Hérodote, il, II
Diodore de Sicile a donné quelques détails sur la chasse à l'hippopotame, qu’on tuait à coups de harpon. Marcus Scaurus montra le premier un de ces animaux aux Romains. Auguste, Héliogabale, Gordien en firent depuis voir à Rome, où on les nourrissait dans des bassins creusés à cet eflet.
Pendant la longue période du moyen âge, l’hippopotame était aussi inconnu que si son espèce eut disparu par une révolution du globe. Ge n’est que vers le milieu du seizième siècle qu’on le voit reparaître dans les Observations et plusieurs singularités , etc., de Reion. Mais c’est le chirurgien italien Zerenghi qui en a donné la première description exacte dans un mémoire intitulé: La vera clescrizione ciel hippopotamo ; Naples, 1603, in-à. A son letour d’Égypte, en 1601, Zerenghi montra à Venise et à Rome les peaux de deux animaux que ses gens avaient tués dans le Nil. Le célèbre Aldrovande reconnut dans ces dépouilles l’hippopotame et en donna une figure médiocre, reproduite par Fabius Golonna et Prosper Alpin. C’est d’après Zerenghi et le récit de quelques voyageurs que Bufion décrivit l’hippopotame, qu’il ne vit jamais vivant. Aussi tombe-t-il dans plus d’une erreur. Ainsi, quand il dit que cet animal « chasse le poisson et en fait sa proie,» il ignorait que l’hippopotame, ayant l’estomac divisé en plusieurs poches comme l’est celui des herbivores, ne se nourrit que de racines et de substances végétales.
L’hippopotame, nom que les Arabes ont littéralement traduit par faras-el-bahr (cheval du fleuve), était déjà du temps d’Ammien Marcellin devenu presque introuvable dans la Basse-Egypte, où du reste il ne parait jamais avoir été fréquent. Sa voracité est si grande, que des naturalistes ont attribué la diminution de son espèce au manque de nourriture. On n’a du reste qu’à voir ce corps massif, chargé de graisse, cette gueule bordée de lèvres épaisses, et qui, en s’ouvrant largement, montre d énormes dents cylindriques, pour sc convaincre que ce puissant animal.
dont l’aspect général rappelle celui des monstres antédilu- ' ^iens, devait être singulièrement nuisible à l’agriculture égyptienne. Un voyageur suédois. Hasselquist, qui visita l’Egypte il y a près d’un siècle et demi, dit à ce sujet : œ Lorsque l’hippopotame vient sur le rivage , il détruit en peu de temps le champ de blé ou de luzerne qui est à sa portée, et n’y laisse pas subsister la moindre verdure ; car il est très-vorace, et il lui faut une copieuse chère pour remplir son prodigieux ventre.»
On raconte comme un fait exceptionnel l’apparition de ces animaux dans le Delta du Nil. En 1836, on en signala deux aux environs de Damiette ; après avoir commis de grands dégâts dans la campagne , l’un fut tué et l’autre disparut. On s’explique ainsi la rareté de ces pachydermes, aux excursions desquels la mer oppose d’ailleurs une limite infranchissable; car ils ont impérieusement besoin d’eau douce.
L’hippopotame était regardé comme un animal sacré dans les provinces de l’Egypte où le crocodile passait pour un animai impur. On ne voit jamais son image sur les monuments anciens ; mais on le trouve souvent figuré sur les médailles des nomes ou anciennes provinces. Chassé du pays des Pharaons, il s’est réfugié dans les rivières de l’Afrique centrale et australe, telles que la Gambie, le Niger, le Zambèze, etc. S’il existe, ce qui est encore douteux, un hippopotame de l’Inde, ce sera sans doute une espèce distincte de l’hippopotame d’Afrique, comme l’éléphant et le rhinocéros de l’Inde sont des espèces distinctes de l’éléphant et du rhinocéros d’Afrique.
Rhinocéros. — Ce quadrupède dont le nom grec signifie littéralement nez-corne , était inconnu à Aristote. Ce fait est d’autant plus remarquable qu’il prouve qu Alexandre n’avait pas pénétré dans cette partie de 1 Inde (Bengale) et de l’Asie méridionale (Siam, Gochincliine) qui passe pour la patrie du rhinocéros. Diodore est le premier auteur grec qui en ait parlé, environ cinquante ans avant J. G.
Voici ce qu’il en dit en donnant l’histoire des animaux de l’Éthiopie : « Il existe un animal qu’on appelle rhinocéros (^ivoxepwc), nom tiré de sa forme. Il est presque aussi courageux et aussi robuste que l’éléphant, mais il est d’une taille plus petite. Il a la peau fort dure et couleur de huis. Il porte à l’extrémité des narines une corne un peu aplatie, et presque aussi dure que du fer. Toujours en guerre avec l’éléphant, auquel il dispute les pâturages, il aiguise cette corne sur de grandes pierres. Dans le combat il se jette sous le ventre de l’éléphant et lui déchire les chairs avec sa corne comme avec une épée. Il fait perdre ainsi à ces animaux tout leur sang et en tue un grand nombre. Mais lorsque l’éléphant prévient cette attaque du rhinocéros, et qu’il l’a saisi avec sa trompe, il s’en défait aisément en le frappant avec ses défenses et l’accablant de sa force 1 . »
Cette sorte d’antipathie qui existe entre le rhinocéros et l’éléphant, et que Pline a mentionnée d’après Diodore, n’a pas été remarquée par les observateurs modernes. Mais le récit de Diodore nous intéresse à un autre point de vue. Le rhinocéros unicorne, dont parle cet auteur, nous ■ est présenté comme habitant l’Ethiopie ou l’Afrique. Or, d’après tous nos zoologistes, le rhinocéros d’Afrique a deux cornes, il est bicorne, tandis que le rhinocéros de l’Asie (Indostan, Java, Sumatra) est unicorne. La description de Diodore ne peut donc s’appliquer qu’au rhinocéros asiatique. Du reste, plus de dix-sept siècles et demi après Diodore, Ihillon ne distinguait pas encore l’espèce indienne rhinocéros unicorms , L. , rhinocéros indiens , Cuv.) de l’espèce africaine ( rhinocéros bicornis , L.. rhinocéros africa/nus, C.), et il mêle 1 ’ histoire de l’un avec celle de l’autre.
Cependant cette distinction avait été déjà faite par Pline et par Paàisanias, auteur grec, de cent ans postérieur à