‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 10 sur 53 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

Léon X aussi dans son œuvre religieuse, inconnue k la plupart des lecteurs, que nous avons essayé d* apprécier. Un anden a dit que le devoir d'un historien est de ne pas taire les vertus des personnages dont il retrace le souvenir : Prœdpuum munus... ne vir tûtes sileantur (1).

Nous avons voulu mettre ces vertus en lumière. Ne nous plaignons pas du silence et de l'oubli de Roscoë : pourrionsnous demander k un disciple de Craumer Tamour filial d'un catholique pour son père? Sachons gré k l'historien anglican de tout ce qu'il a mis souvent d'impartialité dans son récit en écrivant la vie de Léon X ; sans lui , peut-être n'aurionsnous pas entrepris notre ouvrage. A une époque de difficiles investigations, il pénétrait dans les archives et dans les bibliothèques publiques et particulières , conférait des manuscrits qu'on prêtait avec peine, visitait soigneusement chaque endroit oii devait se passer une des scènes de son livre , interrogeait les monuments , relisait les poètes de l'époque, et, pèlerin de l'histoire, puisait aux sources officielles les documents nombreux et variés qui devaient entrer dans sa composition littéraire. Roscoë, en nous traçant notre marche , nous avait indiqué notre devoir.

Comme Roscoë, c'est en Italie même que nous avons rassemblé les matériaux de notre ouvrage.

Notre première visite devait être naturellement k cette Rome, encore brillante des splendeurs dont l'a dotée Léon X. Lk nous avons retrouvé cette papauté dont la ré-

(1) Tacite.

PREFACE. XYIl

forme compta les jours , vivant de la vie que lui assigna le Christ, et qui ne doit pas avoir de fin; les noms seuls étaient changés.

A tous, ceux qui voudraient écrire l'histoire , abrités par de doux silences , nous dirons : Allez k Rome ; vous y trouverez de riches bibliothèques comme celles de la Minerve et des Augustins » ouvertes a diverses heures de la journée. Ne craignez pas de tourmenter la patience des conservateurs : la patience entre dans leurs attributions; c'est une vertu que le supérieur leur recommande et que Dieu leur accorde pour salaire. Manuscrits , livres , brochures , tout est k vous , jusqu*k rintelligence des gardiens , trésor qu'ils sont obligés de donner k qui en a besoin. Vous seriez bien malheureux en quittant ces vastes nécropoles , si vous n'emportiez avec vous l'amitié des pères k qui la garde en fut confiée. Vous faut-il de nouvelles lumières? vous avez les meinbres du sacré collège, que vous pourrez visiter sans vous être fait annoncer, et qui sont toujours prêts k rendre des arrêts comme des services.

Nous ne pouvions oublier Florence , qui tint une si belle place dans les destinées et les affections de Léon X. La Magliabecchiana , les archives du palais Pitti nous ont fourni de curieux renseignements sur des hommes et des faits littéraires du seizième siècle. Nous avons visité tous les lieux oii des personnages de notre récit se sont trouvés en scène : Fiesole, dont le prieur chérit si tendrement Léon X; Careggi, oii Laurent le Magnifique dissertait avec Ficin sur le néoplatonisme ; le palais de la Via Larga , d'oîi le peuple

IVm PREFACE.

chassa , dans un transport de colère , ces rois marchands qu'on nommait les Médicis ; le couvent des dominicains , qu'habita longtemps un moine du nom de Savonarole , dont nous avons essayé d'apprécier le génie religieux et politique. Lk vivent , comme k la Minerve de Rome , dans la pratique des lettres et des vertus , des cénobites qu'il est impossible de ne pas chérir. Pour le mystérieux génie; qui traversa si glorieusement leur cloître , tous conservent un culte d'amour et d'admiration. Nous avons raconté les fautes de Savonarole sans crainte d'offenser ces saintes âmes , parce qu'à la robe blanche du dommicain nous préférons la vérité , ce que du moins nous croyons la vérité.

A l'époque que nous nous proposons de décrire , la papauté fut plus d'une fois obligée de défendre , les armes k la main , la nationalité italienne. Nous la suivrons sur le champ de bataille , moins pour raconter les péripéties du combat que pour faire connaître quelques-uns des principaux personnages qui s'y trouvèrent mêlés. Il est une grande figure historique qu'on a pris k tâche de dénigrer et que nous voulons réhabiliter , celle de Mathieu Schinner , évêque de Sion et légat de Jules II : c'est dans l'abbaye de Saint*Maurice en Valais que nous l'avons étudiée.

L'art de la renaissance , et sous ce terme nous comprenons la peinture , la sculpture , la poésie , les lettres , devait avoir une large place dans notre histoire : nous la lui avons donnée. Il est un peintre , le commentaire en quelque sorte de Léon X , que nous nous sommes attaché surtout k faire a|ypréder : c'est tout k la fois dans l'Ombrie, où se passa son

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