CHAPITRE V
Services rendus par Nicolas V à l'enseignement. -:; Léon X forme le projet d'agraar dir le gymnase romain. — Règlements anciens introdnits dans les universités ita- UfBnnea. — Le .pape appelle à Rome des professeurs illustres.. — Parraslo, Bottigella , Démétrius Chalcondyle , Favorino , Scipton Furtigoerra. — Encouragements, de toute sorte qu'il prodigae aux maîtres du * gymnase. — Ses libéralités à leur égard. — Chaire apéciaie qu'il affecte à renseignement de la botanique ap^iqnée. à, la médecine, dam TlntérAt des panviçes. '^ «^
Depuis ua siècle, c'est-k*dire depuis te moment ob les lettres commencèrent k donner quelque signe de vie en Italie, la papauté avait formé le projet de restituer k Rome ses collèges littéraires. Eugène lY fit jeter au milieu de la ville, près de l'église de Saint-Jacques-r Apôtre , les fondements d'un gymnase, où des maiîres habiles devaient enseigner gratuit^oaent les sciences humaines (1). "'
Nicolas V 6st une des gloires de son siècle. C'était aux lettres qu'il devait la tiare; il les honora magnifiquement. A Laurent Yalla , qui lui avait ofiert sa traduction de Thucydide, il donna 500 écus d'or (2); k Griannozzo Manetti (3), poui; des œuvres de théologie , une pension de 600 écus d'or; k Guarino, pour la traduction de Strabon, 1,500 écus d'or; k François Fitelfe, qui voulait mettre en vers latins l'Iliade et l'Odyssée d'Homère , il avait promis une belle maison k Rome , une ferme k la campagne , et 10,000
(1) Carlo Fea, Notizie intorno RafTaele , Roma , 1822 , ia-8o, p. 68.
(2) Antidot. 4 , in Pogg.
(3) Vita Man. — Script, rer. It., vol. xx » p. 674.
écus d'or qu'il avait déposés chez un banquier et que te poète devait toucher dès que sa version serait terminée (1). C'est k l'instigation de ce ponttfe que Diodore de Sicile , tXénophon, Polybe, Thucydide, Hérodote, Strabon , Aristote, Ptolémée, Platon, Théophraste et un grand nombre de Pères furent traduits en latin (2). Les lettres , sous le règne de ce prince, donnaient de la gloire et des richesses : aussi Rome était-elle remplie d'humanistes venus des quatre parties du monde (5). Quand on ouvre un livre écrit ï cette époque , on est sûr d'y trouver le nom de Nicolas Y. I^oggio, Georges de Trébisonde, Léonard Bruni, Antoine Loschi , Barthélémy da Monte Puidano , Jean Tortelli , Laurent Valla, Giannozzo Manetti , Nicolas Perotti, François Filelfe , Pierre^^andide Decembrio , Théodore Gaza , Jean Aurispa, ont célébré en vers et en prose la protection que ce grand homme accordait aux savants; mais nul ne lui a décerné un plus brillant hommage que le protestant Isaac Gasaubon , qui le représente c levant l'étendard de la science au montent oh elle paraissait k jamais ensevelie sous les ruines de Byzance , chassant les ténèbres qui menaçaient le inonde, et faisant luire k Rome la lumière des arts et des lettres (4), »
Sous le règne de Pie II , des professeurs illustres occupèrent les diverses chaires du gymnase romain (5). Sixte lY,
(1) Tiraboschl, Stor. délia lett. liai., t. vi , p. 65.
(2) Poggio , préf. de Diodore de Sicile.
(3) Tutti gli uominl dotti vennono \n corte di Roma, dl loro propria volontà. — Yespasiano Florentino.
(4) Primas tum assiduis l)ortatIbuâ , tum ingentibus etiam propositis praemils, ad meliorem litieratnram è tenebris oblivionis in lucem revoGandam homines stimulavit. ^Clté par Tiraboschi , t. vu» p. 68.
(5) Maltos litteratos » muneribus aulicis et l)eneflcils ecclestasticis jttvit ; crantes et poemata recitantes llbenter audivit , eoruhiqae ]adicio qai aliquid sapere viderentar saa scripta commisit. ^ Caraffa , de Gymnasio romane , 1. i , p. 1 96.
