LES ÉVANGILES DE SAINT GAUZELIN
serve, jusqu'à la Révolution, dans l'abbaye de Bouxières, auprès des reliques de cet évêque. Quant à Arnaldus, sur l'ordre duquel il a été copié, il ne peut guère y avoir de doute sur son identité. M. Auguin, qui croit que l'écriture de notre manuscrit est de la seconde moitié du ix^ siècle, pense qu'il a été copié pour Arnaldus, qui fut évoque de Toul de 870, ou environ, à 893. C'est une erreur. Un seul personnage du règne de Louis le Débonnaire a tenu par assez de liens, d'une part aux bords de la Loire et de l'autre l'église de Toul, pour que son nom s'impose à nous : c'est le grand-oncle de l'évêque Arnaldus, appelé lui-môme Arnaldus. Ce fut un très grand personnage de la cour du fds de Charlemagne. Son épouse, Flaminiola, tenait, dit-on, de la plus liaute noblesse romaine, et il occupa des emplois considérables à Orléans.
Arnaldus fit élever son fds Arnoul dans les écoles de Tours, et ce fils succéda, sur le siège de Toul, qu'il occupa de 845 à 870 environ, à Frothaire, qui avait été l'ami de son père '. C'est, on n'en peut douter, pour le premier Arnaldus qu'a été écrit notre manuscrit. Remarquons encore l'orthographe lOBIINHH, proche parents de celle du mot CKPIBHN6H, que nous avons trouvée sous la plume d'Adaldald ^ Ce serait abuser des ressemblances que nous avons relevées, que d'attribuer les Évangiles de saint Gauzelin à la plume d'Adalbald; mais s'ils n'ont pas été écrits de sa main, ils sont certainement l'œuvre d'un de ses meilleurs disciples.
Le texte du manuscrit de Nancy n'est pas exactement celui du manuscrit signé d'Adalbad. Nous l'avons déjà fait remarquer. Sur 117 passages choisis que nous avons collationnés, la première main de notre manuscrit se prononce
68 fois contre la première bible de Charles le Chauve ;
67 fois contre les Évangiles de Lolhaire ;
64 fois contre les Évangiles de Saint-Médard ;
53 fois contre le manuscrit Harl. 2788;
28 fois contre le Codex Y allie elii anus ;
24 fois contre le manuscrit B. N. 9385 ;
23 fois contre les Évangiles d'Adalbald ;
22 fois contre la bible de Bamberg ;
47 fois contre la bible de Monza, et 12 fois seulement contre les Évangiles de Saint-Corneille (M. Br. add. 11848).
Nous devons donc placer les Évangiles de saint Gauzelin tout près de ce dernier manuscrit.
Au reste, la leçon première de notre manuscrit est quelquefois difficile à reconnaître, sous les nombreuses corrections que plusieurs mains y ont
1. A. Haiick, Kirchemjesddchte Deutschlands, t. Il, 1890, p. 728.
2. Comparez une inscription analogue, en grec, sur un sacranientaire de Téglise de Tours : Dclisle, Catalogue des manuscrils des fonds Libri et Barrois, p. 13 et pi. v.
apportées. Un premier correcteur a amendé, à l'encre bleue, les erreurs du copiste, et un deuxième correcteur contemporain a introduit dans le texte de nombreux changements. Sur 58 corrections que j'ai relevées dans les 117 passages de ma collation, le correcteur a introduit 50 fois la leçon des Évangiles de Lothaire et 48 fois celle de la première bible de Charles le Chauve'. Un troisième correcteur a quelquefois (5 fois parmi les passages collalionnés) rétabli la leçon de la première main.
Mais poursuivons l'examen des Évangiles de Tours.
Il faut mentionner, de suite après les Évangiles de saint Gauzelin, le manuscrit additional 11848 du Musée britannique. Je crois pouvoir donner à ce manuscrit le nom d'Évangiles de Saint-Corneille, parce qu'il appartenait, au xv*' ou au xvi' siècle, à une abbaye de bénédictins, où aucun saint n'était particulièrement vénéré, sinon saint Corneille et saint Cyprien. Il est donc fort probable qu'il provient de Saint-Corneille de Compiègne. Il est revêtu d'une splendide reliure qui paraît du xiii^ siècle environ et qui contient des reliques. La décoration de ce manuscrit est assez lourde ; on y voit des entrelacs. Les canons des Évangiles sont dans le genre des manuscrits de Tours, ils sont accompagnés d'arbres et d'oiseaux. Les figures des évangélistes sont laides ; au-dessus de leurs tètes, on voit, écrits en or sur des bandes de pourpre, les vers bien connus : Hoc Mattheus agens, etc. En plusieurs endroits, en particulier dans l'Épître à Damase {Noviim opus...), on remarque la belle et grosse semi-onciale de Tours que nous connaissons pour l'avoir vue dans le manuscrit de Quedlimbourg, qui est signé d'Adalbald. Nous parlerons en même temps du texte de ce manuscrit et des suivants.
Le plus célèbre de nos manuscrits est celui auquel on donne le nom d'Évangiles de Lothaire. Ce splendide manuscrit porte le numéro 26ô au fonds latin de la Bibliothèque nationale. L'origine en est indiquée par les vers incorrects et sans style qu'on lit au deuxième feuillet, écrits en capitales rustiques d'or. Ils sont écrits à la suite du portrait de l'empereur Lothaire, peint au verso du premier feuillet :
Arbiter altitronus mundi formater et auctor... Hlotarium (lui iiunc fuit as pietate tua aima Induperator liabetur rex augustus iu orbe... Nam plus ipse Augustus, Ghristi ductus amore, Hoc decus almificum ecclesise praevidit ut esset Praesulis atque beati Martini veneratu, Hune pulclirequc gregem hbrum iutra scribcre jussit Ipsius ornare auro et picturis veneraude, Ut uolum faciat quantum poUet locus ille.
l. Je remarque, parmi les rares leçons remarquables du correcteur, les suivantes : Matth., XVI, 9 : quinque panum et quinquc milium. — Ib., 10 : seplcm panum et quattvor milium. — xwii, -iG : Hcli Jlcli lama sabachlhani (l'° m. : lema sa- Oachlhani ?)