‹ Histoire de la zoologieChapitre 33 sur 132 · Voy. Buffon, t. VIII, p. 146 (édit, de Flourens · texte numérisé non relu

Voy. Buffon, t. VIII, p. 146 (édit, de Flourens

de cette espèce de crocodile, qu’Élien disait vivre dans le Grange. Ce n’est que depuis soixante ans à peine que Diard et Duvaucel y ont découvert un crocodile à long museau, garni d’une proéminence charnue et cornée.

Élien donne sur les poissons, dont il indique environ cent trente espèces, beaucoup de détails de mœurs trèsintéressants, et il a décrit le premier les espèces suivantes : le diodoné ou archer, qu’à cause de sa forme et de ses longues épines on a depuis nommé orbe épineux; le citharædus, qui a la forme d’une lyre ; l’anchois, petit poisson remarquable par sa bouche fendue au delà des yeux. Mais Élien n’est pas, comme on l’avait cru, le premier qui ait parlé des perles de Bretagne. Pline en avait parlé avant lui. Aujourd’hui on trouve encore, selon Cuvier, dans les mers d’Écosse, des perles du genre de celles mentionnées par Élien. On trouve aussi des perles dans une espèce de moule qui habite la mer du Nord. Linné a proposé de, piquer ce mollusque pour le forcer à produire des perles ; et en effet ces objets sont le résultat d’une blessure faite aux coquillages qui sont susceptibles de leur donner naissance.

Oppien et Atlionée.

Nous avons sous le nom d’Oppien, qui, natif d’Anazarbe en Cilicie, vivait au second siècle de notre ère, deux poèmes, l’un Sur la pêche (Halieutica) , l’autre Sur la chasse ( üynegelica ). D’un troisième poème, aujourd’hui perdu, il ne nous reste Sur la chasse aux oiseaux ( Ixeu tica) qu’une paraphrase en prose1 : Les Halieutiques ou

1. L’édition d’Oppien la plus estimée est celle que Schneider fit paraître à Strasbourg, 1776, in-8 (texte grec et latin), avec des notes et la paraphrase grecque des Ixeutica, qui avait été publiée pour la première fois par E. Winding, Copenhague, 1702, in-8.

poésies sur la pèche se composent de 3506 vers, divisés en cinq chants. L’auteur commence par une dédicace à Antonin (Caracalla), fils et successeur de Sévère. L’empereur lui donna, dit-on, un statère d’or (près de vingt francs) par vers. Les deux premiers chants ont pour objet l’histoire naturelle des poissons et les trois autres l’art de la pêche. On remarque d’abord la description pittoresque de Yecheneis rémora , qui passait pour arrêter un navire lancé à pleines voiles ; puis celle du petit crabe (xaaxivaç) qui, naturellement dénué de test, s’empare de la première coquille qu’il rencontre ; enfin la description exacte du nautile (vauxîXoç), etc. L’auteur raconte sérieusement que la murène ou lamproie s’accouple avec les serpents de terre qui se dépouilleraient momentanément de leur venin. Parmi les espèces qui vivent sur les rochers couverts de plantes, il cite le scare comme le seul poisson qui ait une voix ; il signale l’action engourdissante de la torpille (vapxïj), et remarque très-bien que cette action peut atteindre le pêcheur par l’intermédiaire < de sa ligne, qui est, en effet, un bon conducteur de l’électricité ; il fait exactement connaître la ruse de la baudroie, qu’il nomme grenouille pécheresse. Pour prendre des poissons, la baudroie fait sortir de sa bouche de petits filaments mobiles, qui ressemblent à des vers; trompés par L’apparence, les poissons suivent ces filaments qu’elle retire peu à peu vers sa bouche, et ne s’arrête qu’au moment où elle peut les saisir.

Dans un morceau poétique, Oppien explique comment certaines crevettes se vengent du bard qui cherche à les dévorer. Ltant saisies par cet animal vorace , elles dressent une espèce de scie qu’elles ont sur la tête et déchirent ainsi le palais de leur ennemi. Emporté par sa voracité, le bard continue de manger, mais il finit par succomber aux déchirures que lui font les scies des crevettes.

Sous le nom de bœuf marin , Oppien décrit très-bien les mœurs d une grande espèce de raie. Ce poisson, que Risso

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a fait depuis connaître, se rend fort redoutable aux pêcheurs plongeurs, en les aveuglant : il se précipite sur le visage du plongeur de manière à lui dérober la lumière. Le poète décrit encore exactement l’aiguillon venimeux qu’un poisson , nommé paslinaque , porte sur la queue, et qui servait aux anciens à armer la pointe de leurs flèches. Il fait l’éloge du muge, en le représentant comme l'emblème de la vertu et de l’innocence, parce qu’il n’attaque jamais les autres poissons, et qu’il ne vit que d algues et de limon. « Cette innocence et cette vertu viennent, ajoute Cuvier, de ce que le muge n a pas de dents. »

Le poète semble particulièrement aimer le dauphin il revient souvent sur la beauté et la vitesse de cet amphibie. C’est, selon lui, le roi des poissons, comme l’aigle l’est des animaux et le serpent des reptiles. A ce sujet, il raconte une anecdote, semblable à celle rapportée par Pline*, et que toute l’Élide, dit-il, se rappelle encore : Un dauphin s’était pris d’affection pour un enfant; il lui' obéissait en tout, comme un chien à son maître, et il mourut de douleur a la mort de 1 enfant. a

La pêche fut pour les anciens un excellent moyen d observer les mœurs des poissons; et à cet égard ils paraissent avoir été plus instruits que les modernes. Ainsi, Oppien nous apprend que le muge saute par-dessus les li ets ordinaires , ce qui oblige le pêcheur de les modifier en conséquence ; que le loup marin (espèce de bard passe par-dessous le filet en creusant le sable; que la seche, pour faciliter sa fuite , répand autour d’elle un liquide noir; que d’autres poissons coupent la ligne du pêcheur; crue ’ pour pêcher Yanlliias (espèce de poisson encore indéterminé de la Méditerranée), il fallait commencer pai l’apprivoiser en lui 'jetant à manger pendant plusieurs jours et que ce n’était qu’après l’avoir ainsi habitue a \enir à lui que le pêcheur pouvait utilement tendre ses fi-

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