CHUTE DES MÉDICIS
Le moioe de Saint-Marc avait une autre mission k remplir : c'était d'implorer pour sa chère Florence la pitié du vainqueur.
On l'introduisit , avec les deux frères qu'il avait voulus pour compagnons de route , dans l'appartement du monarque : Jérôme n^eut pas peur; il croyait qu'il n'y avait au monde qu'un monarque, le Dieu du ciel.
c Venez , dit-il k Charles » venez avec confiance , venez joyeux , car vous êtes l'envoyé de celui qui triompha , pour le salut de l'humanité , sur l'arbre de la croix. Écoutez-moi , prince : de par la très-sainte Trinité , Dieu le Père , Dieu le Fils » Dieu le Saint-Esprit , et de par toute la cour céleste , je vous somme de faire miséricorde , k l'exemple de notre divin maître , k cette Florence oii , malgré de nombreux péchés, Dieu conserve des cœurs fidèles. Le serviteur de Dieu qui vous parle vous exhorte k défendre les veuves, les orphelins , les pauvres , et surtout la pudeur des épouses du Christ. Rappelez-vous votre Sauveur , qui, sur le gibet, pardonne k ses bourreaux ; et Dieu étendra votre royaume, ô roi, et il vous donnera la victoire (1). >
C'était la seconde fois que Charles YIII entendait le langage de la franchise.
 Paris , au moment de se mettre en route , les Parisiens , mquiets, lui disaient: i Contemplez, sire, au besoingque vostre république a de vous ; advisez vostre aage et peu de santé. Pensez que fortune peult aussi bien estre contraire qu'elle fut au roy Alphonse en la guerre contre les Genevois et duc de Milan . >
Le roi avait répondu brièvement aux Parisiens :
< Ny la charité du pays ni la dévotion de service vers
(1) Carie, Hist. de SaTonarolc , 1843, in-So, p. l62.~Hort. Allard,
Hiftt. de la républif^ue de Florence, in-U, 1843, p. 366-367.— Le
discours est enUer daos Bossi , t. xii , p. 282«
446 CHUn BE8 MBDlCiS.
vostre poy, voos émeut k causer eecte bara&gae àtfmi moy, tfBâ ne demande oa preiead demander a^cui coi^eil de vous en cette affaire (1). >
A Poggtbonzi , sa réponse Ait plus courte encoi« : il foorna le dos k Savooarole (2); soit^u'il ne le coo^^ pas, soit plutôt que le < gentil enfant, bénin de sa nature, i comme dit Gomines , n'eût pas la moindre envie de faiire du mal k Florence.
A peine la dotation avait quitté la vilte pomr se renA^e au camp du roi , que des groupes se fdrmaient sur les places publiques et devant les églises. Le nem de Pierre était dans toutes les bouches» Les firati Taccusaient de libertinage , et citaient le nom des femmes qu'il avait désbon^ées ; les mm*diaods se lamentaiait sur le sort de tous ces beaux produits de l'Orient, compromis par son imprud^ce; les noMes montraient les vingt-quatre gardes dont il se fusait sans cesse accompagner, c(»*tége inutile qui trahissait de coupables défiances contre les Florentins , et qu'on avait donnés k son père, après la conspiration des Pazzi, pour le préserver du poignard des assassins, mais que lelils aurait du dissoudre, quand rien ne menaçait son existence; les pauvres lui reprochaient ses vêtements faits d'étoffes de soie , et sa négligence k pandtre aux assemblées ordinaires. Ailleurs, un conciliabide se tenait , formé d'hommes importants , où François Valori, démocrate fougueux, proposait la déchéance de Pierre, motivée sur son incapacité notoire , et sur les pérQs que courait la liberté de Florence, abandonnée k des mains inhabiles (3) . 11 parlait de débauches secrètes , de rapts nocturnes ,
(t) Hlfitoire «le la oaoqtiéte d« Naples far Charies Vltl» extraite de la Mer des Histoires, et publiée par M, Gonon. Lyon , Sn-8<», 1843 , p. 1S4.
(2) Pb. de Ségur, Hist. de €har]efl VUI, t. r.
