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TEMPS MODERNES
matière brute des aliments, et forment, comme dans la putréfaction, des corps organisés ; c’est là l’origine des ténias, des ascarides, des douves et de tous les autres vers qui naissent dans le foie, dans l’estomac, dans les intestins, etc.... Les anguilles de la colle de farine, celles du vinaigre, tous ces prétendus animaux microscopiques ne sont que des formes différentes que prend d’ollo-même et suivant les circonstances cette matière toujours active et qui ne tend qu’à l’organisation. »
C’est ainsi que la théorie de la génération spontanée, un moment menacée de perdre tous ses partisans par l’inauguration définitive de la méthode expérimentale, se releva avec vigueur par l’emploi du microscope. Les innombrables animalcules que ce merveilleux instrument décelait dans la goutte d’un liquide infusé, étaient, aux yeux de l’observateur étonné, le résultat d’un travail de la nature plastique. Leur attribuer une autre origine c était émettre presque un paradoxe. La cause de la génération spontanée paraissait l’emporter, au moins en ce qui concernait les microzoaires.
INlais le perfectionnement du microscope, joint à une habileté plus grande dans son maniement, détermina bientôt une réaction en sens contraire. On parvint à constater cpie les infusoires présentent une organisation moins simple qu’on se l’était imaginé, et qu’on y peut suivre le développement de leurs œufs ou germes. A mesure qu on avançait dans ce genre d’observation, la théorie de la génération spontanée perdait du terrain, et comme, ce qui arrive toujours en pareil cas, personne, de part et d’autre, ne voulait s’avouer vaincu, la guerre des spontéparistes et des oviparistes remplit, dans l’histoire de la zoologie, une partie du dix-huitième siècle, concurremment avec d’autres questions alors à l’ordre du jour.
Cependant la guerre des naturalistes ne tarda pas à se calmer, elle paraissait même finié, faute de combattants, ou
du moins elle ne semblait plus devoir passionner personne, lorsqu’elle vint tout récemment éclater de nouveau. Mais les témoins de cette joute entreM. Pasteur et M. Pouchet se sont, pour la plupart, tenus dans une prudente réserve. Pourquoi? Parce que l’intelligence humaine touche ici à un de ces points ardus où il est sage d’avouer son impuis- , sance : il vaut alors mieux savoir ignorer que nier ou affirmer. Malheureusement, le dogmatisme, affirmatif ou négatif, a tant d’attraits, que peu d’esprits y résistent pour se résigner à un rôle plus modeste. Il arrive ici pour les corps vivants ce qui est arrive pour les corps célestes. Ce» lueurs phosphorescentes, circonscrites, que 1 œil, aimé du télescope, aperçoit, dans un incalculable lointain, comme à travers des brèches de la voûte céleste, les nébuleuse*, en un mot, ne paraissaient d’abord, pour la plupart, qu une matière cosmique, qu’une sorte de substance proligèie. génératrice de mondes. Mais bientôt, au moyen de grossissements plus forts, cette matière fut résolue en ama? stellaires, véritables univers flottants, et aujourd hui il n’y a plus qu’un très-petit nombre de nébuleuses non induites. Qui oserait affirmer qu’elles sont absolument irréductibles ? La même question se présente pour les infiniment petits. S’il était permis de scruter la nature vivante avec un grossissement de dix mille fois, ce qui est absolument impossible dans l’état actuel de 1 optique, combien d’erreurs, affirmations ou négations prématuiées, disparaîtraient pour faire place à de nouvelles affirmations ou négations 1 Si dans l’inépuisable série des ci et* et des causes il n’y a pas de limites pour 1 intelligence, ces limites ne sont que trop réelles pour nos sens et pour les artifices destinés à en augmenter la portée. Que faire alors? Reconnaître franchement que la vérité est une moyenne qui se dégage avec une lenteur séculaire du condlit des assertions individuelles, et se transmet en se perfectionnant de génération en génération.
