‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 10 sur 61 · LA VAT1GAN · texte numérisé non relu

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Sadolet et Bembo, reste enseveli daas son obscurité, et refuse sans faste les offres brillantes de la papauté. Ces beaux exemples de désintéressement ne sont pas rares k cette éptque. Plus tard nous verrons un autre disciple de l'antique philosophie repousser toutes les avances que lui fera Léon X, et se complaire comme un autre Diogèn^e dans son réduit, dont le soleil ne perce jamais Tobscurité.

Sait-on ce que l'un et l'autre refusaient ? De belles et riches abbayes ; car Léon était prodigue envers Thumaniste qu'il aimait; une villa aux environs de Ronoe; tous les trésors bibliographiques de la Y aticane , et un logement sur l'Esquilin, dans l'habitation que le pape avait emprunta au cardinal deSion, absent (1) , afin que , tout en étudiant , l'humaniste eût sous les yeux < de beaux jardins et de beUes forêts (2). 1

C'est sur ces hauteurs que J. Lascaris, appelé par Léon X, enseignait k de jeunes Grecs la langue hellénique (3). Quand notre expédition en Italie , si malheureuse du reste , ne nous aurait valu que la conquête dé Lascaris , il faudrait s'en réjouir. C'est le plus beau trophée que Charles YIII remporta lorsqu'il descendit les Alpes. A Paris , Lascaris eut une chaire de grec comme k Florence ; son premier, son plus noble écolier fut Budé. Le professeur, sous Louis Xn, retourna en Italie, k Venise, oii il euseigna le grec dé 1509 k 1513.

Les jeunes gens auxquels il donnait des leçons sur l'Esquilin avaient été conduits de la Morée k Rome par Marc

(1) FabroQi , Vita Léon. X , p. 68.

(2) Ut ipse istic et palcherrimarum sedium elegantiâ et hoi-tornm amoBDitate , et sylvâ viridissimft suis cum libris obleclare sese possit. — Bembi Ep., 1. xii , ep. 19.

(3) Bndœi Ep. ap. Mettaire, Ann. typog. ,p. 107. — Hodius, de Cirffic. ili. 35.'— Bœrner, de Doctis hom. graec. »p. 199. — Pope- Bloant y p. 494.

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Musurus (Musulro ) , qui n'entendait pas seulement admirablement la langue grecque , mais parlait, au dire d'Ërasme, le latin aussi bien que Théodore Gaza et Lascaris (1).

Léon X lui écrivait en 1S13 :

< Gomme j'ai le vif désir de faire revivre la langue et la littérature grecques » d3 nos jours presque éteintes y et d'encourager de tous mes efforts les belles-lettres^ que je ooneais , du reste , votre savoir et votre goût , je vous prie de nous amener de la Grèce dix k douze jeunes gens doués d'heureiises dispositions , qui enseigneront k nos Latins les règles et la prononciation de la langue hellénique y et formeront comme un séminaire ouvert aux bonnes études. Lascaris , dont j'aime les vertus et la science , vous écrira k ce sujet plus amplement. Je compte , en cette occasion » sur votre dévoûment k ma personne (2). •

Musurus vint k Rome» apportant avec lui un exemplaire d'un Platon qu'Aide Manuce venait de publier , et dont il avait corrigé les épreuves ; un poème grec qu'il avait composé en l'honneur du pape , et une épitre en prose de l'imprimeur k Sa Sainteté , mise en tête des œuvres du philosophe. LePlaton fut placé dans la bibliothèque de laYaticane, Musurus bientôt récompensé par l'évêché de Malvoisie , et Aide Manuce honoré d'une bulle magnifique où le pape rappelait les services que le typographe avait rendus aux lettres. U lui accordait le privilège de vendre et de publier les livres grecs et latins qu'il avait imprimés ou qu'il imprimerait plus tard , avec ces caractères italiques (3) dont il était l'inventeur , et c qui reproduisent , dit le pape , toute

(1) Erasm» Ep., lib. xxiii, epb 6.