(3) Fabroni , Vita Leonis X , p. m
€HUTE DES IIEDICIS. 147
^e trabison , de tyrannie. Pas une voix n*essaya de défendre le malheureux citoyen , ou d'invoquer pour lui le souvenir de Gosme et de Laurent.
Pierre connaissait les dispositions de Florence : il n'avait pas de temps kpertire, s'il voulait éviter une émeute (1). 11 partit donc , en se faisant suivre d'assez loin par un corps de troupes que commandait des Ursins.
Il était environ trois heures du soir quand il entra , le dtmanciie 9 novembre 1494, dans Rorcnce (2). Son premier mouvement fut d'aller au palais de la seigneurie , pour rendre compte vraisemblablement de son entrevue avec le roi de France ; mais il eu trouva la grande porte fennée. Il demande les defs; on lai signifie qu'il ne peut entrer que par la petite porte , seul et sans armes. Il insiste , on le repousse ; il diercbe sdors , pour pénétra dans la salle du conseil , une
{!) Roscoê, t. I , p. 196-197.
(2} Araoïirato veat que Pierre Boit entré le S à Florence. Hist. Fier., in-fol., 3 vol., t. 1,1, 20, p. 203.— Nardi lui prête un projet qu'il n'aurait eu certainement le courage ni de concevoir ni d'exécuter : c*élaUde e'eaiparer dn pouvoir, de changer la forme du gouvernement , d'établir le despotisme et d'envoyer ses ennemis à la mort ott en exil. Nardi fait de la calomnie; car delà médisance seulement
supposerait dans Pierre des qualités qu'il n'avait pas. « Se ne
tornôallacittAcon ferma intenzione di pigliare il palagio e costringere la Signoria a far parlamento , e medlante quelle ripigllare lo stato , non solamente seconde U modo consueto dell' antico governo de' Medlci| ma con ferma deliberazione dl far di principe assoluto, e cosl far morire o mandare !n esilio tutU quel che sapeva avcr macchinato Gootra di lai. » Storia délia città di FIrenze , I&84 , in-4o, 1. r , p. 21-22. — Ammiraio dit au contraire qu'U youlait aller au palais « per dar animo agli amici, e per torlo a chi di tentar cose nuove avesse preso ardimento. » Lib. 20. L'opinion d'Ammirato s'accorde avec le caractère de Pierre , que Fabronl a peint admirablement : « Laurentii patris et vltA et prudentiA longé dissimills , timidns fn adversis, arrogans et superbiens in prosperis, laborls impatiens, saepissime inconstans et levis , pecuDlas et potentise cuptdas , sed hls conservandis augeodisque nequaquam par. » P. 22.
148 CHUTE DES HÉDIGIS*
communicatioa dérobée : peine inutile , tout est gardé. Il revient sur ses pas et trouve cette fois , en sentinelles devant la grande porte, Luc Gorsini, Jacques Nerli et Filippuzzo Gualierotti. Pierre veut entrer k toute force , il prie et menace : les trois citoyens lui barrent le passage » en l'accablant d'injures. Le peuple , k ce bruit de voix d'hommes , commençait k se rassembler sur la grande place : k la vue de Pierre , il se mit k pousser des cris de fureur ; les enfants ramassaient des cailloux et les jetaient au Médicis , qui prit le parti de se retirer. Chemin faisant , il trouva Pierre Antoine deir Âquila, le gardien des prisons, qui venait lui offrir le secours de quelques amis dévoués. Mais la foule s'amassait, alimentée, ce jour de repos, par des ouvriers qui sortaient de l'office. Elle assaillit le bargello, désarma les gardes et força le geôlier, au milieu de huées et de cris de vengeance, k ouvrir les prisons : soixante détenus en sortirent , qui vinrent grossir le noyau des mécontents. Enhardis par ces manifestations populaires, les membres de la seigneurie sortirent un k un de leur logis, et vinrent en armes sur la grande place. En ce moment, les cloches de toutes les églises retentirent k la fois : c'était le signal de l'insurrection. Pierre gapa la Via Larga, oii il donna l'ordre k des Ursins de marcher avec des soldats sur la place, foyer des mouvements. Son frère devait le précéder en soutane rouge. Le cardinal obéit : arrivé k l'église de San-Bartolommeo , le peuple lui barre le chemin. Jean de Médicis, se rappelant l'acclamation que, le jour de la conspiration des Pazzi, toutes les voix poussaient k l'envi , crie : Pallel Palle (i) /
(1) Nibil undique magis exaudiri qaàm popult voces pilai, pilai, id eoim Mediceae famlliae insigne est, clamitantes.— Angel. Politianus, ConJoraUonis PactiansB commentarium. FJor., 1478.
