Cuvier, le ttegne animal, t. 1, ]’• 21 (- euu.j
l'abbé de
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prétendue des êtres n’est qu’une application erronée à la totalité de la création de ces observations partielles qui n’ont de justesse qu’autant qu’on les restreint dans les limites où elles ont été faites. »
La subordination des organes est un des principes zoologiques les plus féconds. Et c’est Buffon qui a, l’un des jiremiers, fixé là-dessus l’attention des naturalistes. « En prenant, dit-il, le cœur pour centre de la machine animale, je vois que l’homme ressemble parfaitement aux animaux par l’économie de cette partie et des autres qui en sont voisines ; mais plus on s’éloigne de ce centre, plus les différences deviennent considérables, et c’est aux extrémités qu’elles sont les plus grandes ; et lorsque, dans ce centre même, il se trouve quelque différence, l’animal est alors infiniment plus différent de l’homme : il est, pour ainsi dire, d’une autre nature et n’a rien de commun avec les espèces d’animaux que nous considérons. Une légère différence dans ce centre de l’économie animale est toujours accompagnée d’une différence infiniment plus grande dans les parties extérieures. »
Dans cette subordination des parties externes aux parties centrales, Buffon ne s’arrête pas là. Il remarque que dans l’enveloppe même il v a des parties plus constantes les unes que les autres; que certains sens ne manquent jamais ; que le cerveau ne manque pas davantage. « Les insectes mêmes, dit-il, qui diffèrent si fort par le centre de l’économie animale, ont une partie, dans la tête, analogue au cerveau, et des sens dont les fonctions sont semblables à celles des autres animaux. De là il aurait pu conclure que les parties les plus constantes sont les plus essentielles, que le cerveau est plus essentiel que le cœur, puisqu’il a plus de constance. Mais cette remarque ne devait être faite que plus tard, par Cuvier.
Buffon insiste beaucoup sur la prééminence des organes sensitifs. « Le sens le plus relatif à la pensée et à la connaissance est, dit-il, le toucher; l’homme a ce sens plus
parfait que les animaux. L’odorat est le sens le plus relatif à l’instinct, à l’appétit; l’animal a ce sens infiniment meilleur que l’homme. Aussi l’homme doit plus connaître qu’appéter, et l’animal doit plus appéter que connaître. »
Il établit aussi la prééminence de la force sur la matière. « Les vrais ressorts de notre organisation, dit-il, ne sont pas ces muscles, ces veines, ces artères, ces nerfs que l’on décrit avec tant de soin ; il réside des forces intérieures dans les corps organisés, qui ne suivent point du tout les lois de la mécaniquq grossière que nous avons imaginée, et à laquelle nous voudrions tout réduire : au lieu de chercher à connaître ces forces parleurs effets, on a tâché d’en écarter jusqu’à l’idée, on a voulu les bannir de la philosophie ; elles ont reparu cependant, et avec plus d’éclat que jamais, dans la gravitation, uans les affinités chimiques, dans les phénomènes de l’électricité, etc.; mais, malgré leur évidence et leur universalité, comme elles agissent à l’intérieur, comme nous ne pouvons les atteindre que par le raisonnement, comme, en un mot, elles échappent à nos yeux, nous avons peine à les admettre, nous voulons toujours juger par l’extérieur, nous nous imaginons que cet extérieur est tout: il semble qu’il ne nous soit pas permis de pénétrer au delà, et nous négligeons tout ce qui pourrait nous y conduire. »
Buffon établit, en ce peu de mots, que la force est le principal et la matière l’accessoire : « Ce qu’il y a de plus constant, de plus inaltérable, dit-il ailleurs, c’est l’empreinte ou le moule de chaque espèce ; ce qu’il y a de plus variable et de plus corruptible, c’est la substance1. » La grande loi de la mutation continuelle de la matière sous l’influence de la vie ( force morphoplastique ) a été démontrée depuis par les expériences de M. Flourens sur le développement des os.
1. Histoire naturelle, t. VI, p. 86 (de l’édit, in-4 de 1749 et suiv,).
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On s’est étonné que Buffon , qui a émis des idées si fécondes, ait si mal jugé les méthodes de classification. Il cousent que l’on sépare les animaux des végétaux, les végétaux des minéraux ; il comprend que l’on sépare les quadrupèdes des oiseaux, les oiseaux des poissons; mais, cela fait, il repousse toutes les autres divisions. Il ne veut plus juger des objets que par les rapports d’utilité ou de familiarité qu’ils ont avec nous ; et sa grande raison pour cela, c’est« qu’il nous est plus facile, plus agréable et plus utile de considérer les choses par rapport à nous que sous un autre point de vue. » Aussi se moque-t-il de Linné d’avoir rangé le cheval à côté de l’âne et du zèbre, d’avoir classé l’homme avec le singe, le lion avec le chat, etc. « Ne vaut-il pas mieux, dit-il, ranger les objets dans l’ordre et dans la position où ils se trouvent ordinairement, ^que de les forcer à se trouver ensemble en vertu d’une supposition ? Ne vaut-il pas mieux faire suivre le cheval par le chien, qui a coutume de le suivre en effet, que par un zèbre qui nous est peu connu, et qui n’a peut-être d’autre rapport avec le cheval que d’être solipède ?... Ne serait-il pas plus simple, plus naturel et plus vrai de dire qu’un âne est un âne, et un chat un chat, que de vouloir, sans savoir pourquoi, qu’un âne soit un cheval, et un chat un loup-cervier ?... Classer l’homme avec le singe, le lion avec le chat, dire que le lion est un chat à crinière et à queue longue, c’est dégrader, défigurer la nature, au lieu de la décrire ou de la dénommer1. »
Cette critique fut relevée par le collaborateur même de Lullon : « Butlon veut, dit Lauhenton, jeter du ridicule sur les naturalistes qui ont mis le chat et le lion sous un même genre. Il lait dire à Linné que le lion est un chat à crinière et à queue longue. Certainement le chat n’est pas un lion, et ce n est pas ce que Linné a voulu dire. L’auteur qui le critique n a pas bien entendu la méthode de