Bonnet, Œuvres complètes, t. IX, p
t-il de l’état d’être capable de sentir, de vouloir, d’agir, à l’éLat d’être qui sent, pense, veut, agit? En un mot, qu’est-ce que l’homme? Voilà ce que l’auteur cherche à résoudre dans son Essai analytique des facultés de l'dme (t. XIII, XIV et XV des Œuvres complètes). Parti du principe de relation entre l’âme et le corps, il en conclut la nécessité d’un organe matériel pour l’exercice de l’intelligence ; par l’excitation des molécules de cet organe, il explique l’association des idées dont les sens sont la source. En ce qui concerne le siège de l’âme, il a émis une idée aussi ingénieuse que subtile : ne pouvant concilier l’immatérialité avec l’occupation d’une partie de l’espace, il prétend que l’âme n’est que présente au cerveau. et par cet organe, au reste du corps. — Dans sa Palingénésie (t. XV et XVI des Œuvres complètes) , l’auteur laisse entrevoir, pour les animaux, une vie future, impliquant l’accroissement de leur industrie, le changement de leur nature. La sensibilité même des plantes, qu’on ne peut, selon lui, attribuer qu’à un principe immatériel, le détermine à regarder comme probable la survivance de ce principe et le passage à un autre ordre dans l’échelle animale.
Parmi les autres travaux de Ch. Bonnet qui intéressent plus directement la zoologie, nous signalerons Quatre mémoires sur les abeilles et Nouvelles recherches sur le ténia (t. X de ses OEuvres ), ainsi que Expériences sur la régénération de la tête du colimaçon terrestre et Sur la reproduction des membres de la salamandre aquatique , et surtout les Lettres sur divers sujets d’histoire naturelle (t. XI, XII et XVIII). Ges lettres sont presque toutes datées de Cfenthod, résidence favorite de l’illustre naturaliste, située au bord du lac Léman, entre Genève et Goppet.
TEMPS MODERNES
Lamarck.
Monet, chevalier de Lamarck, issu d’une famille noble originaire du Béarn et établie en Picardie, naquit à Barcntin le 1er août 1744. Il choisit, à l’âge de seize ans, après la mort de son père, la carrière militaire, et rejoignit en Hanovre l’armée du maréchal de Broglie, où il servit jusqu’à la fin de la guerre de Sept ans (1763). Dégoûté de la vie de garnison, il quitta le service militaire, et vint à Paris suivre ses goûts pour la météorologie et l’histoire naturelle. Logé dans une petite mansarde, « plus haut qu’il n’aurait voulu, » comme il aimait plus tard à le répéter, il débuta dans la carrière scientifique par un mémoire Sur les vapeurs de l'atmosphère et par la Flore française , ouvrage qui répondit à un des besoins de l’époque et lui ouvrit, en 17 79, les portes de l’Académie. Il rédigea la partie botanique de Y Encyclopédie méthodique (1785), et entra, après la mort de Buffon, son protecteur, au Jardin des Plantes, comme adjoint de Daubenton pour la garde du Cabinet du roi. Lamarck avait pris parmi les botanistes un rang distingué, lorsque la Révolution vint changer la direction de ses travaux. Le décret de la Convention (10 juin 1793) qui réorganisa le Jardin des Plantes , créa deux chaires de zoologie ; Geoffroy Saint-Hilaire, qui ne s’était encore occupé que de minéralogie, et Lamarck, furent appelés à les remplir. Pour toute préparation à cet enseignement Lamarck n’avait que quelques notions de conchyliologie ; il se mit néanmoins à l’œuvre, et, après quelques mois d’un travail opiniâtre, il ouvrit son cours, au printemps de 1794 (1 an II de la République). Devenu zoologiste., il accomplit d importants travaux de classification, sans renoncer à ses premières études, comme l’atteste son
Annuaire météorologique (de 1800 à 1812 )'. Étranger à toute espèce d’intrigue, il* vécut dans la retraite, uniquement absorbé par ses études et par l’éducation d’une nombreuse famille (il avait sept enfants et s était marié quatre fois). Content d’une très-modeste fortune, il refusa, en 1809, une chaire nouvellement créée à la Sorbonne, parce qu’il ne se sentait plus la force de faire les études nécessaires pour occuper dignement cette chaire. Devenu aveugle à la fin de ses jours, il trouva dans sa fille aînée une aide aussi intelligente que dévouée, et s’éteignit le 18 décembre 1829, à l’âge de quatre-vingt- -cinq ans.