Voy. Jul. Csesai* Balengerus , De Medicorum familîœ imignibtêi, PIse, 1618. Ziegler dit que, quand il était à Rome, on débitait certains
CHUTE DES MÉDIGIS. 149
Le peuple reste muet; le cardinal veut parler, on crie : A bas les traîtres! Il essaye de faire quelques pas en avant, des piques s*abaissent pour l'arrêter. En ce moment parut Pierre de Médicis : la rue des Calzajoli était toute pleine de révoltés qui , armés de projectiles, le menaçaient de la voix et du geste. Il était mort s'il eût tiré Tépée; il préféra, pour l'apaiser , jeter au peuple quelques pièces de monnaie ; mais personne ne se baissa pour les ramasser. Alors il parut comprendre que son rôle était fini , et quitta Florence , emmenant avec lui son frère Julien : tous deux prirent le chenaîn de Bologne (1 ) .
L'histoire a dû chercher les causes de cette chute si soudaine de Pierre de Médicis , et elle est obligée de confesser qu'elle n'en peut trouver aucune. Comme tous lés châtiments que les peuples infligent dans un moment de caprice , celui qui frappa Théritier de Laurent fut souverainement injuste. Nardi, qui, dans ses Annales, écrit que le salut des libertés de Florence fut la conquête de soixante malfaiteurs dont la multitude brisa les fers, pense que Pierre n'aurait pas perdu le pouvoir, si, lors de son retour du camp royal, il avait pris le chemin de la Via Larga , au lieu de prendre celui du Palazzo Vecchio. A quoi donc tiennent les destinées d'mi trône , si le pavé que des enfants jettent k la tête de leur roi , qui s'est fatalement trompé de route , devient un arrêt irré-
vcrs prophétiques qui désignaient la suite des armes des fanailles , depuis CaUxte III jusqu'à Clément VH , et que le dernier était :
Post lunas querctts , post quercus Mnguisugœ boye.
Ce qui marquait Pie 111 , Jules 11 et Léon X : les petites boules qu'on voyait dans les armes de ce pontife étaient des ventouses, qui faisaient allusion à la chirurgie, métier de ses ancêtres. — Nouvelle Bibl. germanique, t. IV. Amst., 1748.
1) Nardl,l.c.,p.22.
i50 CHUTE D£$ MEBIGIS.
vocable de déchéance? Il est vrai que Ne&tor ajouta c qm souvenies fois Pierre s amusoit a la chasse, k la voUerie» h faire l'amour çk et Ik, ne se donuaut beaucoyp de peine de ce que faisoieut les magistrats , allant peu souvent au palais, et ne voulant donner audience aux citoyens qoji le demaudpient (1). >
Mais , dans l'histoire de Florence , il n'est pas un gonfalonier , républicain austère , auquel on ne pourrait faire de plus graves r^roches.
La fuite de Pierre fut le signal de vengeances horribles. Le peuple se porte d'abord sur la maison de Guidi « notaire et chancelier des Réformes, et sur celle de Bernard Miniati, provéditeur du Mont, tous deux connus par leur attachement k la famille déchue : on les. accusait d'avoir fait hausser le prix du sel (2). Leur habitation est saccagée de fond en comble. Partout oii le peuple, sur son passage, rencontre les armes des Médicis , il les abat au milieu des cris de fureur. Il efface les images de la famille, peintes en 1433 sur le palais du podestat , et sur la porte de la douane en 1478 (3) : il les avait saluées autrefois de ses acclamations, il les poursuit aujourd'hui de ses anathèmes. Autrefois il appelait ceux dont elles retraçaient les traits les pères delà patrie ; il leur donne aujourd'hui le non) de traîtres et de tyrans.
