Hérodote, u, 75 et
voyées de Sakkara, et il résulte de cet examen que l’ibis blanc est le même que celui qu’on voit figuré dans les peintures d’Herculanum, sur les gemmes antiqties de Shaw, sur la mosaïque de Palestrina et sur les médailles de l’empereur Adrien. C’est à cet oiseau que Cuvier a donné le nom à’ ibis religiosa. « On a cru longtemps, ditil, que l’ibis des Égyptiens était le tantale d’Afrique (tantalus ibis , Lin.) ; on sait aujourd’hui que c’est un oiseau du genre des bécasses, grand comme une poule, à plumage blanc, excepté le bout des pennes de l’aile qui est noir ; les dernières couvertures ont leurs barbes allongées, effilées, d’un noir à reflets violets, et recouvrent ainsi le bout des ailes et la queue. Le bec et les pieds sont noirs, ainsi que toute la partie nue de la tête et du cou; cette partie est recouverte, dans la jeunesse, au moins à sa face supérieure, de petites plumes noirâtres. L espèce se trouve dans toute tl’ Afrique. » — Au rapport des voyageurs les plus récents, Y ibis religiosa , qui passait aussi pour avoir donné aux hommes l’idée de s administrer des clystères1, ne se rencontre plus en Égypte.
Héron. — Aristote a distingué trois espèces de hérons (spwStoç) : le gris plombé (ire aXoç), le blanc (Xeuxoç), et 1 étoilé
(àcrrÉpiai;).
« Le héron gris plombé est, dit-il, un chasseur rusé et gourmand; il ne travaille que le jour; sa couleur n est pas belle, et il a le ventre toujours humide. »
Le héron pellos d’Aristote et de Pline est notre héron commun ou héron cendré (ardea cinerea, L.). C’est un fait d’observation que pendant la plus grande partie du jour il se tient debout, immobile, dans l eau, que ce repos lui tient lieu de sommeil et qu’il ne pèche et ne se meut que la nuit. Ce lait avait été constaté déjà par les anciens, comme l’indique Eustathe, commentateur d’Homère,
1. Cicéron, Denat. deorum, ii, 126. — Plutarque, De Iside et Osii-jtje. — Élien, De natura animalium, n, 35.
aux vers 274-276 du xc livre de l’Iliade, où le poète dit que Minerve envoya a ses protégés giecs,
.... A la droite de leur chemin,
Un héron ; ils ne l’aperçurent peint
A causé de la nuit obscure, mais ils le reconnurent à son en'.
De tout cela il résulte que le passage d’Aristote, disant que le héron travaille le jour, Ipyâ^Tai tV %spav , est inexact, et qu’il faudrait le corriger en substituant au mot jour (■fiji.spav) celui de nuit (vuxxa).
Le héron' passait, dans toute l’antiquité, pour un oiseau de bon augure. « Il annonce, dit Oppien, la tempête, en appliquant la tête contre le cou et 1 inclinant de côté d’où elle doit venir. Aussi jamais navigateur ne tuera-t-il un héron1 2 3. » — La chasse du héron était, au moyen âge, le vol le plus brillant de la fauconnerie. Sa chair, qui a le goût du caviar, était très-estimée. « Le héron a, dit Belon, viande royale ; par quoi la noblesse françoise fait grand cas de la manger. » Ce même naturaliste nous apprend que François Ier avait construit deux héronnières à Fontainebleau, et que « ce roy avoit rendu plusieurs hérons si aduits, que, venant du sauvage, entrant céans, comme par un tuyau de cheminée, se rendoient si enclins à sa volonté, qu’ils y nourrissoient leurs petits *. » — Les hérons se distinguent, parmi les échassiers, par leurs longues plumes pendantes sur le devant du cou; 1 aigrette ou huppe qu’ils ont sur la tête, ne caractérise que le mâle.
Sous le nom de héron blanc (Ipoiom; Xeuxoç), Aristote comprenait probablement les hérons aigrettes, Yardea alba ou grande aigrette , et Yardea garzetta ou petite aigrette. Le premier est de la grosseur du héron commun ; le second,
1. Le mot xl.âÇeiv, clangere, qui est ici employé, tend à imiter ce son unique, sec et aigre, qu’on pourrait comparer au cri de l’oie, s’il n’était plus bref et un peu plaintif.