I. Buffon, Hist. nat., t. V, p
78, Suppléments (de l’éd. de 1749b
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Ainsi, on ne connut d’abord d’autres marsupiaux (animaux à bourse) que les sarigues, et les sarigues appartiennent à l’Amérique. On en était là quand Buffon reçut, sous le nom de rat de Surinam, un animal à bourse, qu’il nomma phalanger. Il le crut également d’Amérique. C’était là une erreur. Le phalanger n’est pas d’Amérique ; tous les animaux de ce genre sont de l’Australie. L’erreur fut aussitôt relevée; mais la loi de Buffon n’en reçut aucune atteinte. Car l’Amérique, qui a les sarigues, n’a pas de phalangers, et l’Australie, qui a les pbalangers, n’a point de sarigues.
Buffon avait dit que les fourmiliers proprement dits sont tous d’Amérique. Vosmaer, directeur du cabinet d’histoire naturelle de Leyde, crut lui donner un démenti en lui annonçant que le cochon de terre (appelé depuis oryctérope) , qu’il venait de recevoir du cap de Bonne- Espérance, se nourrit aussi de fourmis, que c’est un fourmilier. « Nous avons dit et répété souvent, répondit Buffon, qu’aucune espèce des animaux de l’Afrique ne s’est trouvée dans l’Amérique méridionale et que, réciproquement, aucun des animaux de cette partie de l’Amérique ne s’est trouvé dans l’Ancien Continent. L’animal en question a pu induire en erreur des observateurs peu attentifs, tels que M. Vosmaer, mais on va voir par sa description et par la comparaison de sa figure avec celle des fourmiliers d’Amérique, qu’il est d’une espèce trèsdifférente. » En effet, les fourmiliers de l’Afrique, dont le cochon de terre du Cap est le représentant, ont des dents (bachelières), leurs ongles sont plats, non tranchants. Ces caractères ont suffi pour faire des fourmiliers de l'Afrique tout un genre nouveau ( orycleropvs de Geoffroy), bien différent du genre myrmecopharja , qui ne comprend que les fourmiliers de l’Amérique.
t Une remarque plus importante encore de Buffon, c est ipic les animaux du Nouveau-Monde, comparés à ceux de l’Ancien, forment comme une nature parallèle,
collatérale, comme un second règne animal, correspondant presque partout au premier. Ainsi, dans l’ordre des carnassiers, le cougouar, le jaguar, l’oncelot, correspondent à notre lion, à notre tigre, à notre panthère ; dans l’ordre des quadrumanes, les singes du Nouveau-Monde correspondent à ceux de l’Ancien ; nos ruminants sont représentés en Amérique par le lama, l’alpaca, la vigogne, etc.; nos édentés, tels que le pangolin, le phatagin, et nos fourmiliers, par le tamanoir, le tamandua et des fourmiliers d’un genre particulier, etc. Il y a des ordres entiers d’animaux qui, nuis dans l’Ancien Continent, clairsemés en Amérique, sont très-communs en Australie ; tel est l’ordre des marsupiaux.
La population animale de l’archipel Indien compte au-'i des espèces caractéristiques, tels que le rhinocéros de Java, l’orang-outang de Bornéo, les gibbons, plusieurs -semnopitlièques, l’ours malais. Par ces espèces-là, 1 archipel se rapproche de l’Inde, tandis qu il y en a d auti es qui, tels que les phalangers des Moluques, les kangurous de la Nouvelle-Guinée, le rattachent à la Nouvelle-Hollande.