En jetant un coup d’œil sur le tableau de la nature animée, Lamarck fut particulièrement frappé de voir qu’il y a des animaux qui ont une colonne vertébrale, tandis que d’autres en manquent. S’il ne fut pas le premier à remarquer ce caractère général, il l’introduisit du moins le premier (en 1792) dans la science, en divisant les animaux en vertébrés , ou animaux à vertèbres, et en invertébrés, ou animaux sans vertèbres. Cette division, bien
1 . Arago, dans l’ Histoire de sa jeunesse (en tète de ses Notices biographiques), raconte un détail qui mérite ici de trouver place. Nommé fort jeune membre de l’Institut (en 1809), il fut présenté a l’empereur au milieu des académiciens qui avaient des publications particulières à offrir au chef de l’État. Après quelques brèves interrogations, auxquelles avaient répondu les voisins de droite et de gauche l’empereur passa à un autre membre de l’Institut. * Celui-ci n etai pas, dit Arago, un nouveau venu : c’était un naturaliste connu par de belles et importantes découvertes, c’était M. Lamarck. Le yieills présente un livre à Napoléon. « Qu’est-ce que cela? s écrie ce U1 C1- . votre absurde météorologie, c’est cet ouvrage dans leque vous . •
. concurrence à Matthieu Laensberg, cet Annuaire qui déshonore vos « vieux jours; faites de l’histoire naturelle, et je recevrai vos p ' 1 « tions avec plaisir. Ce volume, je ne le prends que par considération I pour vos cheveux blancs. -Tenez!... - et ,1 passa le livre a un aide dePcamp.Le pauvre Lamarck qui, à chacune des paroles offensantes du brutal despote, essayait inutilement de dire : « C’est un livre d histoire naturelle que je vous présente, » eut la faiblesse de fondre en larmes.
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qu’elle soit loin d’être parfaite, fut universellement adoptée*.
Les travaux zoologiques de Lamarck portèrent particulièrement sur les animaux non vertébrés, jusqu’alors très-insuffisamment étudiés. Partant de l’idée que « l’orfjanisation va en se dégradant d’une extrémité à l’autre de 1 échelle des animaux, » Lamarck assignait aux animaux vertébrés des caractères négatifs comparativement aux animaux vertébrés. Par échelle des animaux , il entendait, non point une série linéaire, disposée régulièrement suivant les genres et les espèces, mais une série assez régulièrement graduée dans les masses principales, c’est-àdire dans les principaux systèmes d’organisation reconnus, qui donnent lieu aux classes et aux grandes familles observées. « Une telle série existe, dit-il, très-assurément, soit dans les animaux, soit dans les végétaux, quoique dans la considération des genres et surtout dans celle des espèces elle soit dans le cas d’offrir, en beaucoup d’endroits, des ramifications latérales dont les extrémités sont des points véritablement isolés. »
C’est dans ses Recherches sur ï organisation des corps vivants , petit livre devenu fort rare (imprimé à Paris en 1806 et se vendant chez l’auteur, au Muséum d’histoire naturelle , que Lamarck a donné le Tableau du règne
I. Nous avons nous-même, il y a près rie quarante ans. montré ce que cette division a de défectueux, a S’il y a, disions-nous des animaux dépourvus de vertèbres, quel est le caractère propre à les distinguer des animaux vertébrés? Loin de savoir que telle chose n’est pas nous voulons connaître ce qu’elle est positivement. Car non-seulement une négation n’ajoute rien à nos connaissances, mais elle ne saurait servir de caractère distinctif. . Nous proposions alors de prendre pour base dune classification nouvelle le squelette tout entier, ou la charpente solide à laquelle s’attachent les parties molles. Comme cette charpente est, d une part, interne, et, de l’autre, externe, nous pro-
(animal en animaux à *7 uelette ésotérique
(animaux vertébrés) et animaux a squelette exolêrique (crustacés, etc.) \L Epoque, Revue mensuelle, année J 835, p. 31 1^
animal, montrant la dégradation progressive des organes spéciaux jusqu'à leur anéantissement. Il ajoute en note que la progression de la dégradation n’est nulle part régulière ou proportionnelle, mais qu’elle existe dans l’ensemble d’une manière évidente. Dans ce tableau, les animaux sont divisés en douze classes. Les quatre premières classes comprennent les animaux vertébrés, ou caractérisés par une colonne vertébrale, faisant la base d’un squelette articulé. Les huit dernières classes sont composées des animaux qui n’ont point de colonne vertébrale, point de véritable squelette. Voici les caractères qu’il assigne à ces différentes classes.
I. Les mammaux’. — Les animaux de la lre classe sont les plus riches en détails d’organisation et en facultés ; parmi eux se trouvent ceux qui ont l’intelligence la plus développée. Pourvus de mamelles, ils sont seuls ' énta— blement vivipares et allaitent leurs petits. Ils ont une tête mobile, avec des yeux à paupières; ils ont des poils; quatre membres articulés; un diaphragme entre la poitrine et Y abdomen ; un cœur à deux ventricules et à sang chaud . des poumons libres, circonscrits dans la poitrine. A cette extrémité culminante de l’échelle animale, tous les organes essentiels sont isolés ou ont des foyers isolés. Le contraire a lieu vers l’extrémité opposée.
II. Les oiseaux. — Ils ont, comme les mammaux, un cœur à deux ventricules et le sang chaud ; mais ils manquent de mamelles, organes qui tiennent à un système de génération qu’on ne retrouve plus, ni dans les oiseaux, ni dans aucun des animaux des rangs inférieurs. Le diaphragme qui, dans les mammaux, sépare complètement la poitrine du ventre, cesse ici d’exister et ne se retrome plus dans ancun des autres animaux. Ils ont les poumons adhérents, des plumes, et sont ovipares.