‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 3 sur 53 · IT PRÉFACE · texte numérisé non relu

IT PRÉFACE

a la chevelure ondoyante , k Toeil hagard , aux lèvres gonflées de colère.

Alors, comme s*il tremblait k cette apparition , 3 appelle un autre Bnitus pour délivrer Rome de ce nouveau Jules : Rome , assure-t-il , qui meurt dans Tesclavage si qudque poignard ne la débarrasse du tyran (1).

Hutten, qui a dans les veines du sang germain , se lamente chaque fois qu'une forteresse tombe au pouvoir du saint-siége. Il a rêvé que le beau ciel , les plaines fécondes, les montagnes couvertes de vignes et d'oliviers , les fleuves et les rivières de lltalie, appartiennent en toute propriété a son empereur Maximilien V^. t Tout cela est a vous , lui dit-il ; étendez la main et reprenez ce qu'on vous a dérobé : voici Bologne , la ville du droit canon , elle est k vous ; voic} Rome , la ville aux sept collines , elle est k vous ; voici Parme et Plaisance , où vos ancêtres ont rendu justice, elles sont k vous ; tout ce qui est puissance civile vous appartient : au pape les clefs du royaume du ciel ; aux apôtres du Christ les conquêtes de renseignement (2). > Dans ses préoccupations teutonnes , il ne s'aperçoit pas que si son empereur osait toucher k une seule pierre du patrimoine de l'Église, Venise viendrait avec son d'Alviane , l'Espagne avec son Gônzalve

(1) Voyez, dans le t. ti de cette Histoire, le chapitre qui a pour titre : Jules II , protecteur des arts.

(2) Dasweltlich Régiment gehœrt dem Kaiser zu; das geistlich Ghristo, seinen Apostein und aNen evatigelischen Predigern , welche predigen Christi Lebre* — F'oyez Hutteni Gonquaestiones ad Carolum imperatorem et principes Germaniae.

phëface. t

de Cardoue, la France avec son Gaston de Foix^ pour lui en disputer la possession. Et alors que deviendrait cette lumière que la papauté a fait kver en Italie , et dont quelques rayons éclairent déjà T Allemagne? ou tous ces Grecs chassés de Gonstantinople iraient-ils chercher un asile? ou se réfugierait l'art qui vient de se réveiller ? que deviendrait cette philosophie platonicienne que les chanoines de San ta-M aria del Fiore ont intronisée à Florence? quel serait le sort de tous ces peintres ombriens que les couvents fêtent et protègent? pour qui travailleraient le Pérugin , Raphaël et Bramante?

Jusqu'oii va la passion d'Ulrich! Sur la place de Saint- Pierre, de nombreux ouvriers sont occupés k élever une basilique dont Jules II conçut l'idée, et Bramante le plan ; il a traversé cette place , et il n'y a trouvé que deux maçons , dont l'un était boiteux : les pierres crient, lapides clamant, et il n'entend pas !

Nous nous trompons , le poète a repris un moment l'usage de ses sens , le soleil de Rome lui a rendu la vue ; mais voici tout ce qu'il aperçoit :

Une tourbe d'avocats , de juristes , de procureurs , de buUistes , attachés comme autant de mouches k sa pauvre Allemagne, dont ils aspirent le sang : mais, de toutes les intelligences chrétiennes qui vivent k Rome , il n'en a pas vu une seule.

Alors dans sa colère il s'écrie :

f Brisons nos fers et jetons bas leur joug (1). »

(1) Voyez, dans le t. ii de (^ ouvrage, le chapitre qui a pour litre : Peintres et Artistes divers.

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