‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 4 sur 79 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Le grand facteur de ces transforinalions de récriture qui ont abouti à la cre'ation do nos alphabets modernes, c'est la paresse de la main, qui cherche à se soulever le moins souvent j)ossible et à faire en un seul trait ce qu'on faisait en plusieurs; ou plutôt, à prendre les choses de plus haut, c'est la loi du moindre effort, par laquelle s'expliquent tous les [jrogrès de l'industrie humaine et qui consiste à produire le même travail en dépensant moins de force.

De là vient la monotonie de nos alphabets modernes, comparés aux systèmes hiéroglyphiques des anciens. Ceux-ci n'étaient, en réalité, qu'une |)einture de la pensée, dans laquelle chaque idée, chaque mot était rendu par une image. Au contraire, les signes de l'alphabet n'ont rien de représentatif, ils ont une valeur purement conventionnelle et algébrique; mais par là même ils peuvent s'appliquer ])resque indifféiemment à toutes les langues; ils ont un caractère universel qui deviendra de plus en |)lus la loi de l'écriture, malgré les essais de réaction dont la fin du xix" siècle aura donné le singulier exemple, en ressuscitant, par suite de préoccupations nationales et politiques, des alphabets qui semblaient destinés à disparaître.

Il est aisé d'apercevoir quelle influence ont eue, sur l'expression de la pensée et sur les relations des hommes entre eux, les progrès de l'écriture. On |)eut dire que, s'il est d'autres branches de l'activité humaine qui parlent plus à l'imagination, il n'en est pas qui aient eu des conséquences plus importantes pour le dévelop-

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pemeiit de l'esprit humain, ni dont les étapes soient j)lus nettement niarque'es.

On a cru qu'il ne serait pas hors de propos, dans l'Histoire du Travail organise'e à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, de donner une place à l'histoire de l'écriture. On avait décidé de réunir, à cet eiïet, dans les galei'ics du palais des Arts iihéraux, des spécimens des difïérentes formes de l'écriture depuis son origine jusqu'à la constitution de l'alphabet grec et de l'alphabet latin d'une part, de l'écriture arabe et de l'écriture indienne de l'autre. Chargé d'organiser cette partie de l'exposition rétrospective, j'ai choisi, autant que possible, les monuments les |)lus célèbres ou ceux qui ont joué un rôle dans le déchilli'ement des écritures anciennes, m'appliquant à en donner des reproductions de tout point conformes aux originaux.

Si cette histoire figurée de l'écriture a paru présenter quelque intérêt, je le dois au concours bienveillant que j'ai rencontré auprès des membres de la commission, ainsi qu'auprès des savants, français et étrangers, qui s'intéressent à ces études. Je tiens à exprimer ma reconnaissance tout d'abord au président de la section I de l'Histoire du Travail, M. de Rozière, ainsi qu'à tous ceux qui ont bien voulu faciliter ma lâche, en j)arliculier aux Trustées du British Muséum, aux conservateurs du musée du Louvre, du musée d'ethnographie du Trocadéro, du musée ethnographique de Dresde, de qui nous avons reçu de précieux moulages. M. de Clercq, M. le colonel Vincent, commandant le h" tirailleurs

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algériens, avaient aussi bien voulu nous confier certains monuments originaux. Nous avons eu, en outre, à notre disposition les collections réunies par TAcadémie (les inscriptions et belles-lettres pour la rédaction du Corpus imcrlpliomim somi tic arum.

M. le Directeur de renseignement primaire a pensé qu'il pourrait être bon de conserver le souvenir de cette exposition et il a bien voulu me fournir les moyens d'en publier les résultats dans le Musée pédagogique. Il ne faut donc pas considérer ces pages comme une liistoire complète de l'écriture, ce serait la matière de plusieurs volumes, mais comme un manuel, dans lequel on a pris pour point de départ l'exposition du palais des Arts libéraux, en élargissant le cadre, de façon à assurer à ce travail une valeur indépendante de l'occasion qui lui a donné naissance, et à lui permettre de répomlre au but d'enseignement (|ue se propose le Musée pédagogique.

Tel qu'il est, ce travail n'est pas sans offrir une certaine nouveauté. Si les différentes parties de l'histoire de l'écriture ont été, dans ces derniers temps, l'objet de travaux approfondis, c'est la première fois, ou peu s'en faut, que l'on essaye d'en grouper les résultats et de tracer un tableau général du déveb)ppement organique de l'écriture dans l'antiquité. Outre les travaux spéciaux que j'ai consultés et qu'on trouvera cités dans le corps de l'ouvrage, j'ai fait de larges emprunts à l'étude lumineuse de M. Maspero sur les l'crilurcs du monde oriental, qui forme le dernier chapitre de son

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Histoire ancienne des peuples de rOrient, ainsi qu'à deux travaux du regretté François Lenormant: l'Ecriture, qui termine le premier volume de son Histoire ancienne, et ï Histoire de la propagation de l' alphabet phe!nicien dans l'Ancien Monde; l'article Alphabet, du même auteur, dans le Dictiomiaire des antiquités grecques et romaines de M. Saglio, le beau mémoire de M. le marquis de Vogué sur l'alphabet arame'en et l'alphabet hébraïque, (jui a fait la lumière sur ce point capital de l'histoire de l'écriture, m'ont aussi été d'un grand secours. J'ai enfin considté avec fruit les excellents tableaux épigraphiques de M. J. Euting et les deux volumes de M. Taylor intitulés : The Alphabet. Mais je dois surtout beaucoup au cours d'épigraphie sémitique que M. Renan a professé pendant dix années consécutives au Collège de France, et qui a été comme le laboratoire d'où est sorti le Corpus inscriptionum semiticarum. C'est dans les leçons de M. Renan, non moins que dans son enseignement de tous les jours, que j'ai puisé la meilleure part des idées que l'on retrouvera au cours de ce volume.

Les divisions du travail étaient imposées par la nature même des systèmes d'écriture que nous allons passer en revue.

Qu'est-ce que l'écriture? C'est l'art de fixer la parole par des signes conventionnels, tracés à la main, qu'on appelle caractères. Les caractères sont donc les éléments de l'écriture. Deux principes différents ont présidé de tout temps à la formation de l'écriture. Les ca-

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