‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 7 sur 53 · PREFACE. XI · texte numérisé non relu

PREFACE. XI

réveiUer la langue de David, d'Homère etilë Virgile ; affiranchir la peusée , laisser à la parole une liberté dont elle ne jouissait nulle part, et, quand elle y est forcée, se servir de son épée pour fonder les libertés nationales et arracher les peuples du continent italien au joug de l'étranger.

Luther avait dit k Léon X :

c Vous voilà comme un agneau au milieu des loups, comme Daniel au milieu des lions , comme Ézéchiel parmi les scorpions (1). »

Et cependant le Saxon connaissait la cour du pontife. Nous prendrons place au consistoire parmi les robes rouges qui formaient le cortège du pape ; nous dirons les titres de ces princes de TÉglise k Tadmiration des lettres et k Tamour des chrétiens , et Ton verra combien nous aurions été malheureux en nous laissant tromper par la feinte pitié du moine.

U ajoute quelques lignes plus loin :

t A tous ces mécréants qui vous entourent , qu'opposerez-vous ? trois ou quatre cardinaux, hommes de foi et de " science (2) . »

Trois ou quatre ! Quand nous aurons suivi Cajetan dans ses pérégrinations chrétiennes k travers l'Italie ; que nous nous serons assis dans la petite chambre de Louvain où Adrien d'Utrecht partage avec les pauvres le pain qu'enfant il reçoit de son père pour sa nourriture quotidienne ; quand nous aurons visité cette forêt ombreuse de Viterbe, oîi Léon X ira

(t) Epistola Liitheriana ad Leonem summum pontiûcem, Witt, , 1520, in-4o.

(2) Epistola Lutheiiana.

Xn PAÉFAGI':.

chercher Égidius pour le décorer de la pourpre romaine ; que nous aurons assisté aux réceptions , k Rome , du cardinal Grimani, qu'Érasme appelle une des splendeurs de rÉglise du Christ , nous verrons s'il ne nous restera pas encore d'autres noms k citer? Pourquoi donc Luther oublie-t-il Paul Emile Cesio, qui disait souvent : Mieux vaut nâanquer du nécessaire que de laisser souflRrir les autres ; Boniface Ferreri de Verceil, qui fit élever k ses frais un collège k Bologne; Campeggio, « le meilleur et le plus docte des hommes (1) ; » l'évêque d'Albe , Vida, qui ne vivait que de racines ; Giberti , le père des pauvres et des lettrés , comme on le nommait k Rome? Il nous sera bien permis de réveiller de leur tombeau ces saintes ombres pour rappeler un moment leurs travaux intellectuels.

liéon X a été malheureux ; il n'a pas plus échappé aux calomnies qu aux louanges de la réforme : l'éloge, dans les termes qu'il est formulé , ferait plus de tort k la mémoire

du pape que l'insulte même. Le protestantisme en fait un humaniste érudit , un poëte brillant, un lettré de la Renaissance enfin , tout occupé , sur la chaire de saint Pierre , de vanités mondaines ; ce qu'il y a de plus douloureux, c'est qu'il a donné le change k l'opinion catholique, qui répète trop souvent des jugements inspirés par la passion. Tout en acceptant les louanges qu'ont décernées k l'humaniste les écrivains de la réforme , nous réclamons pour le pape une gloire

(1) Vîr omnium et optimus et doclissimus. — Erasmi Ep. , t. i, p. 463.

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