Mais revenons aux .idées de Buflon.
temps modernes.
Idées de Buffon sur la mutabilité des espèces.
Les espèces sont-elles mutables , ou sont-elles fixes ? Cette question occupa singulièrement 1 esprit du grand naturaliste. Buffon fait d abord très-bien ressortir les changements que peuvent produire dans les animaux le climat , la nourriture et la domesticité. Il suit les effets de ces trois causes de dégénération, particulièrement sur les espèces domestiques. Ainsi, la brebis comparée au mouflon dont elle est issue, présente des changements très-marqués. Le mouflon, grand, léger, armé de cornes défensives, couvert d’un poil rude, ne craint ni 1 inclémence de l’air, ni la voracité du loup; nos brebis, au contraire, ne peuvent se défendre même par le nombre, elles ne soutiendraient pas sans abri le froid de nos hivers, toutes périraient, si l’homme cessait de les Soigner et de les protéger .Leur poil rude s’est changé en une laine fine, leur queue s’est chargée d’une masse de graisse, plusieurs ont perdu leurs cornes; enfin, dit Buffon, « de toutes les qualités du mouflon il ne reste rien à nos brebis, rien à notre bélier qu’un peu de vivacité, mais si douce qu’elle cède encore à la houlette d’une bergère. » La chèvre, quoique fort dégénérée, l’est pourtant moins que la brebis.' Le sanglier, devenu domestique, a pris des oreilles demi-pendantes, et sa couleur a passé du noir au blanc; le bœuf, nourri dans la zone torride, est devenu le zébu ou bœuf à bosse ; le simple changement de saison fait passer le lièvre du gris, qui est sa couleur d’été, au blanc qui est sa couleur d’hiver ; le chien, nu dans les pays chauds, couvert d’un poil épais et rude dans les pays froids, paré d’une belle robe soyeuse en Espagne, en Syrie, varie encore plus par la forme du crâne, par l’intelligence et par la voix : le chien sauvage est presque
muet. « La voix de ces animaux, ajoute Buffon, a subi, comme tout le reste, d’étranges mutations ; il semble que le chien soit devenu criard avec l’homme, qui, de tous les êtres qui ont une langue, est celui qui en use et abuse le plus l »
Les altérations ainsi produites ne sont que des races ou des variétés ; et celles-ci, abandonnées à elles-mêmes ou replacées dans leurs anciennes conditions, ont la plus grande tendance à revenir au type primitif, sauvage. Mais allant au delà de ce qu’il venait de dire avec tant de justesse, Buffon se demande si les genres et les espèces ne pourraient pas eux-mêmes subir des transformations, et s’il ne serait pas possible de réduire les espèces connues « à un petit nombre de familles ou de sources principales. » C’était poser nettement une question souvent remise depuis sur le tapis, et dont s’est emparé récemment un naturaliste anglais, M. Darwin, la question delà mutabilité des espèces. Après l’avoir défendue un moment, Buffon se ravise et finit par incliner du côté de leur immutabilité. Il cite comme exemple l’âne qui, s’il était venu du cheval, aurait dû laisser un certain nombre de races intermédiaires. Or, ces races n’existent point. « Si l'on admet une fois que l’âne soit de la famille du cheval, et qu’il n’en diffère que parce qu’il a dégénéré, on pourra dire également que le singe est de la famille de l’homme, que c’est un homme dégénéré, que l’homme et le singe ont eu une origine commune, comme le cheval et l’âne, que chaque famille n’a eu qu’une seule souche, et même que tous les animaux sont venus d’un seul animal, qui, par la succession des temps, a produit, en se perfectionnant et en se dégénérant, toutes les races des autres animaux. » Puis, revenant sur la même idée, il ajoute : « S’il était acquis que, dans les animaux, il y eût, je ne dis pas plusieurs espèces, mais une seule qui eût