MARIGNAN. — MATH. SCHINNER
Dans Upréflsion d'une iovaslon nouvelle des Français en Italie, Léon X cherche à gagner Venhe. — Bembo échoue dans sa mission. — Mort de Louis XII. — Ftançois I«r forme le projet de reconguérlr le Itfilanats. — Badé , envoyé à Rome, ne pent réussir à rallier Léon X i la politique du nouveau roi. — Le pape, an premier bruit de la marche des Français, se hâte de former avec Tempereur d'Allemagne et le roi d'Espagne une ligue défensive et offensive. — Mathieu Schinner. — Ses premières années.» Sa vie an camp, — 11 marche avec les Suisses à la rencontre des Français. — Bataille de Marignan. — Défaite des Suisses. — François I^^ g'empare de Milan.
Au moment oii Léon X travaillait ainsi aux progrès de la civilisation y en dotant Rome d'une université qui n'avait pas eu de modèle eu Italie , la paix du monde allait être encore une fois troublée. Nous avons laissé les Français sur le revers des Alpes , après la bataille de Novare , gagnant les montagnes du Dauphiné , et essayant de se rallier dans les plaines du Lyonnais. L'Italie délivrée , le pape avait profité de la détresse de Maximilien , réduit k la dure nécessité de ne pouvoir payer ses soldats , et , moyennant 40,000 ducats d'or , il venait d'acheter de l'empereur la ville et l'État de Modène : heureuse acquisition que Jules II recommandait sur son lit de mort (1). Parme et Plaisance, réunies k Reggio et k Modène , devaient être données par Léon X en apanage k son frère Julien , pendant que Laurent , fils de Pierre de Médicis , aurait régné sur la Toscane.
(1) Quemadmodum Julius U moriens faeiendum esae monuerat. — FabroDi , Vita Leonis X , p. 8S.
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Les n^ociatioDS avec Tempereur avaîeut été oondaites si secrètement, qu'on ne les connut qu'après la signature du contrat. Désormais la Romagne était k Tabrr d'un coup de main : avant de s'en rendre maître , il aurait fallu s'emparer de Beggio , de Parme et de Plaisance. Au besoin , l'armée pontificale pouvait se porter de Modène sur Lucques , sur Pise , sur Florence , et couper ainsi les communications de l'ennemi avec Milan et la Lombardie. Grâce k Mathieu Schinner , dévoué de corps et d'âme au saint-siége , les Suisses étaient tout prêts k barrer le chemin des Alpes aux Français, s'ils avaient envie d'envahir l'Italie. En politique habile , et dans la prévision d'une nouvelle expédition contre Milan , le pape entretenait les dispositions hostiles du roi de Naples et de l'empereur Maximihen contre Louis XII ; pourtant il ne rompait pas avec la France ; seulement , k l'exemple de sou trisaïeul Cosme , il cherchait k tirer parti du maintien de l'équilibre européen au profit de sa puissance temporelle. La paix lui permettait de l'agrandir , de l'étendre et de fonder l'indépendance du saint-siége. Un seul Ëtat en Italie s'obstinait k contrarier les combinaisons du pontife; c'était Venise , qui non-seulement refusait de se réconcilier avec l'empire et Naples , mais restait fidèle a la France : or Venise et la France réunies pouvaient être maîtresses du monde; il importait donck Léon X de rompre cette alliance qui compromettait le salut des autres nations. Jules II eût agi tout autrement que Léon X. 11 aurait menacé dé sou courroux la république ; an besoin, il aurait pris cette épée qui allait si bien k ses mains, et Venise aurait eu peur, comme Mirandole, de la colère du pontife, et se serait décidée k se réconcilier avec les alliés de TËglise. Mais Léon X ne savait pas manier le glaive : la parole était l*arme dont il se servait dans ses négociations. Bemho fut
donc chargé de porter k Venise les propositions de Sa Sainteté.
Nous connaissons déjk le secrétaire pontifical , orateur disert , qui s'est pris de passion pour Gicéron, qui cadence ses phrases en vrai poëte , qui n'a souci que de ae jamais oifenser l'oreille par des sons inharmonieux, et qui croit avoir séduit celui qui l'écoute quand il a pu lui faire entendre sa mélodie de périodes sonores. Dans son voyage de Rome k Venise, l'ambassadeur avait eu tout le temps de préparer la harangue qu'il se proposait de lire au sénat. Son thème officiel était l'avantage d'une alliance offensive et défensive de Venise avec Léon X. L'orateur broda sur cet argument de collège des phrases qui , dans l'enceinte du gymnase romain, où professait Béroalde le jeune, auraient été accueillies par des murmures d'admiration, car elles sentaient l'antique. Bembo dérobait k Gicéron ce que tout écolier aurait pu lui voler> la période ou la forme ; mais la pensée ou la vie , il n'avait garde d'y toucher; c'eût été pour lui peine inutile que de l'essayer.
