Hamilton251, actaellement k M. Th. Irwin, d'Oswego
Amiatinus ne peut pas être identique au manuscrit romain sur lequel il a été copié. Certains de ses sommaires, ceux des Actes et des Épîtres catholiques ainsi que ceux du prophète Sophonie, ne se retrouvent dans aucun autre manuscrit ; d'autres, ceux des Evangiles, ne se rencontrent que dans les manuscrits northumbriens ou dans des copies postérieures et où se trahit l'inlluence des textes de la province d'York. Quant au texte luimême, celui qui douterait de son caractère anglais n'a qu'à étudier les variantes que M. Wordsworth a réunies dans son édition des Évangiles; il y verra que le Codex Amiatinus se plaît en la compagnie des manuscrits anglo-saxons et particulièrement des fragments d'Utrecht et du Booh of Lindisfarne \ Nous avons déjà constaté, et nous verrons par de nouveaux exemples que les copistes saxons ne savaient pas copier un texte étranger sans lui donner, pour ainsi dire, la couleur locale des textes de leur pays. Au reste le Codex Amiatinus n'est pas dans toutes ses parties une Vulgate pure; certains livres, tels que les deux Sapiences, sont beaucoup plus correctement conservés dans les manuscrits espagnols ou dans d'autres encore *, la prière de Salomon s'y est glissée tout entière d'après une version ancienne, et certaines leçons très pures se doivent chercher ailleurs ^
Voici maintenant deux frères, et peut-être deux frères jumeaux du Codex Amiatinus, deux manuscrits probablement copiés à peu près en même temps que lui à Jarrow ou à Wearmouth.
A la suite du célèbre Psautier d'Utrecht, autrefois dérobé à la Bibliothèque Cottonienne, on trouve douze feuillets en onciale, qui ont été reproduits par la photographie avec le Psautier lui-même. Les sommaires, la division des chapitres, le détaildu texte, l'écriture rapprochent ce fragment du Codex Amiatinus^ et des particularités significatives, telles que la manière dont sont écrites les concordances de la marge, confirment cette impression. A côté du fragment d'Utrecht, il faut citer les neuf feuillets de saint Luc qui sont reliés à la suite du manuscrit A. II. 17 de Durham. L'écriture, qui est une assez grosse onciale, ressemble étonnamment à celle du fragment d'Utrecht, et le texte paraît, sauf l'orthographe personnelle du scribe, à peu près identique à celui du Codex Amiatinus. Or nous pouvons remonter très près de l'origine de notre fragment. On y lit, à la marge du folio 106, le nom cVAldred god biscop. Ealdred fut évêque
1. Voyez en particulier, dans fédition de M. ^Vords^vo^(h, Matth., ii, 13 et 22; m, 4; IV, 25; V, û et 24 ; vu, 22; ix, 2 ; x, 12 et 2G ; xiv, 30; xv, 17; xviii, 9; xix, 5; XX, 17; XXV, 41 et xxvii, 40.
2. II faut mentionner ici la ressemblance toute particulière qui unit le Coder Atn/atinus à un important ms. saxon des livres sapientiaux, le ms. Egerton lOlG, du ix° siècle: je parle des ff. 1-1 G et 32-48 de ce ms.
3. Je pourrais citer, dans la Genèse, Jpsa conteret (m, Ij), et, dans les Évangiles, Jean, v, 4. Les seuls mss. qui omettent ce verset sont, avec les textes « ilaliens « antérieurs k saint Jérôme, les mss. satKj. hcirl* . ann. dunn. CCCG \{)1 et Wurzbourg
LINDISFARNE ET NAPLES. 30
de Chester-le-Street de 957 à 958, et Chester-le-Slreel avait recueilli l'héritage du siège de Liiulisfarne, plus tard transféré à Durham. Le fragment de Durham provient donc, selon toute apparence, soit de Lindisfarne, soit des abbayes voisines de Jarrow ou de Wearmouth. Je pourrais encore, sur l'autorité de M. Wordsvvorth, rapprocher du Codex Amiatinus deux manuscrits northumbriens, dont le texte est prescjue semblable à celui du manuscrit de Ceolfrid. L'un est le Stonyhurst S. John, qu'on prétend avoir été conservé, à Durham, dans la châsse de saint Cuthbert (f 687), l'autre est le manuscrit de maîiu Bedae, conservé à la bibliothèque du chapitre de Durham (A. II. 16). Semblable au manuscrit de Lindisfarne pour tout le reste, le texte de ce manuscrit est, pour saint Jean, presque identique à celui du Codex Amiatinus. Mais j'en ai assez dit pour mettre le Codex Amiatinus à sa place au milieu même du Northumberland. Je passe au dernier et au plus beau des manuscrits de la famille northumbrienne, au chef-d'œuvre de la calligraphie hiberno-saxonne, au Book of Lindisfarne, ornement de la Bibliothèque Cottonienne et, aujourd'hui, du Musée britannique. Il y porte la cote Nero D. IV.
