LA BIBLE DE SAINT- AUBIN
dans les deux premières lignes des préfaces des Proverbes, de l'Ecclésiastique, des Actes, des Épîtres catholiques et de l'Apocalypse, ainsi que dans la première ligne de certains psaumes, des Épîtres catholiques, des Épîtres de saint Paul et de certaines préfaces. Le manuscrit n'a pas d'autres ornements que de grandes initiales, de style français, avec quel- ([ues entrelacs. Ce qui distingue, au point de vue paléographique, la bible de Saint-Aubin de toutes les autres bibles copiées à Tours, c'est qu'on y voit, dans la préface des Actes, les ligatures et et em, qui ne se trouvent pas d'ordinaire dans ces manuscrits. Les ressemblances que nous aurons à relever entre la paléographie de ce manuscrit et l'autographe d'Adalbaldus (B. N. 17227) nous obligeront à reconnaître dans la bible d'Angers un des plus anciens produits de l'école de Tours. Notre bible était à Saint- Aubin au xiii^ siècle. Il ne faut pas la séparer d'un deuxième manuscrit de Saint-Aubin qui lui ressemble à beaucoup d'égards, la bible n° 2 de la bibliothèque d'Angers'. Ici encore nous trouvons la semi-onciale, mais mêlée des ligatures et et em. Le manuscrit semble être imité de ceux de Tours et le tome P"" paraît copié directement, peut-être après une rapide correction, sur la première bible de Saint-Aubin. Nous pouvons donc considérer comme à peu près certain que la bible n° 1 était à Saint- Aubin d'Angers dès la seconde moitié du ix^ siècle, et nous sommes en droit de regarder la bible n° 2 comme un type de l'art angevin de ce temps. Sans nous y arrêter davantage, nous dirons que le manuscrit nM présente cette particularité, que les Épîtres de saint Paul, dont la tradition est en général très inconstante dans les manuscrits de Tours, s'y trouvent dans un ordre très peu usité. Ellessontaccompagnéesdesommaires dont l'un, celui de la P^ Épître aux Corinthiens, ne se retrouve presque dans aucun manuscrit, sinon dans le manuscrit 2 d'Angers et dans une bible tourangelle du XII* siècle, le n° A. 1. 1 f° de Sainte-Geneviève, qui provient de Loches. Notre manuscrit n° 1, qui paraît un des premiers représentants de l'école de Tours, a donc créé, entre l'Indre et la Maine, une tradition à part.
On conserve aux archives de l'église collégiale de Monza (n° G. 1) un grand et beau manuscrit de la Bible qui appartenait à l'église de Monza dès les temps les plus anciens. A la fin de l'Épître aux Hébreux, on lit, d'une écriture du xiv^ ou du xv® siècle, les mots : Liber bibie veteris, et est ecclesie S. Johannis de Modoetia. k la fin du volume, au folio 390 v", on voit une note relative à l'achèvement des fonts baptismaux de la collégiale, en 1201. A la fin de l'Ecclésiastique, sur un verso resté blanc, une
1. Dans cette bible, les numéros des chapitres sont alternativement rouges et verts, les initiales et les rubriques sont en rouge, en vert et en bleu. Les tons bleus et verts prédominent. Il y a des touches vertes dans les petites initiales. On remarque un I à entrelacs au commencement de la Genèse. Les canons des Évangiles sont sous une toiture portée par des voûtes entre-croisées ou par des chevrons superposés; on y voit des anges, des grotesques, etc. Aussitôt après se voit la figure du Christ, dans une gloire en double sphère, entouré des deux évangelistes.
main du x* siècle a copié le fameux papyrus grégorien, c'est-à-dire la liste des saintes huiles envoyées par le Pape saint Grégoire à la reine Tliéodelinde. Au bas de la première colonne du folio 390 v°, déjà mentionné, après Veœplicit de l'Apocalypse, on voit, écrits sans alinéas, d'une écriture onciale qui est l'écriture du copiste lui-même, les six premiers vers du poème d'Alcuin : Nauta rudis pelagi..., puis ces trois vers, très effacés mais encore lisibles, écrits en une belle minuscule qui est également de la main du copiste :
Hos tandem dig[ao]s ca[r]axavit dextera libres Exigims Ghristo devotiis fainulus almo Amalricus ovans atque hic sua otia fregit.
Le nom d'Amalricus est honorablement connu dans l'histoire de l'église de Tours. Amalricus, levita exiguus cœnobil S. Martini, a donné, en 841, ses biens à Dieu et à saint Martin. Pour employer dignement l'argent du vertueux chanoine, l'abbé Adalard établit la gratuité des écoles de Saint- Martin, en vertu du principe: Gratis sumpsistis, date gratis^ En 846, Amalricus était écolàtre de Saint-Martin * ; il devint en 849 archevêque de Tours et il mourut en 855, après avoir vu les maux de l'invasion normande, laissant la réputation d'un prélat distingué et d'un savant. Ce religieux paraît avoir été le copiste de notre manuscrit.
La semi-onciale bien connue se rencontre en plusieurs endroits dans la Biblia Monzese% mais cette écriture manque de naturel. L'onciale ne paraît pas être exactement celle de l'école de Tours, et la minuscule semble aussi différer quelque peu de celle qui se voit dans les manuscrits de Tours '*. L'ornementation du manuscrit ne montre aucune des caractéristiques des manuscrits copiés à Tours au milieu du ix'' siècle. Les initiales, qui sont à entrelacs, sont très simples. Les canons des Evangiles sont peints en des couleurs vives et claires, où le vert et le rouge dominent ; ils semblent rappeler presque autant le style qui fut plus tard celui des peintres de Limoges que celui des coloristes de Tours. Des guirlandes de feuillage sont enroulées autour des colonnes. En haut des arcades en plein cintre, on a peint des oiseaux, parmi lesquels on voit deux grues. Ni récriture, ni la décoration ne permet d'aflirmcr que le manuscrit ait été copié à Tours.
Quant au texte lui-même, la bible de Monza diffère sensiblement, tant