Textes mêlés
11 nous reste à examiner les textes mêlés, mais tel est le nombre des manuscrits qui les contiennent, que nous ne pouvons, sans ennui pour le lecteur, en étudier qu'un petit nombre. Nous examinerons de préférence les manuscrits de Dublin, pour nous éloigner le moins possible des origines du texte irlandais.
Le Book of Durrow ou Codex Durmachensis ' est sans doute le plus ancien des manuscrits de cette famille. Il ne faut pourtant pas en croire la légende et il serait imprudent de l'attribuer à saint Columba (f 597), sur la foi d'une note ancienne. Le manuscrit est, à n'en pas douter, sensiblement plus récent; peut-être est-il d'assez peu antérieur au Book of Kells, qui va suivre. Durrow ou Dearmag est la célèbre abbaye fondée par saint Columba et située dans King's Countij. Le texte de ce manuscrit est une Vulgate avec quelques interpolations irlandaises.
Kells ou Kenanna est la célèbre abbaye du comté de Meath où l'abbé d'Iona transporta, en 802, les reliques de saint Columba, lorsque son couvent eut été incendié par les Normands. Le Codex Kenanensis - est au moins l'égal en beauté du Lhilisfarnensis, dont il se rapproche infiniment partons les détails de son ornementation dont la richesse est tout irlandaise ; il paraît pouvoir être également daté des premières années du viii® siècle. Il est fort possible qu'il ait été apporté d'Iona. Le fond du texte est la Vulgate, mais elle est mêlée d'un grand nombre de leçons de type européen et de beaucoup de leçons irlandaises. Ce que ce texte a de plus curieux, c'est qu'il nous laisse voir le procédé par lequel il a été compilé. Il est rempli de doublets, ou, pour parler à l'anglaise, de conflate readings. J'en donnerai quelques exemples. Matth., vi, 16, la Vulgate écrit : exterminant enim faciès suas; presque tous les manuscrits irlandais lisent : demotiuntur ; on lit dans le manuscrit de Kells : demuliuntur exterminant. Dans le fameux passage, Matth., xxi, 31, où certains manuscrits ont la leçon: dicant primus et d'autres les mots : dicunt novissimus ou dicunt ei novissimus, le Codex Kenanensis écrit : dicunt primas ei novissimus. Le scribe trahit son procédé psr la note qui s'est glissée dans le texte au chapitre xxiii^ de saint