La harangue fut admirée des humanistes nombreux de Venise, mais elle fit peu d'impression sur les sénateurs (1), qui nourrissaient contre Rome de vieux préjugés apportés en partie de la Grèce par des Hellènes, ennemis de la suprématie du saint-siége. Nous nous rappelons Savonarole. Tous ces sermons éloquents mais passionnés, qu'il pronon- ^j .' '
çait en chaire contre la cour de Rome, traversaient bien vite la Brenta , et , recueillis k Venise par quelque sénateur enthousiaste, étaient bientôt imprimés et jetés k profusion dans les universités italiennes. De sorte que si jamais l'envie vous prend de posséder les œuvres complètes du moine de
(1} Gaillard , Hisf. de François 1", Introd., in-So, t. i , p. 1 1 1 .
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Saint-Marc, c*est a Venise et non point k Florence qu'il faudra les chercher. Le patricien vénitien de cette époque a beaucoup de traits de ressemblance avec notre parlementaire du dix-huitième siècle. U a peur de Tambition de la cour de Rome, et garde, dans un repos parfait de conscience, quelques places fortes que la république a volées k l'Église.
Le sénat ne répondit ofScielleroent au discours de Bembo qu*au bout de quelques jours (1). U s'épuisait dans sa réponse en protestations de dévoûment au saiut-siége, mais il refusait de rompre avec le roi de France, auquel il communiquait laharangue de Tarobassadeur : déloyauté qu'il est bien difficile de justifier (â). Uest probable que si la mort ne fût venue le surprendre, Louis XII eût rompu subitement avec le pape. On dirait que Bembo craignit de reparaître au Vatican; car, au lieu de retourner auprès de Léon X, il chargea son ami Augustin Beazzano de porter k Rome la déclaration de la république vénitienne, pendant qu'il s'arrêtait k Pesaro, auprès d'Émilia Pia et d'Elisabeth , veuve de Guidubald de Montefeltro, duc d'Urbin , et qu'il oubliait dans la société de ces femmes (3) sa malencontreuse ambassade. Nous sommes sûr que Jules II ne se serait pas contenté de l'excuse imaginée par le négociateur : il n'aurait pas cru vraisemblablement k la maladie de Bembo.
Pendant que l'humaniste essayait vainement de rallier Venise k la politique pontificale , survenait un de ces événements qui déjouent toutes les combinaisons. Louis XII mourait en janvier 1515, réconcilié avec Rome, après avoir reconnu solennellement le concile de Latran, déploré le schisme qu'il avait favorisé, et promis d'abolir la pragmati-
(1) Bembi Opéra , t. m , p. 492. — Roscoê , t. ii , p. 330.
(2) Ltgae de Cambrai , liv. iv, t. ii ,p. 37â.
(3) Bembi Op., loc. cit.
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que 6âB€liofl, source de si graves désordres datis l'Église de France.
Le prince qui lui succédaii , Fraoçois d'Asgouléme, était jeune , beau , bien fait , ami des lettres presque autant que des fenames , d'une vive imagination , d'un courage k toute épreuve, et avide de plaisirs et de gloire (1). On l'avait vu assister aux leçons d'Âlciati , écoutant attentivement les poétiques paroles que le professeur italien jetait jusque dans l'enseignement du droit , et , ravi comme tout l'auditoire, attacher sa chaîne d'or au cou du maître, en signe d'admiration. De toutes les conquêtes de Charles VIII en Italie, il ne nous restait que quelques hommes, Lascaris entre autres, qu^leduc d'Angouléme, le roi futur, avait pris sous sa protection. £n montant sur le trône, François I*' av^it. ajouté à tous ses titres celui de duc de Milan, que sa femme, madame Claude , comme héritière des droits de Louis XII, son père, lui avait transféré en échange du duché d'Anjou, que le monarque cédait \ madame Renée, l'autre 8Ue de Louis XII (2).
Les historiens de François 1^' se plaisent k décrire la jeunesse de ce prince. On le voit prêter une oreille attentive aux exploits de nos soldats en Italie, aux récits du siège de Brescia, de la bataille de Ravenne, et pleurer quand Gaston de Foix meurt si glorieusement , regretté de ses ennemis eux-mêmes (3).