(2) fiembi fip., lib. iv, ep. 8.

(3) Des privilèges pour l'emploi du petit italique avaient été aecordéfr à Aidé Manuee, le 17 décembre 1502, par Aleiandre. VI, et par JntiM U le 27 septembre 1512i

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rëlégance de récriture cursive. > Et afio que la cupidité ne vtnt pas élever une concurrence nuisible , ruineuse peut-être pour rimprimeur, le saint-père menaçait de l'excommunication quiconque violerait la défense du saint-siége (1). Seulement Léon X imposait une obligation k Manuce; c'était de vendre ses livres k bas prix ; il s'en rapportait du reste k la probité bien connue du typographe (S). ' Aide Manuce n^en manquait pas. Dans cette préface dont nous parlions , oii l'imprimeur loue si finement le pape , il se représente , nouveau Sisyphe , roulant un rocher qu'il ne peut , malgré ses efforts » conduire jusqu'au sommet de la montagne : ce rocher, c'est le Platon qu'il a mis en vente, et qui , malgré tous les efforts de ses prêtes , laisse encore k désirer sous le rapport de la correction. Aide» vieilli dans le métier , succombe k la peine , peine incessante , et de jour et de nuit. Il voudrait racheter , au prix d'une pièce d'or , chaque faute qui s'est glissée dans une de ses éditions : mal sans remède; la faute est Ik, qui le poursuit comme un spectre et l'empêche de dormir (3).

(1) Ces privilèges ont été imprimés en tête du Perotti Cornucopfae, 1513, in-folio.

(2) La plupart des volumes édités par Aide se vendaient de 2 à 6 mareellù Le marcello était une monnaie vénitienne d'argent, ainsi nommée de Nicolas Marcello, doge de Venise en 1473. A la fin da quinzième siècle elle était du poids de 64 grains, et valait 10 sous courants ou la moitié d'une livre de Venise, 68 cent, de notre monnaie actuelle. Le ducato , nummui aureu*., qui vers 1526 commença à être nommé xeeehino , était en 1474 du poids de 69 grains Vu i et yalait 12 marcelli Vi on 6 livres 4 sons de Venise. L'Aristote complet , qui était du prix de 11 ducats ou 136 marcelli et Vits» se payait en argent un prix égal à92 fir., et en or un prix correspondant à 126 fr., différence occasionnée par les rapports alors moins éloignés entre la valeur relative de Tor et de l'argent. — Renouard , Annales de rimp. des Aldes>, 1. 1, p. ISO, Paris, 1803.

^ Quamobrem quotiescumque vel meâ, Tel eoramioenriâ qui mecum corrigendis libris incumbnnt, aliquo in libro parvus error com-

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Léon X D*avait-il pas raison de vanter la probité du Vénitien? 11 voulut le récompenser , d'abord en lui concédant le privQége dont nous venons de parler, puis en prescrivant au collège romain qu'il allait réorganiser de ne se servir que des livres classiques publiés par le savant typographe (i ) •

mUtitor, et si opère in magno fat est obrepere somnum ( non enlm OQiuB diei labor hic noster, sed raultorum annorum, atque intérim, nec mora nec requies ) ; sic tamen doleo , ut si possem mutarem Bingula errata nommo aureo. -— Aldl PU ManutU ad Leonem X... SappHcatio : Platonlsop. ex éd. Aldi 1513.

(1) On consultera encore sur l'origine des Mss. : — Philippi Labbei NoTa Biblioth. Mss. librorum, Parlslis 1657 , in-fol. ; — Theophili Spinlii y Sacra iUustrium arcana. détecta , Aagosts Vindel. 1668 • 80, — ^Montfaucon , Biblioth. manuscriptoram noTa;^ Montfaacon, Diarium. Itaiicum; — sur Aide Nannce : — Jac. ThomasH Dissert, de Plagie litterario , S 505, p. 227.

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