Gosme avait fait construire, dans la Via Larga, une maison magnifique qui faisait l'admiration des étrangers; < vrai théâtre , dit un historien , de gentillesse , de vertus
(1) Nestor, Hlst. des Hommes iliostres d€ ia maison de Médicis. Paris, in-éo, 1564 , p. 104.
(2) Nardi, 1. c, p.23.
(3) Id. ib.
e( de lettres (i). > Le peuple en bcnicba les portes» comme ii eût fâ^à use maison de pesû£érés; une seule fut ouverte p^r laisser passer les buissiers et les crieufs chargés de k Y^te des tr&ers que cette babilaiion re&feromt. Les ache* teurs accoarureul.
< là se voyoit, continue Nestor , un nombre infini de tapis d'or et de soie et plusieurs aultres reliaulsez de mesme e^o&e» oullre des vaîsseauls d'or et d'argent, un moade de siatues élsèourées k l'antique el composes de cuïvre et d'ariM.
» Chose qui finalement ilct mal au cœur k plusieurs » spëdalement quand on se mit k fourrager la bibliotecqne, laquelle premièrement le seigneur Cosme, puis son fils Pierre et récemment Laurent avoient amplement fournie de bons livres rares ^ bd^rieux , grecs et latips, et k l'augmentation de laqudte tant de boos esprits avoient travaiUé « et tant d'hommes pérégriné » que la Grèce en estoit presque demeurée vuide. . . Le seigneur de Balassart arrive k Florence pour faire le logis du roi en la maison du seigneur Pierre • se n»el le pr eBÛer k prendre quand il sceut h fuite de son boste » disant que la banque que les Médicis avoient k Lyon lui debvoll grande somme de deniers. Entre aultres choses^ prit une liasse entière montant k la valeur de six ou sept mille ducats y et deux grandes {rièces d'une auHre. Les auhres firent couMue lui en une maison en laquelle Pierre avoil serré la pluspart de soiir vaillant. Le peuple p^a lout. La seigneurie eut une partie des plus riches bagues el quelques vingt mille ducats lors trouvés en son banc s sans Hoe infinité de pots d'agathe, de camaïeux taillés en perfection , et bien trois mille n^aîiies d'or et d'avgadt (â). t
(1) Nestor, l.c, p. 107.
(2) Nestor, L 6^ p. t07-108.
152 CHUTE DES MÉDlCfS.
Les voilk donc perdus k jamais ces beaux livres rassemblés avec tant d'amour par Ficin, Politien, Pic de la Hirandole , et dont Laurent ne pouvait détacher ses regards mourants. Quand un de ces trésors de poésie ou d'éloquence , après avoir heureusement traversé les mers, tombait de Gonstantinople k Florence, quelle joie parmi nos lettrés! que de douces heures ils passaient k le contempler ! Ils annonçaient cette heureuse nouvelle, comme de nos jours nous annonçons quelque événement qui doit changer ou remuer le monde. C'est que, dans ces pages grecques ou latines, les destinées de l'intelligence humaine étaient enfermées ! Et la main d'un enfant livre aux flammes et aux vents les inspirations de Platon , d' Aristote , de Démosthènes, de Virgile, de Chrysostome, de nos Pères des deux Églises , qu'un pauvre moine nous avait conservées !
Laurent reposait heureusement dans son tombeau. S'il eût vécu , il serait mort de douleur k la vue de ces profanations, lui, le père des doctes, le docte parmi les doctes, ainsi que le nommait Hutten (1).
Le peuple n'est pas satisfait : le voilk qui se porte dans le quartier Saint- Antoine, sur la maison du cardinal, dont il pille et brûle les meubles , les livres , les vêtements , les tableaux, les statues, et qu'il démolit ensuite de fond en comble (2) ; puis sur les beaux jardins de la place Saint-Marc , ce musée oii vinrent étudier Fr. Rusticci , Lorenzo di Credi , Jul. Bugiardini, Baccio da Montelupo, And. Gontucci et Michel-Ange (3) ; il est sans pitié pour les sculptures qu'il
(1) Laurentias yerè pater et coluit doctos et fait ipse doctrinà inter prlmos sus statis coinmemoranda&. — Huit, in libellum Laor. VaUs: opéra, 1. 1, p. 4l4.