Le titre de duc de Milan, qu'il venait de prendre , indiquait assez qu'il se chargeait de venger Gaston. Aussi jeune
(1) Hist. de François 1*% par Gaillard, t.i,Int., p. 36, Paris, 1819, in-So.
(2) Dumont, Corps diplomatique, l. iv, part, i, p. 177. — Lunig. Codex liai, diplomatlcus , p. 532. -GuIcciard.^St. d'il., t. ii, lib. xii. — Pauli Jovii , Hist. suitemp., i. xv.
(3) Ligue de Cambrai , I. iv,t. ii, p. 39G.
gue le duc de Nemours, il n'était ni moins brave, ni moins chevaleresque, et il eût donné volontiers sa couronne pour mourir aussi noblement que ce héros.
La conquête du Milanais Ait décidée ; mais il fallait que François cach&t ses desseins aux puissances chrétiennes. £n même temps qu'il organisait les préparatifs d*une nouvelle expédition en ItaUe , il leur faisait faire des ouvertures pour le rétablissement et le maintien de la paix (1).
Il voulut connaître les dispositions de la cour de Rome. Bqdé fut choisi pour ambassadeur auprès du saint-siége. Budé avait tout ce qui pouvait plaire a Léon X; il parlait h latin, comme Bembo, le grec comme Chalcondyle; il savait sa Rome antique comme Pomponio Leto , et en belles manières il aurait pu le disputer k Bibbiena lui-même. Tout récemment il avait imprimé un traité sur les monnaies du Latium (S) , œuvre d'antiquaire qui devait répandre 3Q0 nom en Italie ; et il travaillait k des commentaires sur H langue grecque, un de ces livres d'érudition qui demanderaieatt, ce semble, pour être composés, plusieurs siècles P9^ dans un couvent (3)«
; Budé fut accueilli du pape avec une extrême bienveillance ; il vit les humanistes de Rome ; il fut fêté par Sadolet , mais ne pi|t déterminer le saint-siége k s'allier ouvertement k François P'. Le roi croyait au succès de son ambassadeur, et plus aicore peut-être k la reconnaissance de Léon X , dont le cousin , le cardinal Jules , venait d'être récemment
[t) Léo, Hist. d'Ualie, 1. 1^ p. 559.
(2} De Asse et partibus eju8 librl quinque Gulielmi Budœi Parisiensis, secretarii régis. Paris., in chalcographift Ascen«ianft, ad Id. Martias, 1514, in-folio.
(3) Gommentarii lingus grœcœ, à Gulielmo Budaeo consiliario regio , sopplicamque libellorum in Regià magistro. Paris., ex off. Roberti Stcpbani.
nommé archevêque de Narbonne (1). 11 aimait les Médicis , et plus d'une fois il s'était montré disposé k servir les intérêts de cette maison. Il comprit, du reste, la politique du pape , qui reiiisaît d'unir ses armes k celles de la France , et qui préférait , 43omme père commun des fidèles , garder le beau rôle de médiateur et d'arbitre dans les querelles qui pourraient survenir entre les puissances du continent. Comme prince temporel , Léon X avait aussi ses devoirs k remplir. Si , dans la lutte qui se préparait, le vainqueur voulait s'emparer des villes de Parme et de Plaisance , que Jules II avait réunies aux États de l'Église ; rétablir les Bentivogli, qu'il avait chassés de Bologne; restituer au duc de Ferrare Modène et Reggio, qu'il lui avait enlevés; relever ces feudataires du saiut-siége, qu'il avait abattus; l'ombre du grand pontife serait sortie de son tombeau pour dire k Léon qu'il devait défendre le patrimoine de saint Pierre, en recourant aux armes. François P*" fut plus heureux en Angleterre et k la cour du prince Charles de Bourgogne , petit-fils de l'empereur Maximilien (2). A Venise, les vieux sénateurs , qui avaient k peine écouté l 'envoyé du pape , se décidèrent k renouveler l'aUiance conclue avec Louis XII. A Gênes, Octavien Frégose, qui devait la vie peut-être k l'intervention de Léon X , promit aide et secours au roi de France-.
L'attitude de Léon X n'avait rien de menaçant pour François I®', qui continuait ses préparatifs d'invasion en Italie. L'armée qu'il rassemblait dans le Dauphiné , et qu'il destinait k envahir le Milanais , était magnifique , bien plus belle que celle qu'avait conduite le roi Louis XII. Elle comptait 5,000 lances françaises, 26,000 lansquenets des
(1) Sadolel., Ep. pont., no 36. — Roscoë , t. ni , p. 7.
