l'Angleterre, fidèle servante du siège de saint Pierre, paraissent tour à tour au premier rang pour s'effacer ensuite ou pour disparaître. La France tient, dans cette intéressante histoire, une très grande place. Longtemps incertaine et attachée paji' une ancienne habitude aux textes mêlés, elle devait trouver en Alcuin le restaurateur du texte de saint Jérôme. C'est à Paris que, plus tard, Roger Bacon et ses élèves ont conçu la pensée de rétablir, parla critique, le texte pur de l'Écriture sainte. C'est l'histoire des premiers travaux entrepris pour corriger le texte de la Bible que nous essayons d'écrire ici, et c'est de la France qu'il nous faut partir.

Personne ne pourrait dire à quel moment la traduction de saint Jérôme s'est introduite en Gaule. C'est peu à peu et d'une manière insensible que la nouvelle version de la Bible a pris la place des anciennes. L'histoire de l'introduction de la Vulgate dans notre pays soulève tant de problèmes; elle suppose des études si étendues, qu'elle pourrait difficilement être écrite en ce moment. Les premiers siècles de notre histoire nationale no nous présentent souvent, à cet égard, qu'incertitude et que contradictions.

IlIST. DE LA VULG.VÏE. 1

Nous nous demnntlerJons en vain de quelle Bible faisait usage le grand prédicateur du commencement du vi® siècle, saint Césaire d'Arles. Les sermons qui lui sont attribués sont si mal assurés, dans leur authenticité et dans leur texte, que nous ne pourrions les prendre pour point de départ. A en juger par leur texte imprimé, le plus grand nombre de ces sermons reproduisent la Vulgate sans changement, et d'autres citent une ancienne version ou paraissent suivre l'un et l'autre texte tour à tour. Le livre bien connu du célèbre archevêque de Lyon, saint Eucher (y 450), semble nous fournir une base plus solide'. Si le texte récemment établi peut être regardé comme définitif, saint Eucher a fait surtout usage de la Vulgale, et il a même cité, une fois du moins, le Psautier « hébraïque», œuvre définitive de saint Jérôme, qui ne figure pas dans les Vulgates modernes. Il est vrai que les manuscrits de son livre ne sont pas antérieurs au XI*" siècle ; ce n'est donc pas sur eux que nous pourrons faire reposer une conclusion durable. Quant aux conciles des Gaules, dont le premier volume a été publié avec soin par les bénédictins, les textes que nous en avons sont d'un usage si difficile, qu'il vaut mieux ne pas trop nous arrêter en ce moment à leur examen.

Page 1