Pline, Hist. nat., x, Gl
qui ait des dents proprement dites. Mais le harle, le tadorne et quelques autres espèces ont les bords intérieurs du bec armés de dentelures assez tranchantes pour saisir et retenir leur proie comme avec des dents. Le harle ou oie-plongeon ( mergus merganser , L.) a le vol rapide, le plumage blanc et les yeux rouges, caractères qui s’accordent assez bien avec ceux de l’oiseau de Diomède. Mais il ne creuse pas de terriers pour y nicher : ce caractère appartient au tadorne [an as ladorna , L.), commun sur les rives de la mer du nord et de la Baltique, où il niche dans les dunes, souvent dans les trous abandonnés par les lapins. Mais ce palmipède, qui a l’habitude naturelle de gîter comme le renard, est-il identique avec le -/yjvaXwu-^ ou le vulpanscr (littéralement oie-renard) d’Hérodote, d’Élien, etc. ? Belon et Buffon l’ont cru. Mais, suivant Geo flro y-Sain t-Iiiiaire et Cuvier, le chétialopex est l’oie d’Égypte (an as ægypliaca, Geoff.), espèce de bernache, révérée des anciens Égyptiens, à cause de sou attachement pour ses petits. «En parlant du cliénalopex,dit Geoffroy-Saint-Hilaire, Élien nous apprend qu'il était ainsi nommé à cause de sa parfaite ressemblance a\ec l’oie, et de son naturel rusé et méchant comme celui du renard. Ce n’est donc pas d’un canard, encore moins d'un oiseau qui niche sous terre qu’il est ici question.... Les temples de l’Égypte supérieure, dont tous les murs se trouvent ornés de tableaux et recouverts d’inscriptions hiéroglyphiques, sont de véritables manuscrits que j ai cru devoir consulter à l’occasion du chcnalopcx.... Enlisant dans Hérodote que les anciens avaient mis cet oiseau au nombre des animaux sacrés, et, dans Horus-Apollon, qu’ils le figuraient dans les hiéroglyphes, pour signifier la tendresse reconnaissante des enfants, il était tout naturel de s’attendre à en voir la figure souvent répétée dans les diverses scènes qui décorent les monuments égyptiens; mon attente ne fut pas trompée: je remarquai un oiseau palmipède entouré de tous les attributs de la divi-
nité, et le plus souvenl dans les mêmes tableaux que l’ibis. Nul doute alors que j’avais sous les yeux le véritable chènalopcx; j’en reconnus l’espèce avec d’autant plus de facilité qu’il était, principalement dans un petit temple de Tlièbes, sculpté et en même temps colorié : c’était l'ote d’Égypte
En résumé, l’oiseau de Diomède était, comme le sphinx, une de ces créations hybrides, tenant de plusieurs espèces animales à la fois, où se complaisait l’imagination des anciens.
Les Romains faisaient un cas particulier de l’oie domestique [ancis miser , L.), non-seulement à cause de la bonne qualité de sa chair et de sa graisse1 2, mais parce qu’ils lui avaient voué en quelque sorte un culte religieux. C’était pour eux le symbole de la vigilance. Au rapport de Diodore et de Tite Live, les oies sacrées de Junon élevèrent de grands cris à la vue des Celtes ou Gaulois qui, assiégeant Rome, cherchaient pendant la nuit à s’emparer du Capitole. Dans ce moment critique, les chiens de garde étaient restés muets. Aussi, en punition de leur coupable silence, furent-ils, tous les ans, à un jour désigné par le censeur, fouettés sur la place publique. Pline raconte que de son temps on amenait du fond des Gaules des troupes d’oies à Rome, et que, dans cette longue marche, les plus fatiguées se mettaient au premier rang, comme pour être poussées par celles qui formaient l’arrière-garde.
De tous les oiseaux de basse-cour, l’oie est seule capable de s’attacher, comme le chien, aux personnes qui les soignent ou qui leur témoignent de l’amitié. On cite à cet égard des traits nombreux et touchants. Le proverbe octe comme une oie ne peut donc venir que des grands cris
1. Geoffroy Saint-Hilaire, Mtinayerie du Muséum, à l’article Oie d'Égyple.
2. Le foie d’une oie engraissée avec des figues était un mets trèsrecherché de? gourmets à Home (Horace, Sut. ii, 8, v. 88).
d’avertissement ou de réclame qu’elle répète à tout moment. Cette loquacité, qu’on reproche aux indiscrets parleurs et aux bas délateurs, lui avait déjà, fait donner des anciens l’épithète d 'improbus :
Gratitat imprnbus anser.
Nos oies domestiques ont incontestablement pour souche les oies sauvages, qui font leurs couvées dans les ré gions du Nord, et qui, en automne, quittent ces régions pour passer l’hiver dans la zone tempérée. On ne voit, en effet, entre l’oie domestique et l’oie sauvage, d’autres différences que celles qui résultent, d’une part, de l’esclavage sous l’homme, et, de l’autre, de la liberté de nature.
L’usage des plumes d’oie comme instrument d’éeriture remonte au septième siècle de notre ère; Isidore de Séville ( Origines , YI, 14) et Paul d’Égine en parlent. Du temps de Pline, on se servait du roseau (cnlamus) , et plus anciennement on employait à cet effet une tige de fer ( Stylus ), pointue à une extrémité et aplatie à 1 autre. Avec l’extrémité pointue on traçait les caractères, tandis" qu’avec l’extrémité aplatie on corrigeait ou eflaçait ce qui était écrit ; d’où la locution : sæpe stylum verlere, pour dire : bien corriger. A l'encre était substituée une couche de cire, fixée sur des tablettes.
C’est sur les animaux domestiques, dont nous venons de tracer rapidement l’histoire, qu’ont dû porter les premières observations des zoologistes. En ce qui concerne les mammifères , auxquels s’appliquait plus spécialement le nom de quadrupèdes , on trouve déjà dans les livres de Moïse un essai de classification, fondé sur la conformation des pieds. Les animaux qui ont des espèces de doigts, comme le chien et le chat, y sont soigneusement séparés de ceux qui ont le pied tout d’une pièce, tels que le che-
.val et l’âne, et de ceux qui l’ont fendu, tels que le bœuf, la chèvre et la brebis. Aristote précisa cette caractéristique en la complétant. Il fit ressortir le développement des dents canines chez les carnassiers digitigrades , et donna quelques indications sur différents groupes, connus plus tard sous les noms de solip'edes, de fissipèdes, de ruminants , de pachydermes , etc.