‹ Histoire de la zoologieChapitre 32 sur 132 · Florus, i · texte numérisé non relu

Florus, i

mède avait été exposée. Un de ces os qu’on avait rapporté de Joppé (Jaffa), avait trente- six pieds de longueur. C’était probablement un ossement fossile.

^ Pour l’inauguration de son théâtre, Pompée lit voir (en 55 avant J. G.) un céphus d’Éthiopie (espèce de guenon), un lynx, un rhinocéros, animal jusqu’alors inconnu, vingt éléphants combattant contre des hommes, quatre cent six panthères, et. six cents lions dont trois cent quinze étaient à crinière (lions mâles).. Assurément,, fait observer ici avec justesse Cuvier, tous les rois réunis de l’Europe ne pourraient pas aujourd’hui parvenir à rassembler un nombre égal de ces animaux. Neuf ans plus tard (en 46 avant J. C.), César donna des fêtes qui devaient surpasser en splendeur celles de son malheureux rival. Dans un amphithéâtre couvert de voiles de pourpre, il lit voir quatre cents lions à crinière, vingt éléphants qui furent attaqués par cinq cents fantassins, vingt autres qui le furent par cinq cents cavaliers, et, pour la première fois, des taureaux sauvages combattant contre des hommes. La nuit, César se fit reconduire chez lui par des éléphants portant des flambeaux.

La quantité d’animaux tués dans les fêtes des Romains atteignit des proportions incroyables. D’après une inscription trouvée à Ancyre, l’empereur Auguste avait fait, à lui seul, périr devant le peuple trois mille cinq cents bêtes fauves. Caligula fit mettre à mort, dans une seule fête, quatre cents ours et quatre cents panthères. Titus, à l’occasion de la dédicace des Thermes, fit paraître neuf mille animaux dans le cirque.

L’art d’apprivoiser les animaux était alors poussé aussi loin que celui de les prendre. Antoine montra le premier des lions attelés à un char. Mais longtemps avant lui, le Carthaginois Hannon passait pour avoir le premier complètement asservi un lion : l’animal suivait son maître comme un chien. Les Carthaginois exilèrent leur compatriote, dans la crainte qu’un homme, aussi habile, ne finît par

les asservir un jour eux-mêmes. Au triomphe de Germanicus sur les Germains , on vit des éléphants qui avaient été dressés à danser sur la corde. Galba lit voir un éléphant qui, chargé d’un chevalier romain, monta sur une corde tendue jusqu’au sommet du théâtre. Ces éléphants étaient nés dans Rome et avaient été ainsi dressés dès leur naissance. Domitien donna le spectacle d’une chasse aux flambeaux ; on y vit une femme terrasser un lion ; un éléphant ployer les genoux devant l’empereur après avoir combattu et tué un bœuf; un tigre royal vaincre un lion ; des aurochs tramant des chars , enfin un rhinocéros bicorne. On avait nié longtemps l’existence du rhinocéros bicorne, bien qu il soit gravé sur les médailles de Domitien, et que Sparrman, dans son Voyage au Cap, l’ait fait connaître d’une manière certaine.

Dans les jeux donnés par Antonin le Pieux, on voit apparaître une grande variété d animaux, tels que hippopotames, crocodiles, slrepsikéros (bouquetins ?), éléphants, lions, crocottes (hyènes). Commode, fils deMarc-Aurèle, qui détestait les combats du cirque, s’amusait à couper, avec des lames recourbées, la tête à des autruches qui couraient vers un appât préparé à cet effet ; les autruches continuaient à courir pendant quelque temps après avoir été décapitées. En rapportant ce lait d apres Héiodien, Cuvier assure avoir lui-même répété l’expérience sur des oies et avoir obtenu un résultat analogue.

Ce qui doit nous intéresser bien plus que tous les spectacles offerts par Septnne-Sévère, Héliogabale, Aurélien, Probus, etc., c’est la fameuse mosaïque construite par ordre d’’ Adrien (vers l’an 125 avant J. C ). Ce monument, découvert à Palestrine (l’ancienne Préneste), représente les animaux de l’Egypte et de l’Éthiopie, accompagnés de leurs noms, écrits sous chacun d’eux. Dans la partie inférieure figurant l’inondation du Nil, on remarque le crocodile, ’l’ibis, l’hippopotame, très-exactement dessines. La partie supérieure de la mosaïque représente, au milieu

des montagnes de l’Éthiopie, la girafe, sous le nom de nabis , des singes, des reptiles ; en totalité, une trentaine d’animaux parfaitement reconnaissables, et dont la nomenclature est ainsi nettement acquise.