(2) A fundamentis ferè eversa.-^Fabroni, p. 21.
(3) Roscoë, t. I, p. 199, 200. — Vasari, Vita di Torrigîaao ecaltore. ^Del Rosso, rOsservatore Fiorentino, t. ii, p. 137, 138.
CHUTE DES MEDIGIS. 153
renfenne , pour les arbres et les flears qui leur servent de parure ou d^abri.
Quand sa fureur fut assouvie, c*est k-dire quand il ne resta dans Florence aucune image des Médids , aucune des statues qu'ils avaient si chèrement payées, aucun des manuscrits qu'ils avaient fait venir k si grands frais de l'Orient , aucuns des arbres qu'ils avaient plantés ; que la vente des objets précieux qui leur appartenaient fut close; que les magistrats se furent fait adjuger les joyaux de famille qu'ils convoitaient; qu'il n'y eut plus rien du patrimoine des exilés a dévaster, k briser, k brûler, k voler ; alors la seigneurie fit publier un bando oii elle menaçait d'un châtiment exemplaire quiconqne troublerait le repos des citoyens par le meurtre ou le pillage (1) ; et la statue de Judith , œuvre de Donatello, fut solennellement placée devant le palais, comme une leçon ou une menace de la justice populaire (2).
Pendant ces scènes de dévastation , oii doue était Savonarole? Nous aurions voulu le voir monter en chaire pour âétrir ces attentats sacrilèges.
La seigneurie n'inquiéta pas les hommes de l'émeute; pour les amuser sans doute , elle imagina de réhabiliter la mémoire des conspirateurs de 1478 (3). Désormais on put s'appeler Pazzi et réclamer le sang dont étaient rougies les dalles de Santa-Reparata , comme un glorieux blason. Elle rappela Laurent et Jean, fils de Pierre-François de Médicis, qui changèrent leurs armoiries, répudièrent leur nom et prirent celui de Popolani : double lâcheté que les historiens
(1} Ed bavrebbero foi*se segultato di fare simile insolenza contra de' primi amici e seguaci della casa de' Medici , se con seTerissimi bandi GOtali malfattori non fussero stati ralfreoaU dalla Signorîa. — Nardi , p. 23.
(3) Âmmirato.Istorie Fior., vol. m , p. 223.
(3} Ammirato, p. 204. — Nardi, 1. c, p. 231.
t^ CH1ITI B£8 HÉDICfil.
de tous les p^s ont eu raison de flétrir, comme si ttn froftt humain eût pu rougir de porter les insignes de Cosme el de Laurent (1) !
Cda fait, Ftorenœdut se préparer k recevoir Chaites ¥111.
II y fit son entrée le 17 novembre 1494. Un riche baldaquin , porté par des jeunes gaas de noble famille , attendait k la porte de San-Friano le monarque franças^ qui montait un cteval magnifiquement harnaché (2) l
Il font écouter ici le récit d' Ancké de la Vigne :
f Les citoyens et les habitants by présentèrent d'alK)fd les grandes dek cte la vitte , lui firent foy et hommage, et tuy rendirent honneur et révérence comme a leur roy et souverain seigneur. Après que tous les corps de cette ville , tant e^ësiastiques que séculiers, eurent passé, les bandes du roy comoiencèrent k marcher , qui fut la chose la plus bette qu'on eust jamais vue en une entrée de ville : premièrement ks couleuvriniers , les Allemsfflds , les lansquenets et Suisses , tous bien armés ; après venoit la bande des picquters avec leurs étendarts, guidons et flûtes (probablemeat les arders k cheval de la gendarmerie , alors armés de piques ) ; puis la bande des hallebardiers entremêlés de grands joueurs d'épée (les liâmes sans doute que les espadons chez l^ Suisses (5) ) ; tous revêtus d'une même parure» sav^y : des couleurs et livrées du roy , portaot la courte dague k leur costé , les chausses ie drap d'or , la chaîne au col. Ensuite venoient les capitaines , marquis, de Qèves et te comte de ^vers» qui condui^eet environ six; mille soldats deux a deux, avec lesquels estoient le sieur Lornay, escuyer d'escurie. et le bailly de Dijon. Puis les archers d'ordon-
(f) Roscoë, 1. c, t. I, p. 205.
