T. I, p. 16 (de l’édit, in
Linné; s'il avait seulement parcouru les espèces rapportées sous le genre felis , chat, il y aurait trouvé l’espèce
du lion et celle du chat Cette équivoque est venue de la
manière de dénommer les genres, en leur donnant le nom de l’une des espèces qu’ils comprennent *. »
Buffon s’était placé à un point de vue tout à fait différent de celui des naturalistes classificateurs ; voilà pourquoi ils ne se comprenaient pas. Le premier voulait rapprocher lies animaux, non plus par leur structure ou leurs caractères anatomiques , mais par leurs habitudes et leurs mœurs suivant leur distribution par zones ou climats. Les naturalistes classificateurs, guidés par l’unité d’un plan organique, rapprochaient, au contraire, lés animaux appartenant souvent à des zones très-différentes. Ils se montraient, sous ce rapport, plus théoriciens que Buffon. La guerre qu’il faisait aux classificateurs, rappelle les disputes qui se sont renouvelées à toutes les époques entre ceux qui niaient les genres et les espèces et ceux qui en admettaient la réalité, entre Platon et Aristote dans l’antiquité , entre les nominalistes et les réalistes au moyen âge. « Il n’existe, dit Buffon, réellement dans la nature que des individus, et les genres, les ordres et les classes n’existent que dans notre imagination. » Cette remarque de Buffon est parfaitement exacte ; seulement au lieu d 'imagination, il aurait dû mettre faculté, abstraction ou intelligence. Les genres, les ordres, les classes, ne sont, en effet, que des abstractions; mais cesi abstractions sont dans la nature même de l’esprit humain, elles sont nécessaires à sa marche ; elles tendent à exprimer les rapports des êtres ainsi groupés ensemble, et sont loin de réussir toujours. Voilà pourquoi les classifications seront toujours discutables et discutées, tandis qu on ne se disputera jamais sur un fait réel, exactement observé et
l. Daubenton, Séances des écoles normales, t. I, p. 293.
TEMPS MODERNES
décrit. C’est à ce point de vue qu’il faut se placer pour apprécier sainement ces polémiques séculaires.
Buffon partisan de la génération spontanée.
Ce qui caractérise particulièrement Buffon, c’est l’inégalité de son génie. Ainsi, cet admirable descripteur, qui ; tout à l’heure ne semblait s’être attaché qu’à calquer exactement la nature , s’abandonne , dans d’autres moments, à des hypothèses absolument imaginaires. C’est ce qui se constate dans ce cju’il a écrit sur l’insondable mystère de la génération. Ainsi, après avoir rejeté les genres préexistmts, il imagine les molécules organiques , qui ne sont que les genres préexistants sous un autre nom ; et il arrive : finalement à la théorie des générations spontanées.
Examinons de plus près cette théorie, remise de nos i jour sur le tapis. Les êtres vivants proviennent-ils chacun d'un genre préexistant, transmissible à perpétuité, ou y en a-t-il qui doivent leur naissance à certaines conditions ambiantes? Voilà en quels termes fut posée la question, si controversée, de l’origine des êtres par les premiers philosophes observateurs. Aristote avait établi en principe « que dans toutes les matières solides qui s’humectent, comme dans toutes les matières liquides qui se dessèchent, il se produit autant d’êtres animés qu’elles en peuvent contenir*. » C’était faire la part bien large à la génération spontanée. Aussi les péripatéticiens faisaientils provenir la plupart des insectes, beaucoup de poissons et d’autres animaux supérieurs, des conditions environnantes, qui devaient remplir en quelque sorte l’emploi de matrice. Depuis des siècles on croyait que les vers, qui se développent dans certaines substances organiques’cn pu-