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Xénophon, De venatione, ni

Quant à ce qui touche le renard et la chienne, il paraît y avoir, en effet, incompatibilité de sexe. De quelque façon qu’on ait varié l’expérience en mettant ensemble une renarde avec un chien ou une chienne avec un renard, on n’a jamais observé de rapprochement. Il résulte de là que Xénophon et Aristote étaient dans l’erreur en faisant descendre le chien du renard, à moins d’admettre que les Grecs appliquaient le nom d ’alopex (renard) également au chacal; car on a observé un accouplement fécond de la femelle du chacal avec un chien-loup. Mais on ignore si ce genre de métis est frappé de stérilité comme le mulet. Quant aux métis provenant du chien et de la louve, ils ne sont pas absolument stériles; mais on ignore de même si, après un certain nombre de générations, ils ne cesseraient pas de se reproduire.

Le chien est, de tous les animaux, celui qui offre le plus grand nombre de variétés pour la figure, pour la taille, pour les habitudes, etc. Mais, quelles que soient les différences, ces variétés ou races ne laissent pas de produire des individus capables de se perpétuer de génération en génération. Elles ne relèvent donc toutes que d’une seule et même espèce. Or quelle est la race primitive, la race mère de toutes les autres? Buffon croyait l’avoir trouvée dans le chien de berger. « Le chien de berger est, dit-il, le vrai chien de la nature, celui qu’on doit regarder comme la souche et le modèle de l’espèce entière. » En cherchant à établir que l’espèce-type n’est pas le résultat d’une transformation, il combattait une opinion fort ancienne, qui a été reprise de nos jours. Xénophon, qui regardait ïalopeliis (chien-renard comme l’espèce-type, dit, en propres termes, que ce produit primitif de la chienne et du renard a demandé un long espace de temps pour achever sa transformation naturetlc (!v 7i oïl <o ypovw ouyxéxpaTai a ùtwv f, epéj-iç). D’après la doctrine de Darwin , renouvelée des Grecs, cet espace de temps ne serait pas de moins de dix mille ans.

Ce cfu’il y a de certain, c’est que le nombre des variétés a augmenté avec le temps, si bien qu’aujourd’hui nous avons bien plus de races canines que n’en avaient les anciens. Voilà ce qui est facile à démontrer, l’histoire en main. Sur les antiques monuments de l’Égypte on voit souvent figuré un animal tout à fait semblable à un chien de moyemie taille, ayant les oreilles dressées et la queue légèrement touffue : c’est le chien-chacal ( canis lupaster). Cette figure faisant partie des symboles hiéroglyphiques les plus anciens (l’emploi de ces hiéroglyphes remonte, selon Lepsius, à plus de six mille ans), on peut admettre que le chien, dont la peinture est facile à confondre avec celle du chacal, est larace historiquement la plus ancienne. La même race se voit figurée sur les peintures du tombeau de Rôti à Beni-Hassan. Mais un témoignage plus précieux encore, ce sont les chiens embaumés qu’on aretirés, en assez grand nombre, des nécropoles de l’Égypte. Ces chiens, dont on a voulu faire une espèce particulière sous le nom de canis sacer , appartiennent décidément à la race du chien- chacal. Ils sont encore aujourd’hui trèscommuns en Égypte, notamment au Caire. Abandonnés à eux-mêmes, ils mènent une vie nomade; comme le chacal et le renard, dont ils partagent en grande partie les mœurs, ils poussent leurs pérégrinations jusqu’aux limites du désert.

Sur d’autres peintures de tombeaux égyptiens, on remarque une race de lévriers, caractérisée par de longues oreilles droites, par le corps efflanqué, grêle, garni de poils lisses, et par la queue coupée. La mutilation caudale remonte à la plus haute antiquité, car quelques-uns de ces tombeaux datent de la sixième ou septième dynastie (plus de 4000 avant J. G.). Dans d’autres spécimens, ce sont les oreilles qui ont été mutilées. — Le lévrier antique ( canis leporarius ægyptius ), tel que le représentent les monuments, s’est propagé jusqu’à nos jours : on le rencontre assez fréquemment dans la Iiaute-Égypte, en

Nubie, au Sennaar, et dans d’autres contrées de l’Afrique centrale et orientale. Les habitants de ces régions ont conservé la coutume de lui couper la queue et les oreilles. — Le chien-chacal s’est-il croisé avec le lévrier antique ? Les monuments semblent répondre affirmativement. On y voit, en effet, figurée une race à longues oreilles, facile à distinguer des autres lévriers par une queue garnie de poils plus longs. C’est cette race qui existe aujourd’hui dans les mêmes pays sous le nom de lévrier bédouin ( ca nis leporarius arabicus ).

