De re ruslica, n
nature, le nombre des probabilités contraires est si énorme que philosophiquement même on n’en peut guère douter ; car, si quelque espèce a été produite par la dégénération d’une autre, si l’espèce de l’âne vient de l'espèce du cheval, cela n’a pu se faire que successivement et par nuances ; il y aurait en outre entre le cheval et l’âne un grand nombre d’animaux intermédiaires, dont les premiers se seraient peu à peu éloignés de la nature du cheval, et les derniers se seraient approchés peu à peu de celle de l’âne. Et pourquoi ne verrions-nous pas aujourd hui les représentants, les descendants de ces espèces intermédiaires? pourquoi n’en est-il demeuré que les deux extrêmes ?... L’âne est donc un âne, et n’est point un cheval dégénéré. »
Un fait historique digne de remarque, c’est qu’il n’y a aucun passage de la Bible antérieur au règne de David qui parle de mulets. On a voulu contester ce fait en traduisant par mulets le mot hébreu yémim (D'D1) de la Genèse (xxxvi, 24). Mais, suivant les interprètes les plus autorisés, la véritable signification de ce mot est eaux thermales. Quoi qu’il en soit, la connaissance, relativement moderne, des mulets chez les anciens peuples de l’Orient, notamment chez ceux de la Palestine et de l'Égypte, prouve que le cheval a été introduit dans ces contrées postérieurement à l’âne.
Cheval. — Ce noble animal doit être considéré comme un des principaux moyens de civilisation, à cause de la rapidité des communications que les hommes ont pu par là établir entre eux. Les services qu’il rend le firent, dès la plus haute antiquité, tenir en grand honneur. Les Massagètes (Mongols) adoraient le cheval et lui offraient, comme au soleil, des sacrifices. Les Perses et les Germains lui avaient voué le même culte, et ils l'interrogeaient comme un oracle. On sait que Darius fut proclamé successeur du roi Cambyse parce ijue son cheval avait le premier henni au lever du soleil. C. Flaminius étant tombé
par-dessus la tête de son cheval, les augures lui prédirent, avant la bataille livrée aux bords du lac de Trasimène, qu’il perdrait cette bataille en même temps que la vie, ce qui se réalisa.
Les anciens déjà vantaient avec raison l’adresse et l'intelligence du cheval, et ils citaient à cet égard des exemples remarquables. Diodore, Quinte-Gurce, Plutarque, racontent que le Bucéphale , cheval favori d’Alexandre le Grand , quand il n’était pas sellé, ne se laissait monter que par l’écuyer ; mais dès qu’il portait le harnais royal, il ne se laissait plus monter que par Alexandre, auquel il livrait le dos en pliant les genoux. Le même fait a été raconté du cheval de Jules César, qui était figuré avec des pieds d’homme sur la statue placée devant le temple de Vénus, à Rome. Plusieurs empereurs romains étaient fous de leurs chevaux. Caligula faisait manger le sien, nommé Incitatus, dans des vases d’or. Il jurait par son cheval, et il allait le nommer consul lorsque la mort vint l’en empêcher. L’empereur Commode portait toujours sur lui r image d’or de son cheval Volucer, qu’il nourrissait avec des amandes, comme Héliogahale nourrissait le sien avec des raisins secs du Levant. Au rapport de Pline, le cheval du roi Nicomède se laissa mourir de faim lorsqu’il vit son maître tué. Si le fait est vrai, on ne pourra plus dire que les animaux seuls ne se suicident point. Les chevaux des Sybarites et des Crotoniates dansaient au son de la musique et exécutaient des tours d’adresse, analogues à ceux des chevaux de nos cirques.
Les chevaux des anciens Égyptiens étaient, à en juger par les monuments où ils se voient figurés, de fort belle race, semblable à celle qui vient aujourd’hui du Dongola. Le roi Salomon s’approvisionnait de chevaux dans les riches haras de 1 Égypte. Ce ne fut que sous le règne de David que les Israélites commencèrent à avoir une véritable cavalerie. Ne se servant ni de selles, ni d’étriers, ils se tenaient simplement assis sur une couverture jetée
sur le dos de l’animal. Ils estimaient particulièrement les chevaux qui avaient la corne du pied dure, parce qu’ils n’avaient pas la coutume dé les ferrer.
On a lieu d’être surpris que de tout temps on se soit si peu accordé sur la durée de la vie d un animal qui est un des plus constants compagnons de l’homme. Buffon fixe cette durée à 25 ou 30 ans, et il affu me que les juments les plus vigoureuses ne produisent guère au delà de 18 ans, tandis que le cheval peut engendrer jusqu’à 20 ans. Suivant Aristote, au contraire, le terme ordinaire de la %ie du cheval est de 35 ans, et celui de la jument de 40, et le cheval peut couvrir sa femelle jusqu à 33 ans, tandis que celle-ci peut recevoir le mâle jusqu à 40 ans. Aristote ne dit pas si ces accouplements tardifs sont féconds. Ces deux éminents zoologistes, à deux mille ans d intervalle, ne s’accordent pas même sur la manière de boire du cheval. Aristote dit que le cheval boit en aspirant l’eau, comme le font tous les animaux à dents égales (-à cuvÔîovti <j7ta) 1 2 . Buffon assure que le cheval « avale l’eau par le simple mouvement de la déglutition. » Buffon oublie^ ici que l’eau, avant de pouvoir être avalée, a dû d abord être aspirée, comme le remarque Aristote, par un mouvement de succion.
Les anciens connaissaient aussi la manière d’estimer l’âge d’un cheval par l’inspection de ses dents. Mais leurs données étaient moins précises que celles des modernes. La singulière croyance que les juments peuvent être fécondées parle seul effet du vent remonte jusqu’à Homère. Le poète, personnifiant Borée, lui fait prendre la figure d’un cheval, sous laquelle il donne des preuves sensibles de son- amour aux cavales d’Erichthonius s.
Aristote raconte que les Cretois, sachant que les juments en chaleur peuvent être fécondées par le vent, ont