Les animaux d’une même espèce étaient-ils anciennement plus nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui? C’est ce qui paraît résulter des quantités prodigieuses délions, de panthères, d’éléphants, d’hippopotames, d’ours, etc., qui furent, pendant les premiers siècles de notre ère, amenés à Rome pour l’amusement du peuple-roi. Ces exhibitions sanglantes se continuèrent jusqu’à la destruction de l’empire d’Occident; et, malgré la défense1 de Constantin, on en vit encore sous les empereurs chrétiens : Théodose (mort en 395) et Justinien (mort en 565) donnèrent des spectacles d’animaux.

Cependant depuis Aristote bien peu d’écrivains s’occupèrent, si l’on excepte Pline, Êlien et Oppien, de l’étude des animaux. Virgile, Ovide, Sénèque, Martial, Juvénal, Galien, Philostrate, Arrien, Appien, Athénée, etc., n’en ont parlé qu’incidemment, dans les limites des sujets qu’ils traitaient.

Pline le naturaliste.

Pline l’ancien, dont la mort (en 79 de notre ère) marque la date de l’ensevelissement d’Herculanum et de Pompéi par les cendres du Vésuve, a consacré à la zoologie proprement dite les livres vin, ix, x et xi de l’ouvrage encyclopédique, qui porte le titre modeste de Hisloria naturalis* . L’éléphant ouvre la série des animaux, dont la principale classification est empruntée aux milieux (terre, eau, air),

: . La meilleure édition de l 'Histoire nalurellc, de Pline est celle de la collection Lemaire (Paris, 1827). La partie zoologique (t. 111 et IV) a été soignée par G. Cuvier et Ajasson de Grandsagne.

où ils sont appelés à vivre. Compilateur plutôt qu’observateur, Pline n’est pas toujours heureux dans le choix des auteurs qu’il abrège ; à côté d’êtres réels, il en place de * fantastiques, tels que la martichore , animal à tête d’homme et à corps de taureau, le catoblèpns , dont le regard est mortel, le monocéros (unicorne), le cheval ailé, etc. En copiant Ctésias, il est loin de soupçonner un sens symbolique aux animaux que ce médecin historien avait vus dans les hiéroglyphes de Persépolis. Les descriptions qu’il donne sont, en général, insuffisantes pour faire reconnaître les espèces auxquelles elles pourraient s appliquer .

Après avoir traité, dans le huitième livre, des animaux terrestres, l’auteur parle, dans le neuvième, des animaux aquatiques. On voit que de son temps les baleines venaient jusque dans le golfe de Gascogne et que les Basques paraissent s’être les premiers livrés à la pêche de ces grands cétacés. Peu à peu les baleines fuyaient devant les atta- -ques réitérées de l’homme, si bien qu’à l’époque de Juvénal (vers la fin du premier siècle) on n’en trouvait plus que sur les côtes de l’Angleterre. — Dans le dixième livre, qui est consacré aux oiseaux, Pline confond le phénix, 'animal fabuleux qui, emblème hiéroglyphique du soleil, renaît de ses cendres, avec le phénix, iaisan doré qui fut app.orlé de la Colchide à Borne et montré à l'assemblée du peuple pendant la censure de l’empereur Claude (vers l’an 45). Cependant l’oiseau qu'il décrit sous le nom de Iragopan, « plus grand que l’aigle, ayant suites tempes deux cornes recourbées, » et qui a été longtemps regardé comme fabuleux, a été reconnu pour le faisan cornu de Buffon (penelope saUjra de Gmelin), qui vit dans les montagnes du nord de 1 Inde. — Le onzième livre commence par une description des travaux et du gouvernement. des abeilles. Avec toute l’antiquité, Pline nomme roi ce qu’on appelle aujourd hui renie. I lein de loi dans la génération spontanée, il croit que si 1 espece des abeilles était complètement détruite, on pourrait la rege-

nérer avec le ventre d’un bœuf fraîchement tué et enterré dans des matières en décomposition. Quel besoin d’imaginer ce qu’aucune expérience ne sanctionne!

Dans le même livre on trouve les premiers détails que l’on ait sur la soie. Pline nous apprend qu’elle*fut de fort loin (probablement de la Chine) apportée à Rome ; qu’elle est produite par un insecte qui vit sur le mûrier, ainsi que par des insectes autres que celui qui vit sur le mûrier ; enfin que l’on ne commença que sous le règne d’Héliogabale à porter des vêtements de soie. Le livre se termine par une zoologie générale ou sorte d’anatomie comparée, en tous points inférieure à celle d’Aristote.

Dans -l’éloge que Bui’fon a fait de Pline, il n’y a devrai que ce qui concerne le style et une certaine élévation de pensée. Cuvier, tout en reconnaissant dans l 'Histoire naturelle de Pline un des monuments les plus précieux que nous ait laissés l’antiquité , fait une plus juste part d’éloge et de blâme. « Ce n’est pas, dit-il, un observateur tel qu 'Aristote, encore moins un homme de génie. Son

mérite est dans son talent d’écrivain Pline n’est rien

moins que savant; il peut amuser: il n’instruit pas. »

lilien.