Sur des monuments plus récents on voit figurée une race canine qui, à juger par les hiéroglyphes qui lentourent, ne comprend que des chiens de chasse : c’est le ccmis sagax afi'icanus , qui se rencontre au Sennaar et dans le Soudan, et qui est aujourd'hui, comme il l’était autrefois, employé comme chien de chasse. Les chiens de cette race, qu’on voit représentés sur le tombeau de Tliotmès, qui remonte au dix-septième siècle avant J. C., accompagnent des hommes portant sur leurs épaules du gibier et d’autres productions.

En résumé, sur les monuments les plus anciens on trouve représentées quatre races canines parfaitement déterminée^, le chien-chacal , le lévrier égyptien , le lévrier arabe et le chien de chasse africain.

Si des monuments peints ou sculptés nous passons aux monuments écrits , nous trouverons les renseignements que voici. Aristote connaissait sept races canines : 1° le chien épirote, remarquable par sa taille et sa force; les habitants de l’Épire l’avaient dressé à garder les troupeaux; 2° le chien cle Laconie, moins fort què le précédent, mais qui était plus particulièrement préposé à la garde de la maison ; 3° le chien de Molosse, plus petit que l’épirote et élevé pour la chasse; 4° le chien de Cyrène, qui passait pour devoir son origine au mélange d’un chien avec une louve : 5° le chien égyptien , plus petit que le chien grec ; 6° le chien indien, qui passait pour le produit d uue

chienne avec le tigre ; 7° le chien mèlüèen , remarquable par la petitesse de sa taille proportionnée à ses membres. Avec cette énumération s'accorde sensiblement celle que donne Varron dans son traité De re rustica.

Virgile ne mentionne dans ses Géorgiques, liv. III, que le canis molossus , le canis epiroticus et le Spartæ catulus, le même que le canis laconicus. Quant au chien d’Amyclée ( canis amyclæus ), il était sans doute identique avec le chien lacomen ; car les chiens de cette race étaient élevés à Amyclée, antique résidence des rois de Laconie. Golumelle a le premier employé la dénomination de canis domesticus , pour désigner le chien de Laconie.

Ovide parle de canes lycisci comme d’une descendance du chien et du loup. Oppien, dans son poème Devenatione , composé sous le règne de Caracalla (vers l’an 215 après J. G.), donne une liste des chiens de chasse portant les noms des pays d’où ils provenaient. Ces chiens étaient Péoniens, Ausoniens, Thraces, Gariens, Ibères, etc., enfin ils appartenaient tous, moins un (le chien de Carie), à l’Europe. — Glaudien, qui vivait sous le règne de Théodose le Grand (vers 380), parle de la race cressénienne, au poil rude, et vante même la légèreté de la race laconienne et la force de la race bretonne, propre à terrasser des taureaux :

Magnaque taurorum fracturæ colla Britannæ.

Au moyen âge le nombre des races canines s’est accru, et depuis cette époque il est loin d’être allé en diminuant. Cette augmentation, contrairement à ce qui a lieu pour les races humaines, dont plusieurs ont déjà disparu, est donc un fait historiquement établi. Notons que ce qui est ici vrai pour le chien, l’est pour tous nos animaux domestiques : leurs races se multiplient à mesure que la civilisation tend à se concentrer dans une seule race humaine.

Les Espagnols introduisirent dans le Nouveau-Monde un grand nombre de chiens, qui furent abandonnés à eux-mêmes. Ces chiens d’Europe , après plusieurs générations, sont devenus complètement sauvages dans les vastes solitudes de l’Amérique. On les rencontre par troupes dans les pampas de Buenos-Ayres. «Ils vivent en société dans des antres souterrains, et attaquent souvent avec une rage sanguinaire l’homme, pour la défense duquel combattaient leurs ancêtres1.

Voilà donc cet .ami de l'homme , dont Buffon a fait un si beau portrait, redevenu aussi féroce et aussi lâche que le loup. Que conclure de ce fait ? C’est que l’instinct de sociabilité qui, dans le chien domestique, s’était changé en attachement pour l’homme, est devenu le lien d’association d’individus de même espèce, tout à fait semblable à celle que nous présentent les renards, les loups et surtout les chacals, pour mieux chasser ou mieux se défendre. Les chiens devenus sauvages forment une véritable race. C’est là, selon nous, qu’il faudrait chercher la race primordiale que d’autres prétendent avoir trouvée dans le chien de berger, dans le basset, d^ns le boule-dogue, dans le lévrier, dans le chien nu ou indien, etc. La valeur du chien est dans la transformation de son instinct de sociabilité, comme la valeur de l’homme dépend du développement de la solidarité ou de la conscience sociale. En perdant cette conscience, les hommes redeviennent barbares, et reprennent leurs instincts primitifs comme les chiens redevenus sauvages.

