Ruysch, Theat. animal., U 11, p
comme (l’un mets maigre, fort estimé des moines gourmets de ce fameux monastère.
La véritable patrie des castors, c’est le Canada, particulièrement l’espace qui entoure la baie d’Hudson, depuis le 45e degré de latitude boréale jusqu’au cercle arctique. C’est là qu’on trouve encore quelques-uns de ces hameaux de castors, bâtis sur pilotis, dont ailleurs les débris, mêlés à des objets d’industrie, ont récemment donné naissance, dans l’imagination de quelques archéologues, à ces cités lacustres d’une prétendue race humaine aquatique.
Les castors paraissent avoir rayonné de ce loyer dans tout l’hémisphère boréal, en ne dépassant point 1 equateui et en s’arrêtant, dans l’Ancien comme dans le Nouveau- Monde, vers le 43e ou 45e degré de latitude. Les contrées de l’Europe et de l’Asie situées à peu près sous la même latitude que le Canada semblaient devoir être les dernières à voir disparaître ces remarquables rongeurs. On en rencontre encore aujourd’hui, çà et là, en Norvège, en Laponie et particulièrement en Sibérie, sur les rives de 1 Obi et du Jaïk. On n’en a jamais rencontré au Spitzberg, ni au Groenland, pas plus que dans l’hémisphère austral.
Les castors terriers, solitaires, à rohesale, ne construisant ni magasin, ni habitation, sont-ils de la même espèce que les castors au poil luisant, qui vivent en société et dont les constructions sur pilotis ressemblent de loin à des cités ? Oui ; il n’y a qu’une seule espèce castorine. Le. castor sociable du Canada, transporté dans nos climats, devient solitaire. Voici un curieux fait à l’appui. Frédéric II, roi de Prusse, avait fait venir de l’Amérique septentrionale tout un troupeau de castors, pour les acclimater aux environs de Berlin. Il espérait en retirer de beaux bénéfices; mais, à son grand désappointement, ces rongeurs exotiques changèrent de mœurs avec le climat, donnant un démenti formel à ce vieil adage : cœlum mutai , non mores, qui Irans rnarecurril. Cela n’est vrai que pour l’homme. Les pauvres castors du roi de Prusse devinrent
moroses, mélancoliques ; au lieu de s’associer pour travailler en commun, ils ne recherchaient chacun que La solitude; leur pelage brillant, si estimé, se hérissait, devenait terne; et, pour comble de malheur, en se creusant des terriers, ils se pelaient le dos, au point de ne plus ressembler qu’à des chiens galeux. Bien qu’on leur eût donné la clef des champs, ils ne se propagèrent point, ils s’éloignèrent peu à peu du pays, et bientôt on n’en vit plus un seul sur tout le territoire de Brandebourg1.
Le commerce des pelleteries, qui avant deux siècles aura amené l’extinction de l’espèce castorine, continue son cours de destruction pour tous les autres animaux à fourrures. Les lions, les tigres, les panthères et les léopards, recherchés pour leurs peaux, deviennent de plus en plus rares. L’assertion de Buffon que « les hermines sont très-communes dans tout le nord, surtout en Russie, en Norvège et en Laponie, » n’est déjà plus vraie aujourd’hui : ces belettes blanches, à queue noire, sont maintenant très-rares dans ces mêmes contrées. Mais l’industrie y supplée par des peaux de lapins albinos, « plus blanches que la blanche hermine. » La marte, également recherchée pour son poil, commence à ne plus être aussi commune dans le nord de l’Europe, de 'l’Amérique et de l’Asie. La zibeline, dont l’impitoyable chasse a fait découvrir les contrées orientales de la Sibérie, s’est réfugiée dans des régions presque inaccessibles, d’où elle finira par disparaître. Plus estimée que la marte, elle s’en distingue surtout en ce qu’elle a du poil jusque sous les doigts. Le putois lui-même, depuis que l’on connaît le moyen de neutraliser les mauvaises odeurs, devient victime de la beauté de son pelage noir. Le blaireau et le renard, dont les peaux ont toujours leurx prix, étaient, il y a moins de cent ans, beaucoup plus communs qu aujour-
1. Zimmermann, Spccimcn zooion. grogrnj>hic.r , etc., p. 297 (Leyta, 1777, in-4).
d’hui. Que les vieux chasseurs interrogent leurs souvenirs. Que dirons-nous de la loutre ? Ce carnassier, qui par sa faculté natatoire rappelle le castor, était du temps d’Aristote. de Pline et d’Élien, très-commun aux bords des lacs et des rivières. La peau de loutre donne une excellente fourrure; quoiqu’elle ne mue guère, elle se vend plus cher l’hiver que l’été.
Les animaux qu’ Aristote présentait comme intermédiaires entre les animaux qui vivent sur la terre et ceux qui vivent dans l’eau, — d’où le nom d’amphibies , — fournissent aussi un ample contingent aux envahissements destructeurs. Le phoque1 a quitté la Méditerranée pour se réfugier dans les mers du nord. Les Romains attribuaient à la peau de ces animaux le pouvoir de garantir de la foudre. L’empereur Auguste, qui avait peur du tonnerre, avait soin de se couvrir d’une peau de phoque à l’approche d’un orage2.
Les phoques tendent à disparaître devant les Es quimaux qui peuplent les solitudes de la zone glaciale. Poussés par l’âpre gain, les pêcheurs norvégiens et russes leur font la chasse pour s’emparer de leur peau et extraire l’huile de leur graisse. Cependant aucun animal ne mérite moins que le phoque une guerre aussi acharnée : ses grands yeux expressifs , d’une douceur langoureuse, semblent implorer la pitié de l’homme. Le phoque est le modèle sur lequel l’imagination des poètes et des mythographes a, en partie, enfanté les sirènes, les tritons, ces divinités marines à tête humaine, à corps de quadrupèdes, d’une apparence de manchot, à queue de
L Le phoque commun ( phoca vitulina ) a reçu les noms de veau de mer, chien de mer, loup de mer, renard marin, etc. Le cette espèce il faut distinguer le petit phoque noir ( phoca pusilla), à oreilles externes (otaries), autrefois très-commun dans la Méditerranée, le phoque à trompe ( phoca leonina, L.), le lion marin ou phoque à crinière {phoca jubala) , l’ours marin ( phoca ursina).