‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 3 sur 79 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous sommes loin du temps où l'on croyait que l'alphabet hébreu était la forme la plus ancienne de l'écriture et qu'il avait été donné au premier homme en même temps que la parole. L'alphabet hébreu n'est qu'une transfoi'mation assez récente de l'écriture phénicienne, d'où sont sortis tous les alphabets encore en usage sur la surface de la terre; mais l'alphabet phénicien lui-même a été précédé par d'autres systèmes d'écriture fort savants, qui ont joué un rôle considérable dans l'histoire des anciennes civilisations. Ces écritures, dont quelques-unes ont régné sur le monde pendant plusieurs milliers d'années, se sont formées peu à peu, et elles nous a[)paraissent, quand nous les étudions aujourd'hui, comme le fruit des longs tâtonnements de l'homme pour arriver à donner une foi-me écrite à sa pensée.

L'écriture a une histoire, parce qu'elle a eu un développement. Cette vérité, longtemps méconnue, n'a pu être démontrée que le jour où l'on a renoncé aux ra[)prochements artificiels et aux hypothèses, pour rechercher sur les monuments des témoins authentiques des

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formes successives de l'écriture, et où l'on s'est a|)[)lique' à les expliquer en les rapprochant les unes des autres et en remontant d'une forme connue à celles qui l'ont immédiatement précédée. Il n'y a guère plus de cent ans que l'on a appliqué à l'histoire de l'écriture cette méthode, qui est celle des sciences natui'elles, et elle a donné d'étonnants résultats. Aujourd'hui les grandes lignes de cette histoire sont parfaitement connues, et l'on peut tenter d'en présenter un tableau d'ensemble qui permette de l'embrasser d'un seul coup d'œil. Cette étude n'a pas un simple intérêt de curiosité savante; elle a un intérêt d'une portée plus générale. Elle nous permet de remonter jusqu'aux origines de l'humanité et nous fait assister aux efforts de l'homme pour transmettre sa pensée à travers le temps et l'espace.

De tout temps, l'homme a éprouvé le besoin de consigner sa pensée par écrit, pour conserver le souvenir de certains faits ou pour en transmettre la connaissance à d'autres. Aussi l'écriture est-elle un des arts dont nous retrouvons le plus anciennement les traces. Sur les premiers instruments fal)ri(|ués par l'homme et sur les premiers rochers qui lui ont servi d'habitation, on trouve des images accompagnées de signes conventionnels qui devaient représenter certains faits ou certaines idées à l'esprit de ceux qui les employaient.

Tandis que les races peu civilisées en restaient à cette première étape de l'écriture, d'autres l'ont rapidement franchie et sont arrivées de bonne heure à j)Osséder un système d'écriture complet, pouvant rendre toutes les

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nuances de la pense'e. On est étonne' do voir à quel degré de perfection avaient atteint les Egyptiens dès les |)rernières dynasties de leur empire, c'est-à-dire près de quatre mille ans avant notre ère. I^écriture des Chaldéens, celle des Chinois, ne sont guère moins anciennes. Mais cette perfectiou apparente n'allait j)as sans une grande complication, qui faisait de l'écriture le privilège exclusif d'une caste. Aussi, à partir du moment où les systèmes hiérogly|)liiques ont été formés, l'elfort constant de l'homme a-t-il tendu à les simplifier et à les rendre plus facilement maniables. A côté de l'écriture sacrée et du sein même de cette écriture est née une écriture profane et populaire qui s'y est peu à peu substituée.

On a peine à croire, quand on compare la simplicité de nos alphabets modernes aux systèmes hiéroglyphi(}ues des anciens, qu'ils aient une origine commune, et l'on serait tenté d'admettre, avec ceux (jui se sont les premiers préoccupés de ces questions, que l'alphabet a été créé de toutes pièces un jour par le génie d'un Cadmus. Il n'en est rien pourtant, et l'on peut démontrer aujourd'hui que nos écritures modernes dérivent, par un développement naturel et par l'application de certaines lois inhérentes à l'esprit himjain, des foi'uies plus compliquées que l'homme avait d'abord inventées. La loi foimulée par Linné, Nalura non facit saltus, ne trouve nulle part mieux son application. Comme les langues, les écritures sont des organismes vivants, soumis aux lois de la transformation.

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