Le Book of Lindisfarne est signé d'Eadfrilh, qui occupa le siège de l'île sainte de 698 à 721. C'est un monument de la victoire des Saxons sur les Scots. Mais les moines de Lindisfarne, en abjurant la Pàque écossaise, n'avaient pas renoncé à leur art national, et ils ont offert à Dieu et à saint Cuthbert un chef-d'œuvre comme seuls les Irlandais ou leurs disciples pouvaient l'exécuter. Ces artistes avaient pourtant des noms saxons; l'un d'eux, Œthilvald, fut évêque de Lindisfarne de 721 à 740. Je ne dis point la splendeur de ces ornements formés d'entrelacs disposés en croix et des monogrammes qui sont en tète de chaque Evangile. Quant au texte, je l'ai déjà placé non loin du Codex Amialinus.
Mais voici qu'une découverte toute récente est venue rapprocher encore le texte northumbrien de l'Italie. Elle est due à un religieux bénédictin de Maredsous, en Belgique, Dom G. Morin. Chose étrange, ce n'est pas le nom de Rome qui a été prononcé à cette occasion, c'est celui de la ville de Naples'.
En tête de chacun des F>angiles, dans le Book of Lindisfarne, aussi bien que dans un autre manuscrit anglo-saxon qui paraît du ix'' siècle (M. Br. I. B. VII) et qui porte, au folio 15 v% la signature: /Elhetstan cyng, on trouve l'énumération d'un certain nombre de fêtes ou de cérémonies pendant lesquelles, assurément, on lisait des leçons de cet Évangile. Ce texte liturgique n'est autre chose que le calendrier de l'église à laquelle appartenait le manuscrit primitif, celui sur lequel le Book of Lindisfarne a été copié. Or, parmi le très petit nombre de fêtes des saints, nous trouvons la fête de saint Janvier, précédée du jeûne de la veille, et
- \. La Liturgie de Naples au temps de S. Grégoire. Revue bénédictine, t. VIII, 1891, p. 481.
îa fête de saint Vit; nous voyons la dédicace d'une église : In dedicatione basiUcse Stephani. Or chacun sait que saint Janvier est le grand saint local de Naples ; saint Vit y fut honoré avant d'être transporté à Saint-Denis et de là à Prague, et la cathédrale de Naples s'appelait basilica Stephani ou la Stephania, en l'honneur de son deuxième fondateur, l'évêque Etienne I", vivant après l'an 500. Nous avons du reste un autre calendrier ancien du diocèse de Naples, et il concorde de tous points avec notre texte liturgique. Celui-ci est donc bien napolitain.
Mais quelle relation y a-t-il entre l'église de Naples et la Northumbrie? La réponse est facile à donner. Nous laissons la parole à Dom Morin :
« En 668, le Grec Théodore et l'Africain Adrien furent envoyés en Angleterre avec l'Anglo-Saxon Benoît Biscop, afin de travailler de concert à l'organisation définitive de la chrétienté dans ce pays. Or cet Adrien était abbé d'un monastère près de Naples, appelé par Bède tnonasterium iMsidaniim. Mazzochi a identifié ce lieu avec la petite île de Nisita, entre Naples et Pouzzoles, la Nesis des anciens, mentionnée par le Liber pontificalis parmi les donations faites par Constantin à l'Église de Naples.
« Il y eut effectivement dans cette île un monastère qui a laissé çà et là quelques traces dans l'histoire, du vu® au xiii° siècle.
(( Mais ce n'est pas tout. Un des premiers soins du vieil archevêque Théodore, après son installation à Canterbury, fut de parcourir l'une après l'autre les diverses provinces de l'île confiée à ses soins, accompagné et secondé en tout par l'abbé Adrien •. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à la métropole celtique de Lindisfarne, dont le prélat voulut consacrer lui-même la cathédrale en bois, bâtie par l'évêque Aïdan. Si Théodore avait bien apporté avec lui un Homère qu'il lisait sans cesse, on n'aura pas de peine à admettre qu'Adrien de son côté s'était muni des livres liturgiques qu'il estimait devoir être utiles aux églises et communautés monastiques de l'Angleterre. Parmi ce bagage littéraire il a pu se trouver quelques manuscrits des Évangiles provenant de Naples. »
Si notre calendrier est de Naples, comme on ne saurait en douter, le texte des Évangiles qu'il accompagne est-il nécessairement aussi napolitain ? Oui sans doute, car on ne peut guère admettre que l'on ait interpolé ainsi un manuscrit en quatre endroits différents, et les notes liturgiques qui sont sur les marges sont d'accord avec le calendrier. Cela ne veut pas dire qu'entre Naples et Lindisfarne notre texte n'ait pu éprouver plus d'une altération. On en jugera par les profondes différences qui séparent le Book of Lind infâme du manuscrit d'.Ethelstan, qui paraît pourtant copié sur lui. On se souvient que, dans le Codex Amialinus, les Evangiles sont en dehors des traditions ordinaires et forment groupe, à tous égards, avec les manuscrits northumbriens. 11 est donc diflicilede ne pas admettre que
1. Bède, llisl . ceci., IV, 2: Moxque pcnujrala htsiifa loin... per oniniu coini- (anle et coopérante J/adrmito dis.scinhiaOal .