78 LE GTVNASE ROMAIN.
qui n'avait que 100 ëcus k donner au traducteur d'AriV tote» Théodore Gaza, ne put dépenser qu'une modique somme k l'entretien de cette bdle école. Plus heureux , Alexandre VI , cet habile administrateur qui*, pendant son^ pontificat , eut pour principe de payer exactement la pension des docteurs , la solde du soldat , le salaire des ouvriers , agrandit et dota splendidement le gymnase (1).
Â^i milieu de ses sollicitudes guerrièrei , Iules II n'oiiblia pas l'œuvre de ses prédécesseurs , et bien loin de détourner, comme dit Roscoë , les revenus afiectés par Alexandre VI k l'entretien de l'université , il donna l'ordre , dans sa bulle de 1512 (2), que certains revenus du Capitole fussent rigoureusement employés aux bes(»ns du gymnase , et assipa SO ducats d'or pour la célébration annuelle de la fête dei Paliljl^ ou dé l'anniversaire de la fondation dé Rome , le 21avra(5).
(1) Nec vos Pferidam reboantia tecta sllebo, Bks ubi gymnasium medlè spectatar fa orbe ; Mosarum Phcebiqae, ac Palladis artibus iogens Eugeoii qoarti auspicfis et munere primum Fondatum » cul Homa stipla dédit annaa dona Gollecto magnis ex vectigalibus aoro.
HsBC loca Alexander Sextus renoyavit et auxit » Adjangens «des spatio majore propioquas , Amplaque porticibiis designans atria magnis.
— And. FuIyîos , de Aotiq. urbis , ad Léo. X , lib. n. (2) Carlo Fea, 1. c, p. 69.
(S) Carlo Fea , 1. c, p. 69. —
Sur runiTersîté de Bologne, fifuratori, Ant. Ital., t. ni; Sarti de Profess. Bonon. , 1. 1, pars i; — de Vicence, Ann. Camal., vol. iv ; — de Padoue , Sarti , p. } 1 j — de Pavie , CÔmi » Philosopbus arcbigym. Ticin. vindieatHs , p. 137; — de iVap^ei, Muratori, Script, rer. It.» vol. vil ; — de FereeU , Zaecaria, Iter Ital., para i ; Jac. Durandi, deir antica condiz. di Vercelli ; — de /^errare , Borsetti, Histor. gymD. Ferra., pars i i^^ùeModine, Ughelli, Ital. «icra, vol. iijn ep. Mut,; — de Reggio , Nice. Taecoli , Mem. st. di Reggio , t. m ;— de Parme,
Léon V voulut que l'université romaine égalât en splendeur ceUes que l'Italie citait avec le plus d'orgueil : Pavie , Milan , Bologne , et que Rome régnât sur le monde entier par les lettres , comme elle régnait par les arts (1).
Middendorp , dans un livre savant (S) , a donné quelquesuns des règlements que ce pape et ses prédécesseurs firent établir dans l'université romaine.
Le gymnase^était sous le patronage de trois cardinaux de' l'ordre des évéques, de l'ordre des prêtres et de l'ordre des diacres. U y avait des recteurs et des réformateurs qui, après* avoir consulté le pape, étaient chargés du choix des professeurs. Les réformateurs visitaient les classes deux fois par semaine ; le recteur , une ou deux fois par mois, et toujours k des heures et ^ des jours inconnus*
Le recteur administrait les deniers et payait les prpfes^ seurs et les bidelli.
Les bidelli ( appariteurs ) étaient des employés chargés de la police matérielle des classes; ils affichaient k la porte du gymnase le nom des professeurs , l'heure et le jour des leçons. On ne pouvait lire , expliquer au collège aucun ouvrage dont le titre n'eût été préalsd>lement affiché, par le bidellus , sur les murs de l'école (5).
Dès le xui^ siècle , l'enseignement était libre et gratuit en Italie (4) ; il était même permis aux élèves de faire des
Muratori, Script., etc., t. ix; — de Milan, Giorg. Giulini , Mem. di Mil.,' t. vni ; — de Sienne t Gagl* délia Valle , Lettere Saoesi , 1. 1.
(1) Ut urbs Roma lia in re litterarià, sicati et in csteris rebas totius orbis capat e&set. — Bulla Léon. X, 20 septembre 15i4. — Garalla, de Gymn. romano, p. 201 , 1. 1. — Fabroni , Vita Léon. X, p. 71.
(2) Acad. celebrium universi terrarum orbia libri vin , auctore Jacobo Middendorplo, 1602, 2 Tol.in'12.
