‹ Histoire de la zoologieChapitre 90 sur 132 · PRINCIPAUX ZOOLOGISTES · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX ZOOLOGISTES

Dans l’intervalle de temps compris entre la chute de 1 empire d Occident au cinquième siècle et la chute de l’empire d’Orient au quinzième siècle, dans ce long intervalle d’environ mille ans, qu’on nomme le moyen âge, on a ajouté fort peu de chose au fonds commun de la science, transmis par les Grecs et les Romains. C’est à peine si l'on rencontre un auteur qui ait pris la zoologie pour principal objet de ses recherches. La plupart des écrivains, chroniqueurs, compilateurs ethagiographes, ne s’en sont occupés que très-incidemment. Isidore de Séville, Abd-Allatif, l’empereur Frédéric II, Albert le Grand, Vincent de Beauvais, Marco Polo, quelques auteurs de Bestiaires méritent seuls une mention spéciale.

Isidore de Séville.

Isidore, mort évêque de Séville en 636, écrivit une sorte d’encyclopédie sous le titre d 'Origines ou à' étymologies' en vingt livres dont le douzième traite des animaux; c’est la zoologie adaptée aux croyances du temps. Dénué de tout esprit d’observation, l’auteur ne sut pas même mettre à profitles ouvrages d’Aristote et de Pline. Le gryphe y est désigné comme un quadrupède penné , qui vit dans les régions hyperboréennes ; « son corps est celui d’un lion, sa face' celle d’un aigle ; il est le plus grand ami des chevaux.» L ’ichneumon porte le nom de enhydros. Le basilic, basiliscus , « est ainsi appelé, parce que c’est le roi des serpents : dès que ceux-ci le voient, ils s’enfuient, car il les tue avec son baleine; il tue aussi l’bomme par la simple vue. Cependant il est vaincu par les belettes que les hommes lâchent après lui. Il a un demi-pied de longueur et est tacheté de blanc. » — « Le crocodile est ainsi appelé à cause de sa couleur de safran, e croceo colore. » Le reste du livre est dans le même genre. Aucune classification n’a présidé à cette informe compilation. On y voit rangés parmi les poissons, non-seulement les baleines et les dauphins, ce qui était pardonnable, mais les hippopotames, les crocodiles, les huîtres et les éponges. Aussi M. Pouchet a-t-il pu dire avec raison, dans son Histoire des sciences naturelles au moyen âge , que l’œuvre d’Isidore de Sévi Lie « apparaît, comme un stérile monument constatant l’ignorance des temps où il fut écrit. »

1. Cet ouvrage, souvent cité, fut pour la première fois imprimé a Vienne en 1472, sous le titre de Etymologiarum libri XX. L’édition la plus correcte est celle d’Otto; elle forme le 3e volume du Corpus grarrmaticonm veternm, de Lindemann ; Leipzig, 1833, in-4.

MOYEN ÂGE

Abd-Allatif.

Parmi les Arabes, qui depuis le huitième siècle promenèrent leur civilisation d’emprunt des rives de l’Euphrate jusqu’aux rives du Nil et du Guadalquivir, nous ne voyons qu’ Abd-Allatif, médecin de Bagdad (né en 1162, mort en 1231), qui mérite ici d’ètre cité. Dans sa Relation de l’Égypte , traduite en français par Siivestre de Sacy, on trouve des détails intéressants sur l’incubation artificielle des œufs, ainsi que sur les principaux animaux du Nil, particulièrement sur 1 hippopotame , le crocodile, le gecko, le scinque, la torpille, etc.

L’empereur Frédéric II.

L’empereur Frédéric II (né en 1194, mort en 1250), 1 un des princes les plus éclairés du moyen âge, passe pour l’auteur d un traité de fauconnerie ou de l’art de chasser avec les oiseaux, De arle venandi cum avibus (imprimé en 1596 à Augsbourg'), avec des annotations deMainfroy, roi de Sicile, fils de Frédéric U. Cet ouvrage est remarquable par l’esprit d’observation qui y règne, chose rare à cette époque. Les descriptions d’oiseaux, surtout celle du pélican, qu’on y trouve, sont en général très-exactes. L’art de la fauconnerie, qui a pris son origine dans les plaines de l’Arabie et de la Syrie, où l’on peut suivre à cheval le vol des oiseaux, commençait alors à être introduit en Europe.

1. J. G. Schneider en a donné une nouvelle édition, avec des fragments d’autres ouvrages attribués au même prince (Heliqua librorum Frederici U, etc.; Leipzig, 1788).

Frédéric II fit traduire Aristote en latin, et lira de l’Afrique divers animaux très-rares, tels que la girafe et l’éléphant qu’on n’avait jamais vus encore en Allemagne. Avant lui, Charlemagne avait déjà reçu un éléphant, qui se trouvait parmi les présents envoyés à l’empereur d’Occident par le calife de Badgad, Haroun-al-Raschid.

Albert le Grand.

Albert le Grand, évêque de Ratisbonne (né en 1193, mort en 1280), dont nous avons déjà parlé dans ['Histoire de la Chimie, a mérité le titre deBuffon du treizième siècle par son traité Des animaux *. Il ne s’est pas seulement borné à y mettre à contribution Aristote et Pline ; il y a des observations et des vues qui lui appartiennent en propre. Ainsi, il fait de l’homme un être à part, « seul lien entre Dieu et le monde, parce qu’il a en lui l’intelligence par laquelle il s’élève au-dessus du monde. » L’homme est donc pour Albert quelque chose de plus qu’un bimane ou qu’un descendant du singe.

Après avoir proclamé l’immutabilité des espèces, l’auteur passe de l’homme aux autres formes de la série zoologique en descendant graduellement du mammifère jusqu’à l’éponge, qu’il représente comme le dernier terme de 1 animalité. Les espèces qu’il énumère sont disposées, comme dans nos dictionnaires, par ordre alphabétique ; on y remarque surtout celles qui habitent les régions boréales, fort peu connues des anciens.

Sur cette faune liyperboréenne le savant évêque de Ratisbonne pouvait avoir été très-bien renseigné par les baleiniers qui formaient alors une véritable corporaration sous le nom de socictas walmannorum (de mal,

Page 1