CHAPITRE I
INFLUENCE DE LA DÉCOUVERTE DU NOUVEAU-MONDE SUR LES PROGRÈS DE LA ZOOLOGIE.
La découverte du Nouveau-Monde, vers la fin du quinzième siècle, marque le commencement d’une ère nouvelle. Ce continent, qui depuis son origine nous était resté aussi inconnu que la face opposée de la lune, est peuplé d’animaux et de végétaux qui lui donnent en quelque sorte une physionomie particulière.
Une chose qui frappa d’étonnement déjà les premiers voyageurs, c’est que l’Amérique ne possédait originairement aucun des animaux domestiques sans lesquels il ■nous perait difficile Ae vivre. Ainsi, les Américains autochthones n’avaient Jii chevaux ni ânes, ni bœufs, ni vaches, ni brebis, ni chèvTes ; ils> w. connaissaient même m
nos chiens, ni nos chats. On sait l’épouvante que causa aux indigènes la vue des cavaliers espagnols. Depuis lors les chevaux se sont parfaitement acclimatés dans le Nouveau Continent : ils y sont maintenant presque aussi communs que dans l’ Ancien-Monde. Les ânes y ont également bien réussi et produisent de nombreux mulets ; à la fin du dernier siècle, on les estimait à environ un million et demi de têtes. Les taureaux s’y sont aussi singulièrement multipliés. « Des troupes innombrables de taureaux, redevenus sauvages, de chevaux et de mulets errent, rapporte Al. deHumholdt, dans les llanos de la Guyane et de l’Orénoque. La multiplication prodigieuse de ces animaux de l’ Ancien-Monde est d’autant plus étonnante, que les dangers qu’ils ont à combattre dans ces régions sont plus nombreux1. » Le bison, qui existait au Mexique avant l’arrivée des Européens, est une espèce différente de nos bœufs, et sa femelle n’a jamais servi, comme chez nous la vache, à fournir du lait comme aliment.
Les brebis, les chèvres et les cochons, qu’on voit aujourd’hui en si grand nombre en Amérique, viennent tous des espèces qui y ont été transportées d’Europe. Quant à l’introduction de la race canine, elle a soulevé une question assez intéressante pour que nous nous y arrêtions un instant. Un premier fait certain, c’est que les chiens d Europe sont devenus sauvages dans les pampas (prairies) de l’Amérique méridionale. Vivant en société dans des cavernes, où ils cachent leurs petits, ils attaquent souvent avec une rage sanguinaire l’homme, au service duquel étaient attachés leurs ancêtres. Un autre fait non moins certain, c’est que les Péruviens avaient, avant l’arrivée des Européens, de petits animaux semblables à nos chiens et que Garcilaso nomme perros gosques . On a trouvé même, chez les Indiens de la vallée de liouancaya, le culte des chiens à côté du culte du soleil. Les prêtres se ëei'-