(2) Lco, Hist. d'Italie , t. i , p. 560.
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Pays-Bas, 10,000 Gascons et Basques , 10,000 fantassins français, 1,500 honames de cavalerie li^gère, 6 compagnies de reîtres italiens (1) , et 72 pièces de canon de divers calibres. Les officiers avaient fait leurs preuves dans les dernières guerres. Nous connaissons déjà ce vieux Pierre de Navarre, immobile comme un roc au milieu des balles et des boulets, dont il n'a guère été respecté, et qui, ne pouvant trouver la mort sur le champ de bataille , tomba prisonnier dans les mains des Français k Ravenne. A Tavénement du duc d'Ângouléme k la couroime, Navarre appartenait encore U Longueville , qui Tavait reçu de Louis XII, et qui en demandait 20,000 écus d'or, destinés k payer une partie de la rançon k laquelle le duc avait été taxé lui-même en Angleterre (2). Le roi d'Espagne marchandait, François !•' les oilrit ; mais le capitaine voulait donner la préférence k son maître. Le roi continuait de marchander; François compta la somme (3) , et , quitte désormais envers son souverain , Pierre de Navarre tendit la main au roi de France , auquel il jura fidélité. Sa parole valait tout l'or que Christophe Colomb avait trouvé en Amérique, et son nom plus que la rançon qu'on avait payée pour sa liberté. Ce nom était connu surtout parmi les Basques, qui, au premier appel de leur ancien
(1) Fr. Guicciardini , St. d'ital., t. ii, lib. xii. — Pauli Jovii, Hist. sui temp., lib. xv.
Une lance comprenait, indépendamment de l'homme d'armes\ les cavaliers plus légèrement armés qui lui étaient attachés : en France, la lance fournie était de cinq à six chevaux; en Italie, la lance fut d'abord de deux chevaux , puis de trois. — Corlo , p. 437. — Hallam , l'Europe au moyen ftge, t. n , p. 1G3 , note.
(2) Henri deSponde, Continuation des Annales de Baronius, traduite en français par Pierre Goppin. Paris , in-folio , 1654 , t. ii , p. 751.
(3] Mémoires de Martin du Bellay ,1. i , p. 47. — Ânonimo Padovano, presso Muratorl, ÂnnaD, ad ann. 1515. — Siraonde vSismondi, Hist. des Rép. It., t. XIV, p. 356-357.
cheif (1) , descendirent de leurs montagnes, au nombre de près de 10»000, et vinrent se ranger sous son étendard. Les autres capitaines étaient tous des militaires renommés. Le duc Gharies-Egmond de Gueldre commandait les lansquenets ; Tavanes, cette terrible bande noire, la terreur de rennemi , auquel elle faisait rarement quartier ; le duc de Suffolk , le comte de \\f olf-Brandeck et Midiel d'Oppenberg marchaient ^ Tavant-garde (S). La Trémoille et le maréchal de Lslutrec étaient k la tète de la chevalerie; le duc d'Âlençon conduisait l'arrière-^ garde. Infanterie, cavalerie, artillerie, se trouvèrebt réunies k jour fixe k la lisière du Dauphiné, prêtes, au signal du prince , k s*â)ranler pour envahir l'Italie , pendant qu'une flotille, qui portait 400 hommes d'armer et 5,000 fantassins, longerait les côtes de la Méditerranée et s'avaùficerait k pleines voiles sur Gênes.
Les moments étaient précieux. Mathieu Schinner, qui avait prêté sa maison de TËsquilin k Léon K pour y loger les humanistes, était en ce moment en Suisse, occupé k surveiller les mouvements de Tamiée française. Il avait conçu un projet hardi , dont il s'était hâté de faire part k l'empereur : c'était de se jeter en France avec tous ses montagnards, pourvu qu'il eût la promesse d'être soutenu dans cette fabuleuse irruption. Schinner était si sûr de lui et de ses Suisses, qu'il ne demandait que 5,000 chevaux pour appuyer son invasion. L'empereur les lui reftisa (5).
Au premier bruit de la marche des Français, Léon X s'était empressé de conclure avec le roi d'Espagne et l'em-
(1) Franc. Belcarius Metensis episcopus, Rerum Gallicarum Gommentarii. Lugduni, 162ô,in-foUo, p. 438.
(2) Mémoires de Flearanges, iiv. xvi. — t^aaii Jovii , Hist. sui temporis , 1. XV.
