‹ Histoire de lécriture dans lantiquitéChapitre 73 sur 79 · III · texte numérisé non relu

III

''• The old norlhem runic Monuments, t. I, i866, p. 58. '*' Griinm , Ueber deulsche Hunen , p. 1 1 o- 1 1 3 , noie.

ALPHABET OGAMIQUE. 345

ffLagoruna dicuntur, quaB ita scribuutur per T litteram, ut nonien corvi :

r. mrr. m. rrrmr. h rm. r. rr. rr. rrr.

(T Hahairuna dicuntur, istae quae in sinistra parte quotus versus ostenditur, et in dextera quota littera ipsius versus sit :

Fi 1^

yv

«Slojruna dicuntur, quae supra in punctis quotus sit versus subtiliter ostendunt :

sed aliquando mixtim illas faciunt, ut supra sint puncli qui litteram significant, et subter ordo versus.

ff Clofnina dicuntur, quae puisu efficitur distinctis personis et litteris, ita ut primum incipiatur a personis, postea a litteris. n

Les alphabets que ce passage nous fait connaître appartiennent à la famille ogamique , cela ne me paraît guère douteux, quoique personne ne s'ensoitavisé,que je sache; mais ils sont traités très différemment de celui que nous avons reproduit plus haut; c'est le même principe et ce sont les mêmes éléments, mais autrement combinés, et leurs dillérences témoignent d'une grande diversité dans les alphabets des peuples celtiques. Le troisième surtout, avec ses traits obliques, qui viennent se souder à angle aigu sur la hampe

comme les barbes d'une flèche ou les branches d'un sapin, rappelle certaines lettres de l'alphabet runique.

Le manuscrit de Sainl-Gall n'est pas seul à nous avoir conservé le souvenir de cette écriture; on peut en suivre la trace sur les monuments de la Grande-Bretagne et de la Scandinavie. M. Stephens''' et, après lui, Iliibner^^' ont publié une curieuse inscription bilingue trouvée à Hackness

dans le Yorkshire, en Angleterre. La partie supérieure est runique; la partie inférieure, que l'on n'a su jusqu'à ces derniers temps à quelle écriture rattacher, est certainement écrite avec les caractères que le manuscrit de Saint- Gall appelle Ilalalruna. Une autre inscription publiée par Hiibner'^) nous fait connaître une écriture différente, mais appartenant à la même famille. Je crois enfin retrouver les Halalruna dans deux autres inscriptions de Stephens (p. 219 et 281), non plus isolés, mais mélangés à des caractères runiques. Ces faits sembleraient légitimer l'opinion de ceux qui voient dans l'écriture ogamique une altération des runes ^*'. Le nom même de runes donné par l'auteur du manuscrit de Saint-Gall à ces alphabets, que nous appellerions ogamiques, indique la parenté qui existait, dans sa pensée, entre les deux écritures.

'"' Runic Monuments , t. I, p. 467.

<'' Inscr. Brilanniœ chnslianœ , n° i84'.

''' Ibidem, n' i83'.

''' Taylor, TIte Alphubcl , vol. II, p. aa5-aa7.

ALPHABET OGAMIQUE. 347

On ne doit pas oublier d'autre part que le mot runes signifiait, d'une façon générale, une écriture secrète, et qu'il peut avoir été appliqué à d'autres systèmes que l'écriture runique proprement dite. L'écriture oyamique a toujours eu un caractère essentiellement mystérieux. Dans les anciennes inscriptions irlandaises, on intervertissait souvent de propos délibéré la valeur de certains caractères, pour les rendre incompréhensibles à ceux qui n'en possédaient pas la clef. Les mêmes inversions ont persisté dans la langue populaire de l'Irlande. S'il fallait trouver un point d'attache à l'alphabet ogamique, je le chercherais plutôt dans les bâtonnets à entailles dont les peuples du Nord se servaient avant l'introduction de l'alphabet latin dans ces contrées!''. Peutêtre le mot nhistab (r-ûnastafr) , qui correspond à l'allemand buchstab^'^\ a-t-il désigné primitivement ces bâtonnets, avant d'être appliqué aux lettres de notre alphabet plus ou moins modifiées, et peut-être l'idée première de l'écriture ogamique a-t-elle été fournie par les anciens caractères magiques des peuples du Nord. Qui sait même si les noms donnés aux lettres de l'alphabet ogamique n'en seraient pas une lointaine réminiscence?

Cette manière de voir ne méconnaît pas les ressemblances que l'on a relevées entre les runes et l'alphabet ogamique; seulement, au lieu d'être une altération des runes, l'alphabet ogamique serait une adaptation à l'alphabet latin classique des caractères primitifs dont la trace se retrouve jusque dans l'écriture runique.

''' Voir plus haut, p. 3, à.

<'' Griinm, Deutsche Runen, p. iy, 61, 71, -j-i.

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