(3) ... Ne quifl légère librum posait , nisi antea faerlt à bidello per Bcholas pubUcataa. — Facciolati, Syntagmata , p. 55.
(4) Ubri , Histoire des aciencea mathématiqaes en Italie , in-8o, t. ii, p. 103.
cours , et on leur dounait , k cet effet , une salle et une chaire (1). Afin d'attirer les étrangers, on offrait aux étudiants des franchises et des privilèges. D'abord ils jouissaient de toute espèce de droit de cité ; ils n'étaient assujettis h aucune taxe et ne pouvaient être mis en prison (2). A Padoué , la commune était obligée de prêter de l'argent aux écoliers qui n'avaient pas de quoi étudier (5). Le professeur, entretenu parla ville, pouvait donner des leçons particulières, mais, s'il se faisait payer, il était sur-le-champ rayé du rôle de l'université (4). A Naples, au xiii® siècle, l'université avait de grands privilèges : le maître et les écoliers ne pouvaient être jugés que par un tribunal spécial , formé d'un président et de trois assesseurs (5). Les papes se distinguent , à cette époque , par la protection qu'ils accordent h l'étude des lettres. Au concile général qui se tint h Lyon, en 1245, Innocent IV veut que dans chaque cathédrale , dans chaque église possédant des revenus suffisants , révoque et le chapitre nomment un maître pour enseigner gratuitement la grammaire aux enfants pauvres , et qu'au maître soit concédé une prébende dont il jouira tout le temps qu'il exercera les fonctions de pédagogue (6). Renâzzi a publié un document qui prouve qu'en 1319 les élèves en droit
(1) Quôd si quis eorum experiri daataxat ingenium cuperet, scholœ quondam erant scholaribos ipsis libero jure assignats, ac sine salarie. — Faeciolati , Syntagmata , p. 28.
(2) Priraûm quidem ut scholares omnes ondecunqueessenttÇlvitatis jure gauderent , eorumque lites ut inter cives judicarentur; deinde ut ^mmunes à vectigallbus essent, tum ne quis eorum aut in viucula conjici posset. — Faeciolati, Pasti Gymnasii Patavini, 1. 1 , p. 4 et 6. — Libri.l. c., p. 101 , t. II.
(3) Tiraboschi , t. iv, p. 59.
(4) Faeciolati , Syntagmata , p. 10.
(5) Gapit. Regni tit. Privil. coU. Neap. Stud.
(6) Tiraboschi , t. iv , p. 69.
canon de Tuniversité de Rome firent casser une élection et nommer le professeur qu'ils avaient choisi (1).
De même, dit un ancien programme universitaire, qu'il est dans la maison du Père céleste diverses demeures , plurimœ mansiones , ainsi dans chaque académie une hiérarchie scolaire : le docteur, le juriste, le professeur. Le docteur a le titre de no6t7t5$tmu5, le juriste de dominus (3).
S'il est certain que contrister un docteur c'est contrister Dieu (3) , il ne l'est pas moins , dit un autre écrivain , que Te docteur qui remplit fidèlement les devoirs de sa charge, brillera comme une étoile dans l'éternité (4).
La même gloire est promise au professeur qui fait régulièrement ses leçons ; lui aussi a de graves obligations k remplir. D ne faut pas qu'il se mêle de choses mondaines et que le marché public entende jamais prononcer son nom : c'est l'homme de la science , qu'il doit distribuer et ne jamais vendre. Sa leçon terminée , tout n'est pas fini pour lui ; il faut qu'il reste encore en chaire pour disputer , causa dhpulandi; pour répondre aux questions que peut lui adresser m écolier qui, k défaut d'obscurités dans un texte, en trouve peut-être ailleurs dont il attend la solution (5). Le professeur qui , sans motifs raisonnables , négligera de faire sa leçon , outre la responsabilité qu'il encourt devant Dieu , sera puni d'une amende et verra son nom affiché sur les murs de l'école.
lO Et dicentiomcoram nobls quia nolebant alimn doctorem nisi ipsum domioum Matthaenm. — Renazzi , Storia délia université di Roma, t.i,p. 261, 262.
(2} Beoius , Juris privlleg., p. 9.
(3) Qui doctorem veritatis contristat, Ipsum Deam contristat, iàiâ.
