‹ Histoire de la zoologieChapitre 111 sur 132 · ZOOPHYTES · texte numérisé non relu

ZOOPHYTES

L étude de ces êtres qui, par leur organisation équivoque, viennent se placer entre le règne animal et le règne végétal, et qui pour cette raison ont reçu le nom de zoophytes, c’est-à-dire à' animaux-plantes , constitue la branche la plus difficile et la plus imparfaite de la zoologie. C’est pourquoi il nous importe de mettre en relief son origine et son développement.

Le premier auteur qui ait décrit des zoophytes, c’est Aristote, bien qu’il ne se soit point servi du nom de ïwdcpuxov, animal-plante. Au cinquième livre de son Histoire des animaux , il a longuement traité de Y éponge, s-dyyoç. Mais il flotte dans l’incertitude pour savoir si c’est là un animal ou une plante . Inclinant d’abord à ranger l’éponge parmi les animaux, puisqu’il lui attribuait le sentiment, il revint ensuite sur cette opinion, pour classer l’éponge parmi les végétaux. Il changea encore d’idée, sur le rapport de quelques habitants du littoral, qui affirmaient que les mouvements remarqués dans les éponges au moment où on les arrachait, provenaient de petits animaux qui s’y trouvaient accidentellement logés. Enfin, il n’osa se prononcer catégoriquement ni pour, ni contre l’animalité de l’éponge. Plus hardi en cela qu’ Aristote, Pline admettait que les éponges ont du sentiment, qu’elles vivent en mangeant, et que leur vie est longue. Suivant Plutarque et Elien, l’éponge n’est pas inanimée, mais ses facultés sont trop imparfaites pour qu’elle se suffise à elle-même. Les écrivains du moyen âge ne firent que répéter les opinions des anciens. Belon, Gresner, Rondelet, au seizième siècle, laissèrent la question également indécise. C’est ce qui avait déjà fait dire à Érasme qu’il faut « passer l’éponge sur l’histoire des éponges ».

TEMPS MODERNES

Dans les siècles suivants, les auteurs tels que Ray, Boerhaave, Tournefort, Seba, Marsigli, Linné même, Se déclarèrent, en grande partie, pour la nature végétale de l’éponge. Une très-faible minorité, à laquelle appartenait Nieremberg (en 1635), en soutenait la nature animale. Mais les découvertes de Peysonel et de Trembley, dont nous parlerons plus loin, opérèrent chez Linné un changement complet d’opinion. A Linné se joignirent Guettard, Donati, Ellis, et bientôt la presque totalité des zoologistes adopta l’opinion de la minorité, représentée par Nieremberg. Cependant, même après le travail si remarquable d’Olivi sur la zoologie de l’Adriatique, publié m 1792, il y eut encore des hommes qui, comme Targioni Tozetti et Raffinesque, persistaient à regarder les éponges comme appartenant au règne végétal.

Les oursins et les astéries, classés aujourd’hui parmi les -oophytes ouradiaires, furent rangés par les anciens parmi les animaux d’une organisation relativement très-élevée. Vristote appelait les oursins hérissons de mer , à cause des jointes dont leur coquille est garnie, et il les mettait au ’ang des mollusques à têt. Pline les classait parmi les îrustacés. Les Grecs les mangent encore aujourd’hui, lomme du temps d’Aristote. Quant à la classification des itoiles de- mer ou astéries, Aristote présentait, chose curieuse, la même hésitation que pour les éponges. Dans le ivre ^ , ch. m, de son Histoire des animaux , il rangeait ’etoile de mer, comme l’oursin, parmi les testacés, tanlisque dans le Traité des Parties (livre IV, ch. v) il en ait un de ces êtres équivoques, qui tient de la plante larce qu’il s’attache facilement aux rochers, et de l’aninal parce qu il a une bouche et qu’il peut se porter à a recherche de sa nourriture.

De l’antiquité il faut passer immédiatement au dixmitième siècle pour trouver quelques observations exactes w les oursins et les étoiles de mer, dans les écrits de ■ etiver (1702), de Rumphius (1705), de Breynius (1732),

de Linné (1734), de Seba (1734-1765), de Bourguet. de Gaultieri, de Dargenville (1742). Ces animaux, pour lesquels Klein avait le premier proposé le nom d’échinodermes, echinodermata , aujourd’hui adopté, Linné les rangea parmi les vers testacés, à côté des mollusques à coquilles. Cependant, grâce aux recherches de Pallas, Forskal. Pennant, O. F. Müller, Leske, etc., les descriptions se multiplièrent au point que Gmelin put, dans la treizième édition du Systema naturæ de Linné, distribuer plus de cent espèces dans les genres echinus , asterias et holothuria.