L’Inde, l’Afrique méridionale, l’Afrique du nord, jointe à l’Arabie, l’Asie centrale, etc., le nord, le midi et le centre des continents, les archipels, certaines îles, forment des centres de populations animales distinctes. Chaque espèce a son pays, sa patrie. « Telles espèces, dit Buflon, ne peuvent se propager que dans les pays chauds, les autres ne peuvent subsister que dans les climats froids ; le lion n’a jamais habité les régions du nord, le renne ne s’est jamais trouvé dans les contrées du midi ; et il n y a peut-être aucun animal dont l’espèce soit, comme ce e de l’homme, répandue sur toute la surface de la H^re. chacun a son pays, sa patrie naturelle, dans laque o c ia cun est retenu par nécessité physique; chacun est 1 s e la terre qu’il habite, et c’est dans ce sens qu on doit dire 4Tue tel ou tel animal est originaire de tel ou tel climat. « C’est ainsi que par scs idées concernant la distribution
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des animaux sur le globe, Buffon a posé les éléments d’une science nouvelle, la géographie zoologique. Ges éléments furent repris et développés par Pallas , par Schreber, par Gmelin, mais surtout par G. Zimmermann, qui fit le premier paraître un traité de géographie zoologique des quadrupèdes (Specimen zoologiæ geographicæ quadrupedum domicilia -cl migrationes sistens, tabulamque mundi zoographicam adjunxil; Leyde, 1777, in-4°).
Malgré cette impulsion féconde, les travaux ayant pour objet la zoologie géographique sont encore peu nombreux, et ne portent, pour la plupart, que sur la distribution des animaux supérieurs, notamment des mammifères. Nous n’avons guère à citer ici que Illiger (Distribution géographique des mammifères , dans les Mémoires de l’Acad. de Berlin, 1804-1811); Minding ( Distribution géographique des mammifères , Berlin, 1829); W. ISwainson ( Treatise on the geograpliy of animais, Lond., 1835); Berghaus ( Distribution géographique des animaux, et Allas zoologique , 1838-1843), et A. Wagner (Distribution géographique des mammifères, avec 9 cartes, dans les Mémoires de l’Académie des sciences de Munich, 1844-1846).
Entre Buffon et Cuvier viennent se placer deux naturalistes éminents, plus remarquables peut-être comme esprits coordonnateurs que comme observateurs proprement dits; nous avons nommé Charles Bonnet et Lamarck.
Charles Bonnet.
Charles Bonnet naquit à Genève le 13 mars 1720', d une famille française protestante, qui s’était réfugiée en Puisse pendant les troubles religieux du seizième siècle.
1. La rue où il est né porte aujourd’hui le nom’de Charles- Bonnet.
Il puisa dans les œuvres de Réaumur et dans le Spectacle de la Nature de l’abbé Pluche un goût décidé pour l’étude des merveilles naturelles, et depuis lors il consacra toute sa vie à cette étude. La modestie fut une de ses qualités distinctives. « Ces mots : j’ai tort , disait-il, doivent toujours être sur les lèvres de l’homme convaincu d’erreur.» Sa franchise lui attira des ennemis, et il essuya les sarcasmes de Voltaire pour avoir critiqué certaines idées de Buffon. Ami de la retraite, il mourut dans sa ville natale, le 20 juin 1793, à l’âge de soixante-treize ans.
Jaloux de suivre les traces de Redi, de Malpighi, de Swammerdam, de Leuwenkoek, deVallisnieri, etc., Charles Bonnet voulut, à l’exemple de ces chefs de file, interroger la nature. « C’était moins, dit-il fort judicieusement, pai l’expérience qu’on cherchait autrefois à s assurer des faits que par le témoignage des anciens. Reconnus pour les seuls dépositaires des secrets de la nature, on les consultait comme des oracles, et tout, jusqu à leurs expressions et leurs erreurs, était respecté. Dans cet état de choses, 1 histoire naturelle ne prenait 'que peu ou point d accroissement : les naturalistes, réduits à copier-les anciens, et à se copier ensuite les uns les autres, transmettaient dans leurs écrits, pour un petit nombre de vérités, beaucoup de préjugés et d’erreurs. Enfin, la nouvelle philosophie est ■venue dissiper l’enchantement et apprendre aux physiciens à étudier la nature dans la nature elle-même. »
Pour se conformer à ce programme, Bonnet commença, dès l’âge de vingt ans, sur les insectes, les chenilles, les vers, une série de recherches, dont il publia, en 1745, les résultats dans son Traité d' inseclologie . Il les a reproduits dans les tomes I— III de ses Œuvres complétés (Neuchâtel, 1779-1788, 18 vol. in-8»)1-
Gomme pour faire mieux sentir le dédain dep act t c Buffon pour « les petites choses », Bonnet débuté par un
