EXPLORATEURS DE DIVERSES CONTREES DE L’ANCIEN , MONDE
Pendant que des voyageurs naturalistes faisaient connaître les productions do l’Amérique, d’autres explorèrent, du nord au midi, diverses régions de l’Ancien- Monde. La Russie, depuis 1224 soumise aux Tartares, était à peine connue du reste de l’Europe, quand ses princes secouèrent, au commencement du seizième siècle, le joug des khans. Aussi l’ouvrage de Sigismond de Heberstein, envoyé en ambassade par l’empereur Maximilien Ier auprès du grand-duc Basile IV, fut-il un véritable événement. Cet ouvrage, intitulé : Rerum moscovitarum commentarii (Bâle, 1556, in-8°), donne non-seulement des renseignements précis sur l’histoire, sur les mœurs et la religion des Russes, mais il contient des détails curieux sur les productions de leur pays. On y trouve, entre autres, la première figure du bison, bœuf à bosse et à crinière, qui habite les forêts de la Lithuanie; on y trouve aussi pour la première fois figuré le bœuf sauvage duquel descend notre bœuf domestique et dont l’espèce a disparu .
"Vers la même époque, Olaüs Magnus, archevêque d’Upsal, fit paraître son Ilisloria de genlibus seplentrionalibus
(Rouen, 1555, in-4°), où se lisent, à côté rie beaucoup de fables, quelques bons renseignements sur les productions de la Suède, de la Norvège, de la Laponie, de l’Islande, etc C’est cet auteur qui a imaginé l’histoire du glouton qui pour se vider l’estomac et pouvoir recommencer à dévorer va se comprimer le ventre entre deux arbres. C est à lui encore que l’on doit l’histoire du serpent de mer de plus d’une lieue de long, et celle du lcraken, espece de poulpe (pieuvre) que des voyageurs auraient prise pour une île où ils auraient même jeté 1 ancre.
Les voyageurs qui visitèrent les contrées méridionales de l’ Ancien-Monde sont assez nombreux ; mais leurs ouvrages ont très-peu contribué aux progrès de la zoologie. Nous ne trouvons guère ici à signaler que Bernard de Breydenbach, Belon et Bontius.
B de Breydenbach a figuré assez grossièrement, dan> son Omsculum sanctarum peregrinationum (Mayence,
1486, souvent réimprimé), plusieurs animaux etrangers,
tels que la girafe, la licorne, la salamandre. On y remarque surtout la figure d’une guenon, que Linné prit pour la femelle de l’orang-outang en la reproduisant dans sa dissertation Sur les singes anthropomorphes
Belon, dont nous avons déjà parle dans 1 Histoire de l Botanique, mérite , ci ... mention plus detadle^ Ap^ avoir visité l’Italie, la Turquie, la Grece, 1 Egypte oublia d’abord son Histoire naturelle des étranges poissons marins avec leurs portraits, etc. (Paris, 1551, petit in-4 . On y voit assez exactement gravé sur bois 1 esturgeon,^ e thon le malarmat, etc. On y trouve aussi la première figui4 de l’hippopotame, copiée sur la plinthe de la statue du Nil qui se conserve aujourd’hui au musee du ou\rt ■ L’auteur insiste sur la description du vrai dauphin, de, phinvs des anciens; ce cétacé, dont la tête, considérablement distendue par un appareil particulier, se termine en bec d’eau, jouait alors un grand rôle dans 1 héraldique. Belon publia ensuite son livre De aquatüibus (F ans, 155 ,
TEMPS MODERNES. 181
in-12, oblong), dont parut, en 1555, une édition française. On y remarque cent dix figures de poissons, dessinées en partie d’après nature, et en partie copiées sur celles que Daniel Barbaro avait fait faire sur les poissons de la mer Adriatique. Quelques espèces, très-rares, n’ont été bien déterminées que de nos jours. Enfin dans la célèbre Relation de ses voyages (Les observations de plusieurs singul xités..., trouvées en Grèce , Asie, Judée , etc., 11553, in-8), Belon a représenté la civette, lTchneumon, le caméléon, le moullon, un singe appelé tartarin (espèce .de babouin), plusieurs espèces de quadrupèdes, d’oiseaux, ■de poissons. L’une de ces figures, qui ne sont pas trop mauvaises, représente un poisson, le scare, scaurus , dont parlent les poètes Romains (Horace et Ovide), et dont les caractères (entre autres celui de ruminer) ne s’appliquent à aucun de nos poissons connus. Deux ans après, en 1555, Belon fil paraître son Histoire de la nature des oiseaux (petit in-fol., dédié au roi Henri II). C’est, selon Cuvier, « le premier livre d’ornithologie, un peu positif, qui ait été publié. » Les planches de ce livre lui ont servi pour un autre ouvrage, assez médiocre, Pourlraits d’oiseaux , animaux , serpents, etc., avec une carte du mont Athos, du mont Sinaï, etc. (Paris, 1559, in-8).
Jacques Bontius, médecin d’Amsterdam, séjourna à Batavia, dans l’île de Java, où la Compagnie hollandaise des Indes venait, sous la direction de Jean de Laet, de fonder plusieurs établissements de commerce. De retour dans sa patrie, il mourut en 1631, avant d’avoir mis au jour ses observations. Elles ne lurent publiées que dans la seconde édition de l’ouvrage de Pison et de Marcgraf1, qui parut en 1658 sous le nouveau titre de De Indix ulriusque re nalurali et medica. Le travail de Bontius, inséré à la suite de cette édition, a pour titre : Ilistoriæ naluralis et medicæ lndiæ orientalis libri VI. On y trouve