‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 2 sur 53 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

ment le prêtre y avait pris une part plus active , parce qu'il était né avant le poëte. Érasme était alors le roi de rironie ; son bonheur et sa gloire peut-être étaient de faire la guerre aux péchés d'habitude , qu'il prêtait h tout ce qui portait un froc. Ces péchés étaient au nombre de sept , comme dans le catéchisme : l'orgueil , la paresse, la colère, l'avarice, la luxure, l'envie, la gourmandise; il n'y en avait malheureusement que sept , mais il était homme d'invention. Pour ridiculiser les moines, il avait imaginé une foule de joyeusetés qui couraient les écoles et devenaient bientôt autant d'apophthegmes qu'on répète encore de nos jours avec une imperturbable assurance. Il leur attribuait cette singulière formule qu'on pourra chercher, mais qu'assurément on ne trouvera dans aucun de leurs livres : Gréciser , cest faire de Vhérésie. Alors le monde monacal était une terre que peu de lettrés avaient visitée, en Allemagne surtout, où naquit ce proverbe. Érasme en sortait, y

avait été nourri , vêtu , flevé , et en avait rapporté toutes sortes de fables auxquelles on ajoutait foi , parce qu'il avait

un rare talent de narrateur ; qu'il savait parer une médisance , enchâsser une calomnie , mettre en œuvre un mensonge , et donner k tout ce qui s'échappait de sa plume ou de ses lèvres un tour fin et spirituel. Du reste , comme ne faut pas que nous tombions dans le péché que nous reprochons k notre Batave, nous devons, pour être juste, confesser que l'épigramme d'Erasme n'allait pas au delk de l'épiderme , qu*elle égratignait , mais ne faisait jamais couler le sang.

PREFACE. m

Ulrich de Hutten ne ressemble k Érasme ni de figure , ni de vêtement, ni de style. Sa poitrine est emprisonnée dans un corselet de fer travaillé k Nuremberg ; k ses côtés pend une longue épée ; ses talons sont armés d'éperons en forme de croc , et ses deux cuisses cachées sous des écailles d'acier poli (1). Sans le laurier dont il s'est couronné lui-même en tête de ses œuvres , et qu'il porte souvent en voyage , vous le prendriez pour un de ces gantelets de fer qui , dans la guerre des paysans , s'en vont k la chasse de nos vieux reliquaires , de nos images peintes sur bois , de nos chasubles brodées d'or , et de nos ostensoirs surchargés de pierres précieuses. On dirait, en le lisant, que le champ de bataille est son trépied sibyllin. Son ironie , car il rit aussi » déchire comme son éperon ; ^a moquerie a une odeur de sang ; son épigramme sent le corps de garde, et sa gaîté monte au cerveau comme la fiimée de ce bois de gaïac dont il a célébré les vertus , un jour qu'il était malade.

Erasme donc et Ulrich de Hutten se trouvaient k peu près en même temps en Italie au moment ou Jules II partait pour la conquête de Bologne. Ni l'un ni l'autre ne comprirent le pontife-roi.

Hutten s'attache d'abord k la forme extérieure. La figure de Jules II, que Michel- Ange prit pour modèle (2) en taillant son Moïse , l'effiraye ; il en fait un Sarmate k la barbe épaisse,

(Ij J. Nicol. Weislinger, Huttenus delarvatus» Costatiz, 1750, in principio. .

(2) Cicognara, Storia délia scultura, Prato.

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