Iliade, xx
soin de ne pas séparer d’elles les étalons. « Quand les juments, ajoute-t-il, sont dans cet état, que quelquesuns appellent to xaupCeiv, elles se mettent à courir uniquement vers le nord ou le midi, sans jamais se diriger vers le levant ou le couchant. Elles ne souffrent l’approche de personne, et courent jusqu’à ce qu’elles soient excédées de fatigue ou arrivées au bord de la mer. Elles laissent alors échapper un produit qu’on nomme hippomane (ÎTTTrouxvs'ç), comme celui que le poulain apporte en naissant1'. » Ce récit d’Aristote, reproduit et commenté par tous les naturalistes du moyen âge, n’a aucun fondement: les cavales ne sont pas fécondées par le vent, et l’hippomane, auquel on attribuait des vertus médicinales, n’était probablement que le délivre ou placenta qui suit l’expulsion du fétus et que mangent les animaux.
Aristote parle des chevaux sauvages, que de son temps on trouvait en Syrie. Suivant Hérodote, il y avait sur les bords de l’Hypanis en Scythie, des chevaux sauvages qui étaient blancs, et dans le nord de la Thrace, au delà du Danube, il y en avait d’autres qui avaient les poils longs de cinq doigts par tout le corps. Varron cite l’ouest de l’Espagne, Strabon les Alpes, Pline les pays du Nord, comme des lieux où l’on rencontrait des chevaux sauvages. Léon l’Atricain et Marmol assurent en avoir vu dans les solitudes de l’Afrique et de l’Arabie, et, suivant les Lettres édifiantes , il y en avait de fort petits en Chine.
Ces indications montrent que le cheval s’accommode de tous les climats, puisqu’on le rencontre dans le nord commedans le midi de l’Ancien Continent, et, nous pouvons ajouter, du Nouveau. Le cheval, comme l’â.nc, manquait, il est vrai, au Nouveau-Monde : la frayeur des Mexicains et des Péruviens à l’aspect des chevaux montés par les Européens témoignait que ces animaux leur étaient absolument inconnus. Mais les Espagnols en transportèrent un
1 • Il lit. animal., v; , 18.
si grand nombre dans les royaumes conquis par eux, que ces chevaux, abandonnés à eux-mêmes et redevenus sauvages, parcourent aujourd’hui les vastes déserts du midi et du nord de l’Amérique. Le cheval sauvage s’habitue si facilement à l’homme qu’il disparaît là où l’on cherche à le domestiquer. Gela est tellement vrai qu’on ne trouve plus de chevaux sauvages dans aucune des contrées de l’Europe où il y en avait anciennement.
Il n’existe aucune raison plausible pour présenter l’Arabie comme la patrie du cheval. La seule chose certaine, c’est que les Arabes tiennent des listes généalogiques pour s’assurer de l’authenticité de leurs races chevalines*. Mais ces listes ne remontent pas assez haut pour trancher la question d’origine.
Chameau et dromadaire. — L animal domestique dont il est souvent parlé dans la Bible sous le nom hébreu de ghimel , c’est le chameau à deux bosses, le chameau proprement dit ( camelusbactrianus , L.). Parce même nom de ghimel les Hébreux désignent la troisième lettre de leur alphabet, dont le caractère, J, semble être le signe hiéroglyphique du chameau à deux bosses. Le chameau à unebosse, ou dromadaire [camelus dromadarius. L. , était moins en usage chez les Israélites. Un fait digne de remarque, c’est qu’on ne trouve sur aucun monument de l’Égypte la figure ni la mention du chameau ou du dromadaire, ce qui tendrait à prouver, ou que les anciens Égyptiens ne le connaissaient point, ou qu’ils n’en faisaient aucun cas.
Plus sobre encore que l’âne, le chameau a, en outre, la précieuse faculté de pouvoir passer plusieurs jours sans boire ; c’est là sans doute ce qui lui a valu, dans les poésies orientales, le surnom de navire du désert. Il n’y a pas d’animal dont la vie soit aussi intimement liée à celle de
1. Voy. Niebuhr, Description de l'Arabie (en allemand), p. 161 et suiv. (Copenhague, 1772, in-4) .
l’homme dans son développement primitif, patriarcal, et dont le souvenir soit aussi historiquement ancien, que le chameau dans les conditions où il se trouve chez les Bédouins ou Arabes du désert. Il était entièrement inconnu aux Carthaginois ; ce n’est que chez les Maurusiens, clans l’ouest de la Libye, qu’on le voit, du temps des empereurs romains, employé à la guerre, et cela probablement à la suite des relations commerciales avec les Ptolémées dans la vallée du Nil. C’est par les invasions des Bédouins et par les missions de l’islamisme que cet animal si utile se répandit dans la zone africaine, comprise, d’une paçt, entre le Niger et la Méditerranée, et, de l’autre, entre le Nil et l’océan Atlantique.
Mais le chameau — et j’entends parla l’espèce tout entière, dont le dromadaire et le chameau proprement dit ne paraissent être que des variétés — le chameau n’est pas seulement propre à la race araméenne ou sémitique, il appartient aussi à la race aryenne. Cyrus, roi des Perses, eut des chameaux dans son armée. Au rapport d’Hérodote, il s en servit pour mettre en fuite les chevaux de Crésus, épouvantés de la nouveauté de l’aspect1. Il y en eut aussi dans 1 armée de Xerxès, qui, dit le même historien, ne le cédaient pas en vitesse aux chevaux2. Les conquérants, au quatrième siècle de notre ère, les Groths amenèrent des chameaux sur les bords du Danube inférieur, de même due plus tard les musulmans en transplantèrent sur les bords du Gange.
Le chameau fuit la zone torride, où se plaît l’éléphant. c Iltaut, dit Bu lion, non-seulement mieux que l’éléphant, mais peut-être vaut-il autant que le cheval, lano et le bœuf, tous réunis ensemble; il porte seul autant que deux mulets ; il mange aussi peu que l’âne, et se nourrit d’her- Jes aussi grossières ; la femelle fournit du lait pendant