‹ Histoire de la zoologieChapitre 51 sur 132 · Suétone, Vita Oclaviani · texte numérisé non relu

Suétone, Vita Oclaviani

poisson. Il règne, remarque très-bien Buffon, dans cet empire muet, par sa voix, par sa figure, par son intelligence, par les facultés, en un mot, qui lui sont cora- » munes avec les habitants de la terre, si supérieures à celles des poissons, qu’ils semblent être, non-seulement d’un autre ordre, mais d’un monde différent.

Les morses ou vaches marines, de la même famille que les phoques, sont également devenus rares dans les contrées où ils abondaient jadis. Les dents de ces amphibies, leur graisse, leur peau, ont stimulé l’esprit de lucre.

Le morse (triche chus rosmarus, L.), appelé aussi cheval marin , paraît être 1 ’orca de Pline, qui vint, à l’époque de ce naturaliste, échouer dans le port d Ostie, où 1 empereur Claude vint le combattre avec sa garde prétorienne. Remarquable par le développement de ses canines, semblables aux défenses de 1 éléphant, le morse a 1 estomac simple comme le phoque : c est un carnassier, vivant de poisson. Les morses, aujourd hui introuvables dans la Méditerranée, sont devenus très- rares dans les mers septentrionales des deux mondes, où les navigateurs en rencontraient souvent, il y a moins de deux siècles. C’est à terre, où, comme les phoques,' ils peuvent à peine ■ se traîner, que l’homme les assomme à coups de harpon. — Notons, en passant, que tous les zoologistes, depuis l’antiquité jusqu’à Cuvier, ont confondu ces carnassiers ( piscivores ) amphibies avec les cétacés herbivores, ajant l’estomac divisé en plusieurs poches.

Le dauphin, ce prétendu ami de l’homme, sur lequel Pline, Aulu-Gelle, Plutarque, Athénée, Élien, ont raconté tant de fables, le narval-licorne, le rorqual, la baleine elle-même ne tarderont pas à disparaître du domaine des espèces vivantes. Nos descendants n en verront plus que les ossements dans les musées paléontolo-

^ Pendant des milliers d’années, depuis l’origine de notre espèce, les cétacés (du nom de *7, toç, baleine) avaient été

confondus avec les poissons. Aristote, fut le premier à les en distinguer par des différences anatomico-physiologiques. Il remarqua que, contrairement aux poissons, les cétacés ont le sang chaud, qu’ils rejettent par des ouvertures particulières l’eau aspirée, qu’ils respirent par des poumons, et qu’ils mettent au monde des petits que nourrissent leurs mères1. A l’objection, qu’on a reproduite jusque dans ces derniers temps, à savoir qu’il serait impossible aux jeunes cétacés de teter, Aristote avait déjà opposé une raison anatomique: « Dans le dauphin il existe, dit-il, de chaque côté des organes génitaux un orifice par lequel s’écoule le lait ; les petits sucent ce lait en nageant à la suite de leur mère ; c’est là un fait d’observation2. »

Il n’est guère possible de reconnaître, par les descriptions trop succinctes qu’en donnent Aristote, Pline, Êlien, etc., les différentes espèces de cétacés. Qu’était-ce, par exemple, que le mysticetus , p.u<mx-iGo<; ? Aristote se borne à dire que cet animal n’a pas de dents, mais qu’il a dans la bouche des soies semblables à celles du cochon3. Partant de là, quelques zoologistes ont supposé que le mysticetus d’Aristote était un poisson, une espèce de chælodon. Pline aussi mentionne, sous le nom de musculus , un animal marin qui, au lieu de dents, a la bouche garnie de soies ; mais comme il le range, avec la baleine, parmi les belluæ marinæ, on pourra admettre, avec Gaza, que le mysticetus d’Aristote était identique avec le musculus de Pline.

Le dauphin, dont parle Aristote, était sans doute l’espèce [delphinus delphis , L.) autrefois très-commune dans la Méditerranée. Son phocène, eptàxaiva, habitant de la mer du Pont, paraît avoir été une espèce de dauphin ( delphinus phocxnu , L.) plus petite que l’espèce commune.

Ne tenant aucun compte des observations d’Aristote,

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