Les holothuries* sont des corps épais, mollasses, arrondis, dont la forme, singulière avait de tout temps attiré l’attention des naturalistes. Les anciens les connaissaient sous les noms de purgamenla maris , de pudenda marina, à cause d’une ressemblance grossière avec les organes génitaux de l’homme. Linné en fit d’abord le genre priajmsx qu’il nomma ensuite holothuria. Bruguières adopta cette dénomination. L’un et l’autre classèrent les Holothuries parmi leurs vers mollusques. Hill. Brown et Baster les réunirent aux actinies. Pallas les divisa en deux sections : l’une composée des actinies proprement dites, et l’autre des holothuries. Il paraît avoir le premier indiqué les rapports qui existent entre ces animaux et les oursins. Sa manière de voir fut suivie par Lamarck et

G. Cuvier. •

Le mot acalèphe , axaLjcpY], synonyme de lniidc , xvi8 t„ servait aux Grecs comme à nous à désigner en même temps une plante et un animal, l’ortie. Et ce qu il y a de remarquable, c’est qu’ Aristote comprenait, sous ces noms des zoophytes (actinies et méduses), qui non-seulement tiennent le milieu entre 1 animal et la plante, mais dont quelques espèces causent à celui qui les touche une sensation de brûlure, analogue à celle de 1 ortie commune. Tout ce qu’ Aristote dit (au livre T\ , ch. vi, de son Histoirt

1. Le mot holothurie, ô)o0oû piov, a été employé par Aristote.

TEMPS MODERNES

des animaux) des orties de mer comme s’attachant aux rochers et s'en détachant quelquefois, et plus loin quand il dit liv. VIII, ch. i et n) : « on -trouve dans la mer des corps dont on douterait si ce sont des animaux ou des plantes; quelques-uns sont charnus, etc., » tout cela s’applique évidemment aux actinies ou anémones de mer. Mois on a lieu de croire qu’il a confondu sous le même nom à’acalèphe (ortie de mer) des animaux différents. La propriété urticante, décrite au livre IX, ch. xxxvn, semble appartenir plutôt aux physales et c\ certaines méduses qu’aux actinies proprement dites. Les orties de mer errantes, dont la chair gélatineuse se dissout, sont certainement des méduses, des knidés. Ainsi donc Aristote confond sous le nom à’acalèphes ou de knidés des êtres marins, d’une organisation obscure, dont les plus caractéristiques sont pour lui les actinies et les méduses.

Pline a fait la même confusion dans ce curieux passage, habilement commenté par Cuvier : « Les orties ( urlicæ ), dit le naturaliste romain, se déplacent et errent la nuit; ce sont des sortes de feuillages carniformes, qui se nourrissent de chair. Comme l’ortie terrestre, l’ortie de mer cause une vive démangeaison ( vis prurilu mordax ) ; quelquefois elle se contracte fortement, et lorsque quelque petit poisson en approche, elle étend tout à coup son feuillage, l’enveloppe et le dévore ( complectensque dévorât). D’autres fois, paraissant flétrie, elle se laisse ballotter par les flots (jaclari se passa fluctu ) comme une algue, et tandis que les poissons qu’elle a touchés se frottent contre une pierre pour calmer leur démangeaison, elle se jette sur eux. Pendant la nuit, elle va à la chasse des peignes et des oursins. Quand elle sent l’approche de la main, elle se contracte et change de couleur. Si on la touche elle cause une démangeaison brûlante, et se cache pour peu qu’on tarde à la saisir. On dit qu’elle a la bouche dans la racine ( ora ei inradice ), et qu’elle rend scs excré-

ments par un petit canal placé à la partie supérieure du corps1. »

Voici comment Cuvier a commenté ce passage : « Les urticæ , ou orties de mer errantes, sont les medusæ de Linnæus, et les orties fixes ses aclinix. Le vis pruritu mordax convient à plusieurs espèces de méduses et d’animaux de la même classe, surtout à la physale, qui fait éprouver une cuisson à la peau qu’elle touche. Le co'tnplectensque dévorât est plus vrai pour les actinies, qui ont la bouche entourée de quantité de tentacules charnus, au moyen desquels elles saisissent les petits animaux qui passent à leur portée et les engloutissent. Jactari se passa , etc., se rapporte surtout aux méduses et aux physales. Ora ei in radice distingue assez nettement les espèces du genre rhizoslome , qui paraissent se nourrir exclusivement par le moyen d’un appareil très-rameux, divisé en une multitude de filaments dont l’ensemble représente assez bien la racine d’un végétal2. »

Quant aux tethyes , f^Qua d’Aristote, ce sont de véritables mollusques (acéphales), connus depuis longtemps des pêcheurs sous le nom d 'outres de mer , avec lesquelles Baster a créé le genre ascidium (du grec doxo;, outre), adopté depuis par tous les naturalistes.

Les écrivains postérieurs à Aristote et à Pline ne nous ont appris rien de nouveau touchant les acalèphes. Sextus Empiricus se servit le premier du mot soophyte pour désigner des espèces de nostoc ; puis ce mot, appliqué à de véritables zoophytes par Isidore de Séville et par Albert le Grand, a passé dans la science. Ce que depuis lors Belon, Rondelet, C. Gesner, Jonston, Martens, etc., ont dit, sous des dénominations assez étranges, des acalèphes. n’est guère propre à éclaircir l’histoire de ces animaux. La

Page 1