(2) Nardi , 1. c, p. 28.
(3) Ph. de Ségur, 1. c.
GQUTK DES HBJUÇiS, 155
DaDO$ ^ t^aQt leurs arcs baodez et portaot teur$ trousses de flèches ; après, les hommes d'armes, bien montez et armez, avec leurs clairons, trompettes, cornets et tabourius de guerre. Us esEtoient bien en noo^re de huit cents lancer , U>u& gentilshommes et de maison , de grande valeur et vertu , qui ne recherchoient qu'à acquérir de Thonueur et de la réputatioo dans le service du roy.
> Ensuite venoit la bande des deux cents arbalestrters portant tous l'arbalestre bandé. Puis la bande des archers de la garde du roy, allant quatre k qi^tre, portant dessus le dos le hocqueton travaillé de fine orfèvrerie. Après vinrent quelque^ capitaines , comme le sieur de Crussol , Claude de la Cha;stre , avec sou fils , dit le sieur de Quoquebourne, et autres , babiUés très-ricbement. Suivoit la bande des cent gentilshommes du roy , fort superbement veslus.
» Les pages d'honneur, montez sur grands chevaux, et les laquais a pieds , vesti^ de drap d'or et de velours , allant autour la personne du roy qui estoit monté sur son coursier qu'on appeloit Savoye. Il estoit armé de toutes pièces d'un hamois luisant, doré en plusieurs endroits et enrichi de quantité de grosses perles et de pierres précieuses. U portoit une couronne d'or sur la teste , toute couverte de fines pier* reries avec une grosse escarboucte. Au milieu , quatre seigneurs des plus qualifiez de la ville portoient dessus un riche poésie de drap d'or, tracé a la mode de France, et cela eu signe de victoire et de conquête. Le grand escuyer d'escurie portoit l'épée de justice royale devant le roy , eti le grand prévost de rhosliel avec ses gens archers de la gar^ du corps estoient aux environs de sa personne pour le préserver à/à h presse et de tout péril .
» Les grands sdgneurs de l'ordre et autres venoient après, et ensuite pesie mesle les cardinaux, archevesques, primats , évesques , abbez ; puis les présidents et gens du
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grand conseil , les grands pensionnaires , les grands et généraux financiers, les trésoriers, contrôleurs et receveurs, tous bien montez et parez , et conséquemment les valets de chambre, les officiers, porte-buffets, escbançbus, dispensiers , huissiers , panetiers , tapissiers et tous autres serviteurs domestiques de la maison du roy.
» Tout k la queue estoient les valets et pages avec les bagages des bahuts , lits de camp et autres ustenciles , les vivandiers, lavandiers, chariots, charettes, brouettes, muletiers, rustraudsde train, chartiers, piétons, laquais, avanturiers , carretiers et autres moindres gens.
1 Yoila comme cette armée Françoise , avec tout son train, passa hors victorieusement tout au milieu et au travers de Florence, surnommée la Belle ou la Gentille, composant un nombre et une suite de plus de cinquante mille personnes des gens du roy. Les rues estoient parées, etc. Le roy , en cet estât et cette pompe, fut conduit jusques en la grande église, oii il fit son oraison ; puis il fut accompagné au logis qui lui étoit préparé, appartenant k Pierre de Médicis, dont les murs sont tous bâtis de marbre (i). »
Le roi traversa le bourg de Saint-Jacques sur rAnio , le Vieux-Pont, la Vaccherîa, la place de la Seigneurie, et, arrivé devant l'église de Santa-Maria del Fiore , descendit de cheval , et fut reçu par le clergé (2). Ficin était chargé de complimenter le prince.
La harangue du néoplatonicien ne manque pas d'adresse. Ficin feint de croire que l'Italie n'est qu'une terre de passage que traverse l'armée française pour aller conquérir la Terre-Sainte.
(0 André de la Vigne, extrait du voyage de Naples dn roy Giiarles VIll , —Voir Hist. de Charles Viil par Goill. de Jaligny, Paris, 1684, in-fol., p. 118 et suiv.— Ph. de Ségur, I. c.
(2) Nardi , loc. cit.