Élien, surnommé le sophiste, mort vers 260 clc J. G., a laissé une Histoire des animaux, en dix-sept livres, divisés en chapitres très-courts. Aucune pensée scientifique n a présidé à 1 arrangement des particularités anecdotiques qui composent le fonds de cet ouvrage. L’auteur semblait cependant anime d’une ardeur sincère pour les recherches d histoire naturelle. « Je profère, dit-il, l’avantage de cultiver mon esprit et de multiplier mes connaissances aux honneurs et aux richesses que j’aurais pu obtenir à la cour des princes J’aime mieux étudier les

caractères des animaux et en écrire l’histoire, que travailler pour mon élévation et ma fortune. »

Malheureusement ces nobles sentiments n’ont inspiré à Élien qu’une médiocre compilation 1 . Son livre n a, de l’intérêt que parce qu’il contient beaucoup d’extraits d’auteurs perdus. Parmi les quadrupèdes (mammifères) indiqués, au nombre de soixante-dix espèces, on remarque le rat épineux. Get animal, qu’Aristote plaçait en Egypte et Élien dans la Cyrénaïque3, était resté inconnu aux modernes jusqu’à l’époque de l’expédition française en Égypte Le rat du Caire , que nous a fait connaître E Geoffroy Saint-Hilaire, membre de cette expédition, appartient au même genre de rats épineux, trouves aussi a Cayenne par Martin, et au Paraguay par d Azzara. L est un fait à l’appui de l’opinion que dans les pays chauds le poil des rongeurs a une certaine tendance à prendre la

forme épineuse. , ...

Le sanglier à cornes , dont parle Elien, n a ete reconn qu’au dix-septième Siècle. C’est le babiroussa (sus babi russa ), espèce de sanglier, remarquable par le développement de ses canines recourbées, et qui se rencontre dans quelques îles de la Sonde. Ce qu'Elien avait pris pour des cornes, sont de vraies dents, comme les defenses de l’ éléphant Sont de vraies dents incisives.

Quant à l’animal qu’Elien nomme onocentaure et qui devait être une combinaison de la forme de 1 homme avec

1 Les éditions les plus estimées du llspi îwwv iôiô-r.Toç. De anmaliumnatura, d’Élien sont celles de Gronovius, Lond., 1 Gh, L vol. in-», dê G Schneider, Leipzig, 1784*, 2 vol. in-8 , et de Fr. Jacobs, lena,

18jf ’a\e°s' rais d'Égypte ont, dit Aristote, le poil presque aussi dur nue nos hérissons » Q*>.npàv ëyovoir^ Tpiy* <r/eîov oi

Lvoi). l'isl. anim., vi, 37. Avant Aristote, Lerodote avaa d.jà dit trouvait en Libyedes rats, appelés hérissons (e/iv^eO- lit. nr,l. q rÉl en s’accorde ici avec Pline, qui place d.ns la même région ies rafs dont . les poils piquent comme ceux des hénssons » (hcnnaceorum pungent'es ptli) ■ thst- nat., un,' -

celle de l’âne, il était relégué parmi les fables jusqu’à ce que Georges Cuvier fit voir que l’onocentaure est une monstruosité moins rare qu’Élien ne le parassait croire. «On l’observe, dit le grand naturaliste, dans la classe des quadrupèdes toutes les fois que la mâchoire inférieure donne à la figure de l’animal une ressemblance plus ou moins frappante avec celle de l’homme. J’ai vu moimême un veau qui présentait cette ressemblance. Il paraît que du temps de Claude on en apporta un à Rome, et qu’il fut conservé dans du miel. Ces anomalies ont fait supposer au moyen âge des unions contre nature, et motivé des condamnations cruelles que la science, qui les explique, ne permettrait plus aujourd’hui1 2. »

Les oiseaux énumérés par Élien forment cent neuf espèces, dont soixante-treize seulement nous sont connues depuis longtemps; les autres sont encore douteuses, ou n’ont été reconnues qu’à notre époque. Parmi ces dernières nous signalerons les oiseaux appelés memnonides , parce qu’ils venaient, selon la légende, se battre, à des périodes fixes, sur Je tombeau de Memnon, près de Ptolémaïs. Il existe, en effet, des oiseaux, voisins des bécasses, qui non-seulement se livrent entre eux des combats singuliers, des assauts corps a corps, mais qui combattent aussi en troupes régléès et marchant l’une contre l’autre. C’est ce qui leur a valu le nom de combattants (< irincjapurjnax , L.). Leurs phalanges ne sont composées que de mâles; les femelles, simples spectatrices, forment le prix ou l’enjeu de ces combats. Les plumes chatoyantes du cou, que les mâles hérissent d’une manière menaçante, leur ont fait aussi donner le nom de paons de mer'1.

Parmi les cinquante espèces de reptiles décrites par Élien, on remarque surtout le crocodile portant une corne sur le museau. On avait longtemps douté de l’existence

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