La mémoire et l’intelligence du chien sont attestés par des faits nombreux dont le récit ne saurait ici trouver place. Mais ces qualités qu’on recherche tant, .n’existent pas également dans toutes les races : elles sont très-inégalementréparties ; peut-être même que leur développement n’a été que lentement progressif. Du temps d’Homère,

1. Humboldt, Tableaux de la Sature, t. I, p. 21 de notre traduction.

il y a près de trois mille ans, on paraissait être moins frappé des qualités que des défauts du chien, à en juger par les épithètes de xuvsoç, xuvco-niç, xuv-repo?, xôvtoccoç, etc., qu’emploie si souvent le grand poëte de l’antiquité. Les noms de xuwv (chien) et de canis résumaient dans l’esprit des Grecs et des Romains un ensemble de vices qui excluaient toute idée d’un animal ami de l’homme.

Chat. — Entre le chien et le chat il existe une sorte d’antithèse morale qui a dû de bonne heure frapper tout observateur : autant le premier est franc, dévoué et fidèle, autant le second est sournois, capricieux et perfide ; le chien s'attache à son maître, le chat ne s’attache qu’à la maison qu’il connaît.

LesÉgyp tiens avaient, comme on sait, un culte particulier pour les chats. Ils les nourrissaient, comme les ichneumons, avec du pain trempé dans du lait. Quiconque tuait un de ces animaux, était immédiatement mis à mort par le peuple ameuté. Diodore raconte un fait dont il fut lui-même témoin oculaire pendant son voyage en Égypte, sous le règne de Ptolémée Aulète (60 ans "avant J.” G.).’ Un Romain qui avait tué un chat fut assailli dans sa maison par la populace, et ne put être soustrait à la peine capitale, bien que sonaction eût été involontaire et que le roi, redoutant la vengeance de Rome, eût envoyé des magistrats pour le sauver. Le meme historien voyageur rapporte que, lorsqu un de ces animaux, dont les gardiens sont salués a.vec le plus grand respect par les passants, vient à mourir, on l’enveloppe dans un linceul et on le porte chez les embaumeurs, se frappant la poitrine et poussant des gémissements1. Aussi les momies de chats ne sont-elles pas rares. Hérodote, qui voyagea en Egypte environ quatre siècles avant Diodore, désigne la ville de Rubaste comme métropole des chats. Les chiens, qui étaient révérés sous la lorme d’Anubis (divinité à tête de

l. Diodore, i, 83.

chien-chacal), étaient embaumés et conservés la ou ils mouraient1.

Le chat ressemble au tigre, comme le chien au loup. Aussi Linné a-t-il placé le chat ( felis calus dans le même genre que le tigre. Pline a tracé en quelques mots la caractéristique du chat : « Pour prendre un oiseau, il s’en approche tout doucement; la souris, il la guette, pour tomber sur elle soudain. il entasse ses excréments pour ne

pas trahir sa présence2. » .

Les chats se trouvent dans tous les climats , mais 1 s paraissent mieux supporter la chaleur que le froid. Le chat sauvage n’est qu’une variété du chat domestique. 1 eu d’animaux ont l’instinct attractif ou répulsif pour 1 homme aussi développé que le chat, dont on raconte d ailleui ^ ■ e

nombreux traits d’intelligence 5 .

Cochon. — Cet animal est depuis la plus haute antiquité en abomination chez la plupart des peuples de Urient. Moïse défendait d’en manger la chair, soit par raison hygiénique, soit par des motifs religieux. Le hanztr (porc) "était chez les Égyptiens, comme chez les Israélites, un animal réputé immonde. « Lorsqu’un Egyptien a dit Hérodote, touché en passant un porc, il court surlè-cliamp vers le fleuve et s’y plonge. Les porchers sont les seuls indigènes auxquels l’entrée des temples soit interdite et ils sont obligés de se marier entre eux. A l’exception de la Lune et de Bacchus, les Egyptiens. ne sacrifient des porcs à aucune de leurs divinités1, ils expliquent pourquoi ils ont horreur de sacrifier ces animaux dans leurs autres fêtes, mais il ne me paraît pas convenable • de répéter la raison qu’ils en donnent, et que je connais. » Èlien ne fut pas aussi discret qu’Hérodate.

?. Pline, llisl. nat x, 73, 74. oro,

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