(4) Doctores docentes seternltatem consequentur , et qui ad jostiUam eradiunt homioea fulgebuot sicut steUae in perpétuas sternltatea. ^ Soclnus, cap.Bup. speculo, de Magistris.
(6) GausA disputandi clarinsque discipulos instruendi » si quid eis drcarem litterarlam obscurum ac dliRcile esset. — Middendorp> I. c, p. 109.
Le tableau de Tuniversité de Rome en 1514 existe en* core aujourd'hui , écrit sur vélin , en beaux caractères, orné des armes du pape et de figures allégoriques. La théologie y est représentée avec la double figure de lanus» comme Raphaël a peint la Prudence dans une des chambres du Vatican (1).
Léon X voulut qu'op enseignât, au collège romain, la théologie , le droit canon , le droit civil , la médecine , la philosophie, la botanique, la philosophie morale, la rhétorique, la grammaire , la langue grecque. Sur le tableau dont nous parlons , k côté du nom de chaque professeur, est indiquée la somme qu'il reçoit annuellement. Maître Lucas de Burgo a 120 florins pour enseigner les mathématiques; Varino, professeur de grec, 300 florins; maître Augustin de Sessa, professeur de philosophie, 300 florins. Ce sont les médecins qui sont le mieux rétribués : maître Archangelo de Sienne a 530 florins, et maître Scipion Lancelloti, 500 (9).
Nous savons, grâce h ce curieux document, qu'un professeur de grammaire, espèce d'instituteur primaire, gagnait 50 florins par an, et il y en avait treize, autant que Rome avait de quartiers. Le recteur touchait 100 ducats d'or; chacun des réformateurs, la même somme; le bideUus, 100 florins; enfin, le sonneur, 25 florins.
C'est le 3 novembre que les cours et les écoles s'ouvraient. 11 y avait des leçons le matin , de mane^ et le soir, de $ero , même les jours de fête. Pandolf Wolfgang , qui professait le droit k Padoue, avait fait un grand bruit en
(1) Lettera deir abate Gaetaoo Marini al chiarissimo MoDsfgnor Glu- ■.■ seppe Mati Papazarri , già Gasall , oella quale s'Illustra il raolo de* pro- ^. fessori dell' archiginnasio Romano per Tanno 1514, p. 9. In Roma, >^ presso Michèle Puccinelll a Tor Sangaigna , 1797 , in-4o. .^
(2) D'après Tiraboschi , des florins d'or ; d'après d'autres historiens , ^ des florins d'argent.
posant, dans une de ses leçons, celte question : c Est-il permis de lire , d'écrire , d'étudier les jours de fête (1)? • et il l'avait affirmativement résolue. La question était restée indécise; L^on , comme on voit , la trancha pour toujours.
Chaque science avait plusieurs maîtres ou lecteurs : la rhétorique était enseignée , le matin , par six professeurs ; le soir, par cinq; les jours de fête , le matin , par trois; le soir , par quatre. 11 n'y avait pas moins de onze professeurs de droit canon , de vingt professeurs de droit civil , de quinze professeurs de médecine (2) , de cinq professeurs de philosophie morale. Dans sa bulle du 19 décembre 1513, Apostolici regiminis , Léon X recommandait aux élèves de s'adonner désormais aux études s^érieuses , et de renoncer k cette philosophie mensongère nommée le platonisme , et k cette poésie païenne, qui n'étaient propres qu'k gâter l'âme (3). On voit si nous avions raison de vanter la sollicitude de ce pontife. pour les saintes lettres. Le paganisme, qu'il eut le tort de trop aimer k Florence , il le flétrit k Rome , maintenant qu'il est pape.
Tous les professeurs choisis par Léon X étaient non-seulement des savants distingués, mais des hommes de vie exemplaire. Le pape , eu les appelant k lui , leur disait qu'il en faisait des précepteurs de vertus et de bonnes mœurs , plus encore que de belles-lettres , et qu'il leur remettait la charge d'enseigner et de défendre la vérité, c'est-k-dire la religion du Christ, les libertés de l'Église, l'autorité du
(1) An diebus festis légère, studere, scribere liceatP — Bernardino Vitale imprima le livre à Venise en 1506. — Gaetano Marini, p. 7.
(2) Gaetano Marini , p. 7.
(3) Ut in his sanctis et uUlibus profeasionibus sacerdotes Domini inveniant unde infestos philosophise et poesis radiées purgare et sanare Taleant.