1. L’édition in-4 (Neuchâtel, 1779-1783) se compose de 8 volumes.
travail, devenu classique, Sur les 'pucerons. Gomment se propagent ces petits moucherons qui s’attachent en si grand nombre aux jeunes pousses et aux feuilles des plantes, qui les recoquillent et y occasionnent des tumeurs d’une grosseur quelquefois monstrueuse ? Cette question avait, de tout temps, vainement occupé l’esprit des naturalistes. Les anciens faisaient naître les pucerons d’une espèce de rosée. Quelques naturalistes ont prétendu que les pucerons peuvent se suffire à eux-mêmes et se propager sans le concours des deux sexes. D’autres ont cru que ces insectes, doués des deux sexes, s’accouplent et font des œufs d’où sortent les petits pucerons. Ceux qui avaient observé que les pucerons sont vivipares, regardaient les ailés comme les auteurs de la fécondation. Enfin Goedart les faisait naître d’une semence humide que les fourmis déposaient sur les plantes. Les opinions étaient ainsi partagées, quand Réaumur proposa de faire l’expérience que voici : prendre un puceron à la sortie du ventre de sa mère, et l’élever de manière qu’il ne puisse avoir de commerce avec aucun insecte de son espèce. « Si un puceron ainsi élevé seul produit, ajoutait Réaumur, des pucerons , ce serait sans accouplement, ou il faudrait qu’il se fût accouplé dans le ventre même de sa mère. » Pour réaliser ce programme, Ronnet tenta, dès 1740, une série d’expériences, aussi curieuses que difficiles, avec les pucerons du fusain, du sureau et du plantain, qui amenèrent la découverte de ce fait important que ces insectes ont la faculté de se reproduire pendant plusieurs générations de suite, sans le moyen de l’accouplement. Il fit aussi des expériences fort intéressantes sur la reproduction des polypes et des vers par division ou bouture, décrivit, sous le nom de grande artère, le vaisseau dorsal des larves d’insectes, et fit les observations les plus instructives sur la respiration des chenilles et sur la structure du ténia. Ses observations sur la respiration des feuilles datent à peu près de la même époque (1754).
Dans les tomes V et VI de ses Œuvres (édit. in-8°), Bonnet fit paraître (1762-1768) des Considérations sur les corps organisés. L’auteur y compare entre elles les notions les plus certaines sur l’origine et la reproduction des corps vivants. Il combat la doctrine de l’épigénèse, qui se confond avec la théorie de la génération spontanée. D’après l’épigénèse, le produit de la génération est formé de toutes pièces par la réunion des molécules organiques, subitement rapprochées par l’aete générateur; ce produit est ainsi présenté comme d’une existence postérieure à cet acte. La doctrine des épigénésistes, exposée avec tant de charme par Buffon, avait été déjà battue en brèche par Haller. Bonnet acheva de la renverser, pour y substituer le système des germes préexistants. D’après ce système, le germe contient, dès son origine, toutes les parties de l’être qu’il est destiné à reproduire ; l’acte générateur ne le fait que sortir de sa torpeur ou de son état latent pour l’appeler à cette vie active qui doit conduire le germe à son entier développement. Si Bonnet s’égara en définissant le germe, « une préformation originelle dont un tout organique pouvait résulter comme de son principe immédiat, 33 il n’en a pas moins tracé la voie à suivre dans ces difficiles et mystérieuses recherches. Il a montré que la génération des animaux repose sur le même plan que celle des végétaux. « Rien ne prouve mieux, dit-il comme conclusion, l’analogie de ces deux classes d’êtres organisés que la belle découverte du sexe des plantes. Ce que la liqueur séminale est à l’œuf, la poussière des étamines 1 est à l’ovule. Je puis donc raisonner sur celle-ci comme j ai raisonné sur celle-là. Si le poulet existe dans l’œuf avant la fécondation, la plantule préexiste pareillement dans l’ovule, et la poussière des étamines n’est que le principe de son développement1. 3)
Par suite d’un affaiblissement de la vue, Bonnet sus-