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CHAPITRE IV

SOCIÉTÉS SAVANTES. — MICROGRAPIIES.

Deux événements, des plus importants pour le progrès de la science, s’accomplirent au dix-septième siècle : la fondation des Académies ou Sociétés savantes, et l’invention du microscope.

Nous, avons déjà plus d’une fois parlé des services rendus par ces Sociétés qui avaient pour but de donner, par l’inauguration de la méthode expérimentale, une plus forte impulsion à la marche des connaissances scientifiques. Nous ne ferons que rappeler ici que l’Académie des Lyî(ea,\fondée à Rome, vers 1603, par le prince Gesi, a surtout bien mérité de l’avancement des sciences naturelles (botanique et zoologie). C’est la plus ancienne de toutes les Sociétés savantes; sa fondation est bien antérieure à l’apparition de la Nouvelle Atlantide du chancelier Bacon, que l’on a coutume de citer comme le promoteur des institutions de ce genre. A la suite de cette Académie il convient de citer, comme auxiliaires du progrès scientifique, la Société royale de Londres, fondée par Robert Boyle sous le règne si troublé de Charles I«r ; l’Académie del Cimento , fondée en 1651 à Florence par les élèves do Galilée ; la Société des Curieux de la Nature, fondée en

1652, après la guerre do Trente ans, par Bausch, médecin de Schweinfurt, et l’Académie des ‘sciences de Paris, fondée en 1666, sous le ministère de Colbert. Ces sociétés savantes ont publié des recueils de mémoires et de notices, que l’on consultera toujours avec fruit.

Nous devons une plus longue mention au microscope. L’invention du véritable microscope, du microscope composé, ne remonte guère au delà des premières années du dix-septième siècle; elle coïncide presque avec celle du télescope. Mais il se passa plus de trente ans avant que l’on songeât sérieusement à en tirer parti au profit de la Bcience. François Fontana fit paraître à Naples, en 1646, an ouvrage intitulé : Novæ cœlestium et terreslrium rentra observaliones, specillis a se invenlis , où l’auteur prétend avoir inventé, en 1606, le télescope, formé d’une double lentille convexe, et en 1618 le microscope. Mais ses prétentions n’ont aucun fondement solide. Ce qu'il y a de certain, c’est que François Stellati, membre de l’Académie des Lyncei, publia le premier des observations microscopiques d’histoire naturelle : il avait pris pour objet les différentes parties de l’abeille ( Apiarium ex fronlispiciis naturalis theatri , etc.; Rome, 1625). Ce n'est cependant guère que depuis les immortels travaux de Hooke, de Malpighi, de Grew et de Leuwenhoek que le microscope devint l’instrument presque indispensable du naturaliste.

Leuwenhoek.

Antoine van Leuwenhoek (né à Delft en 1632, mort en 1723), instruit sans maître, renonça à la carrière commerciale pour se livrer, suivant ses goûts, à l’étude de l’histoire naturelle. Il fabriqua lui-même les microscopes dont il se servait avec une dextérité extrême. Les observations qu’il adressait à la Société royale de Londres, lui acqui-

TEMPS MODERNES

rent bientôt une grande renommée, et les savants les plus célèbres de son époque tinrent à honneur de correspondre avec lui. Lorsque Pierre le Grand passa devant Delft, en 1698, il envoya deux de ses gentilshommes pour le prier de se rendre auprès de lui dans un des bateaux de charge qui le suivaient, et d’apporter ses merveilleux microscopes; il lui fit même dire qu’il serait allé lui-même le voir, s’il n’avait pas été obligé de se dérober à la foule qui l’importunait. Le grand micrographe, pour satisfaire la curiosité du czar, lui montra, entre autres phénomènes, le mouvement du sang dans la queue d une anguille.

En 1686, Leuwenhoek refusait encore de croire à la circulation du sang; il n’admettait pas que le sang passât des artères aux veines par le réseau capillaire. Mais dès 1688 il changea d’opinion : grâce au perfectionnement de ses microscopes, il vit distinctement passer les globules du sang, un à un, des dernières ramifications des artères aux premiers rameaux des veines : magnifique spectacle, qui s’offrit d’abord à l’œil exercé des naturalistes dans la queue du têtard, puis dans la membrane interdigitale de la grenouille, enfin dans les nageoires de l’anguille et d’autres poissons1. Il mit ainsi le dernier sceau à la découverte de Harvey.

Leuwenhoek décrivit aussi le premier très-exactement les globules du sang, de forme ovale et aplatie ; il remarqua qu’il faut au moins six de ces globules réunis pour que le sang paraisse rouge, et il crut trouver dans les divers obstacles apportés à leur mouvement l’origine de plusieurs maladies. La priorité de la découverte des animalcules spermatiques amena une discussion célèbre entre Hartsoeker, Leuwenhoek et Huygens. Le premier prétendait avoir vu les spermatozoaires dès 1674. Mais cette assertion est contredite par Hartsoeker lui-même, quand il écrivait, en 1678, à l’éditeur du Journal des Sa-

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