CHUTE DES MÉD1GIS
c Yoici , dit-il au roi , le jour que le Seigneur a fait , rdjouissoDs-nous. Prince, vous avez entrepris un merveilleux voyage : vous allez restituer au Sauveur des hommes cette sainte Jérusalem que les barbares tienuent en leur pouvoir... (1). Vous voici dans votre Florence, que vous édifierez de votre piété; Florence, la ville des fleurs, toute pleine aujourd'hui de lis (2).
Chanoine par la grâce du cardinal (3), peut-être que Ficin aurait dû laisser tomber quelques mots de pitié sur la grande infortune de son bienfaiteur : c'eût été un acte de courage dont l'histoire lui aurait tenu compte ; mais , k son âge, on peut avoir peur.
La harangue achevée , le prince entra dans l'église , et alla faire sa prière sur les marches du grand autel , pendant que le peuple, suivant la coutume , s'amusait k mettre en pièces le dais sous lequel avait marché Sa Majesté (4). Charles YIII remonta bientôt k cheval , et prit le chemin du palais des Médicis , que la seigneurie s'occupait , depuis deux jours, k réparer.
Pierre était k Bologne avec ses deux frères Jean et Julien. Bentivoglio , qui gouvernait la ville, avait de grandes obligations k Laurent de Médicis ; il les oublia , et reçut froidement ses héritiers, en homme qui avait peur de se brouiller avec la république.
c Monseigneur, * disait-il a Pierre, en lui montrant le palais de Bologne garni de canons , c avouez que vous ne
(1) lier agressas ut saoctam Jérusalem, ssvissimis barbaris occupatam , Bummo humani generis redemptori Dei redimas. — Ficini Ep., cp. XII, p. 196.
(2) Florentiam civitatem tuam miriQcà pietate vises, Florentlam à flore ut à lilio dictam , liliorum ubique plenàm.
(3) Salvini, Ind. cr. dei Ganonici florentini, mss., pressa il Capitolo.
(4) NardI , loc. cit.
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seriez pas (^ , si vous ts a\'iez eu 4e seniblables (i). • La
plaisanterie était cruelle.
Pierre y répondit en homme d'esprit : < Moaseigneur , si TOUS aviez vu derrière vous un escadron armé comme celui que je voyais àé\h venir de San-Ker Scarr^gi, tous auriez fait comme moi (2). »
Bentîvoglio était impitoyable pour t'esilë : il ne voulait pas même lui permettre de rêver une restauration.
< Vous cherdKE }i franchir un mur qui croulera sous vous , * Itti disait-il , quand Pierre parlait de rentrer dans sa patrie (5).
Pierre prit son parti et, suivi de quelques serviteurs, quitta Bologne et gagna Venise. Lk son premier soin, avant de se rendre au sénat , fut de demander à un ancien agent de sa famille cent ducats pour acheter des vêtements; l'homme d'affaires voulait une caution : le malheureux, qui n'avait que sa parole k donner , ne put rien obtenir. Le sénat fit k Pierre le don gratuit d'un vêtement : c'est une belle page dans son livre d'or (4).
Pour échapper aux révoltés , le cardinal avait été obligé de quitter sa soutane rouge et de prendre la robe de franciscain. Cadié sous le capuchon monacal, il alla frapperk la porte du cwivent des dominicains , pour demander l'hospitalité : le frÎTe portier le reconnut, et refusa d'ouvrir au pelit-fils de Cosme, le bienfaiteur du monastère (5). Le cardinal s'éloignait tristement , quand , au coin de la rue del Giglio, il aperçut le secrétaire de Laurent : • Que fais-tu
[1) Relallon mstc, Bibl. Vat., coll. OltaboQi. (!) BurlumDctIii,ed.Uanel, ln-fo1., 1. 1, p. 545. (8) Vol eercale dl sMliara un muro qHal poi ti cascberà ttdosso. Ib. (t) Ammiralo , Ritralll d'uomlnl llluslrl , etc., p. 63 , 65. {&) Ampllôed orDÔ la ctaieei e conventode* PP. DamenlCBnl.— &e1 Bûsîo, rOsaeivalore, etc., t. ii, p. 61.
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h , Bernard ? > lui demanda le cardinal. — c Je cherchais Votre Éminence , > dit le jeune Bibbiena. Et tous deux prirent le chemin de Texil. Quelques jours après, ils trouvaient k Castello un asile chez les Vitelli (1).
(1] Roscoê, t. f, p. 207.