78 LE GYMNASE nOMAtN.
saiht-siége (1) : grande et noble mission, h laquelle nul d'entre eux ne faillit.
Voyons ri ces maîtres méritaient la confiance du prince.
Nous connaissons Inghirami, un des habitués des jardins de Sadolet. Nommé professeur de rhétorique, il n'occupa que peu de temps cette chaire; Philippe Béroalde lui succéda.
Parrasio (Joannes PaulusParisius), qui lisait le soir, attirait k Rome, comme autrefois k Milan, un grand nombre d'auditeurs : k Milan , Trivulce venait l'écouter , et s'en allait émerveillé de la belle prononciation du professeur (2).
Léon X, qui connaissait la réputation dont Parrasio jouissait en Italie, voulut l'attacher au gymnase et lui offrit 200 ducat3 par an : c Venez le plus vite que vous pourrez , lui disait-il , je vous recevrai cordialement. > La lettre était écrite en beau style , et la phrase merveilleusement cadencée (5), car le pape savait qu'il fallait flatter d'abord l'oreille exigeante du docteur. Parrasio laissa son auditoire de Milan , son écolier de cinquante ans , et vint à Rome , oii bientôt ses leçons sur les Sylves de Stace (4) attirèrent une foule d'auditeurs (5). Il dut quitter une ville oii il s'était fait d'implacables ennemis. Il parait qu'il avait un penchant dé-
(1) Sciant non litterai-um solikn ,àed moram optimorqm , Tîrtotamque magistrosse constitutos; nihil à christianâ religione doceant , etc. — Gactano Mariai, p. il.
(2) Cunctos nostri secull doctores erudito rernm omnium (lus explicabat apparatu ac unâ prœsertim rotundœpronunciationis glorlâ 8uperavit. — Paul Jovius , El.
(3) Cùm id magnopere optera, ut^romanus litterarum Indus à praestantissimis doctoribus exerceatur» etc. — Jano Parrhasio, Ep. Bembi, lib. IX , ep. 39.
(4) Ad cujus jucundam vocem undique concurrebatur. — Pier. Valer., de Lltter. Infel., p. 25.
(6) Saxius, Hist. litt. iyp. Med. — Gaetano MarinI , 1. c, p. 62.
LE OYMNASB ROMAIN'. 79
cidé pour la médisance , et qu'il maniait Tépigramme avec une grande habileté. On ne l'épargna pas non plus , et le brillant professeur se changea, sous la plume de ses ennemis, en âne d'Arcadie. en scarabée fétide, et même en vipère au dard acéré. Il est probable que l'apparition de Trivulce aux leçous de Parrasio Ait le seul moUf des mjures adressées au professeur.
A Rome 9 du moins, Thumaniste n'eut pask craindre ces injures de mauvais goût. Léon X exerçait une heureuse influence jusque sur les mœurs littéraires de sa cour : elle était habitée par tout ce qu'il y avait de plus poli au monde, et Bembo, Sadolet, Bibbiena contribuaient, k l'école de leur maître, k relever l'état d'hommes de lettres, qui jusqu'alors n'avait été trop souvent qu'un métier. Le pape voulait quel&s sciences fissent vivre honorablement ceux qui les cultivaient. Parrasio, un peu fastueux de sa nature, re* cevait par an 200 écus d'or. Il avait, comme les autres professeurs , ses entrées au Vatican , sa place dans toutes les grandes cérémonies , quelquefois la visite inattendue du pontife, des présents k certains anniversaires, puis l'usage de tous les livres de la bibliothèque pontificale.
Le professeur tomba malade , perdit la santé et ne put plus monter en chaire ; mais qu'avait-il besoin de s'inquiéter * de l'avenir? Léon, dans un de motu propriOy lui assigna une pension de vingt ducats d'or par mois , réversible sur Théodora, la fille de Démétrius Chalcondyle, que le professeur avait épousée. Le bref, écrit par Sadolet, est luimême un titre de gloire pour Parrasio (1).
(1) Virtus tua et utriusqoe lingua eximia scientia lldesque sincera quam ad nos et sedem apostolicam geris , tuaque incDrabilis valetudo, nos inducunt, ut te specialibus gratiis et favoribus prosequamur, atque tibi libenter et sponte concedamus qus tibi statuique tuo opportuna et commoda esse digooscimus.
Bottigella (Jérôme), qui ne professa le droit que peu de temps, avait la réputation d'un habile juriste. II sortait de Pavie, ou sa mémoire était citée comme un prodige. D savait par cœur le livre xii du Digeste , une partie du Codex , le IV' livre des Décrétales , les Églogues de Virgile, le VI* livre de TÉnéide, Ovide, Valère-Maxime , le vi« livre de l'Histoire naturelle de Pline, et de sa chaire il jetait toutes sortes de superbes défis aux assistants , auxquels il était prêtk répondre, disait-il, sur le cycle entier des doctrines enfermées dans ces œuvres diverses. C'est assez dire qu'il était théologien, juriste, canoniste, philosophe, naturaliste» poète, historien (4).
Camille Porzio , un des hôtes encore de Sadolet , professait la rhétorique, mais les jours de fête seulement, probablement k cause de cette fièvre qu'il avait gagnée au travail et qui devait le conduire si vite au tombeau. 11 s'était fait aimer de ses élèves, qui pleurèrent en le perdant un ami plutôt qu'un maître. Valeriano (Bolzani), dans cette belle élégie qui a pour titre : Des malheurs des lettrés , a jeté des fleurs sur la tombe de son ami , qui mérita les éloges de Bembo et de Sadolet (2).
Léon X avait compris que, sans l'étude des Pères de • l'Orient , le mouvement qu'il voulait imprimer aux sciences théologiques languirait nécessairement. Le gymnase romain eut donc trois professeurs de grec : Augustin Valdo , Basile Chalcondyle et Varirio Favorino : chacun d'eux recevait par an trois cents florins d'or. Démétrius Chalcondyle , le père de Basile, n'en avait que 40, eu 1463, k l'université de Padoue; et Musurus 140en 1508 (3). Augustin Valdo , ou
(1) Mazzuchelii , Scrit. It., 1. 1, parte l , p. 291.— Facciolati, Fasti Gym. Pat., 1. 1 , p. 71. — Gaet. Marin!, Archiatri.,. pont., t. il, p. 326.
(2) Epist. Bembi , ep. 23 , lib. m. — Simone Fornari da Reggio , Spoftizione sopra TOrlando Furioso , p. 1*61.
(3) Facciolati , I. c, pars i , p. 54 , â5.
Le gymnase romain. 81
Bâido de Padoue, ami de Bembo (1), parlait avec taut de pureté la langue grecque , que plus d'un Hellène , en Técoutant» se trompait et croyait entendre un compatriote (2). Basile Ghalcondyle promettait d'être une des gloires de la littérature grecque , quand la mort vint le surprendre au milieu de ses livres (5). Varino , ou Guarino , était élève de Politien (4) , et passait pour l'un des plus grands humanistes de son siècle. £n 1495 , il enseignait k Florence les grammaires grecque et latine k soixante-cinq florins d'or par an (5).
En parcourant la liste des professeurs du gymnase romain , on est frappé des choix heureux de Léon X. Presque tous les maîtres ont fait lemrs preuves dans les universités italiennes ; tous ont étudié sous des hommes habiles ; tous ont eu la passion des voyages ; tous ont vu, comme le héros d'Homère, beaucoup d'hommes et beaucoup de cités. D faut donc les acheter chèrement , car le pape ne marchande pas ; il sait payer la gloire. S'ils résistent k ses offres, il a des tentations auxquelles ils succombent ordinairement ; il leur écrit , comme k Leoniceno , une lettre bien tendre en quelques lignes, oîi le même mot je vous aime est répété k satiété; il faut bien que le professeur parte, et dise adieu k ses élèves, k sa patrie, k ses parents. S'obstine- t-il, alors le pape s'adresse k Sadolet , qui a sa vengeance toute prête : quelques bons bénéfices dont U tient la feuille. S'il cède, des honneurs de toute sorte l'attendent k Rome.
Scipion Fortiguerre de Pistoie , si connu sous le nom de
(1) Bemb. Ep., ad Beroald., Ann. 1505, 1. iv, ep. 3.
(2) QuiD etiam cùm grœcum vestitum indueret , et Grscos ab omnibus dicebatur , et vulgè Grscus à cunctis dicebatur. — Scardeooe , de Claris civ. Pat., 1. n.
(3) Paul Jov. Rlog. vir. doct.
(4) LUI , Stor. di Camerino, p. 227.
(5) FabroDi, Hist. Ac. Pis., t. i.p. 163.