(3) Archives pour l'Histoire de la Suisse, publiées par M, Escheret J.-J. Hottinger, t. i , p. 23 et 24.
pereur d'Allemagne une ligue défensive et offensive. Les alliés faisaient de sérieux préparatifs de défense. Le péril était grand, pour le saint-siége surtout; car, maître de Milsm , François 1^ voudrait nécessairement reprendre Panxie et Plaisance, que Jules II avait enlevés aux Sforce (1). Il fallait sauver ces conquêtes. Léon X fut Fàme de la confédération italique, oii le danger commun réunit bientôt, oatro les monarques que nous venons de nommer, les ducs de Plorence et de Milan (â) . Le pape donna le commandement de ses troupes k Julien , son frère, après avoir béni les drapeaux ^ le bâton du général. Julien partit pour Milan , Acoompatgné de la noblesse des deux grandes maisons ro- '^^ù^^s si longtemps ennemies du saint-siége, mais réconciliées avec l'Église depuis l'avènement de Léon X au trône, 6^* qtmi allaient gafment verser leur sang pour un mattre V^ elles avaient fait trembler autrefois.
ï-si confédération ne fut pas heureuse. Au premier bruit ^ 1^ marche des Français, Milan se souleva et chassa ^^^^imilien', vieux général, sous la tutelle des Suisses, que, ^^ sa pénurie affreuse , il était obligé de payer en fausse . ^^^aie qu'il faisait frapper exprès pour mettre un terme ^^^ murmures qui l'étourdissaient (3). Octavien Frégose , %JSC^^ avoir encore aperçu du môle de Gênes les voiles francises, se dépouilla de son hermine dogale, prit le titre de gouverneur de la cité au nom du duc de Milan, François I*' (4), et ouvrit le port et les portes de la ville.à Aymar de Prie, qui s'empara bientôt d'Alexandrie , de Tortone et d'Asti (5).
(0 Paul Jove, Vie de Léon X, en français. Paris, 1675, in-12, p. 260.
(2) Muratori , Ann. d'il., t. x, p. 113. — Roscoë, p. 19, t. m.
(3) Archives d'Escber et Hottinger , p. 34.
(4) Fabroni , Yita Leonis X, p. 88.
(5) Ligue de Cambrai , 1. iv, U ii , p. 418. — Muratori , t. x , ad ann. 1514, p. 113.
Prosper Colonne , le capitaine le plus expérimenté de son temps , qui s'était vanté de prendre comme au trébuchet ces beaux oiseaux (1) qu'on nommait Français, tombait , au moment où il allait s'asseoir pour dfner , au pouvoir de ces oiseaux , qui' étaient de la nature des aigles.
Car ils avaient franchi les Alpes comme s'ils eussent eu des aUes. Les Suisses nous attendaient, l'arme au poing, sur la route de Grenoble k Suse. Les autres chemins n'étaient praticables que pour l'ours des montagnes , hérissés et coupés qu'ils étaient de rochers , de torrents, de précipices, de neiges et de glaces. £n moins de huit jours , les rochers étaient abattus, les précipices comblés , les torrepts mis à sec, les neiges fondues, les glaciers abaissés, et nos 72 pièces de canon , avec leurs affûts, portées k dos d'homme , traversaient des solitudes oii jamais le pied d'un homme ne s'était posé. On croit Ure un récit des Mille et une Nuits. Tout a coup, quand il u y a plus qu'un pas k faire pour entrer en Italie, dont on aperçoit déjk le ciel lumineux, un roc de plusieurs centaines de pieds se dresse devant les Français. Navarre, l'Espagnol, se charge de le reconnaître. U aperçoit dans les flancs de la montagne une ligne bleuâtre qui la traverse en zigzag : cette ligne est trouée , remplie de poudre; le roc saute en l'air avec une explosion affreuse, et se partage en deux , laissant un libre passage aux assaillants : l'Italie était conquise (2).
(1) Corne gU pipioDi neUa gabbia. — Brantôme. — Guicc, lib. xii.
(2) La marche des Français a été admirablement décrite par un bistorien contemporain.
Sequenti die In Barcelloniam vallem descensum. Ea ingentibus saxis et iniquissimis collibus interpositis impedita magnam rerum desperationem offerebat. Nam ligonibus dolabrisque proscindere saxeos colles , exsqaare crepidines, et quum nullusper dirupta equorom usus foret, subjectis militum humeris tormenta transvehere necesse erat. Interdum ea magnis funibos ad scopaios et stipites arborum circumductis suspendebantur, et versatilibus machinis ergatarum et trochfearum
Prosper Colonne restait tranquille k Carmagnole, avec cinq cents hommes de toutes armes. Un détachement de l'armée française, après avoir traversé TArgentière, longé la vallée de la Stura jusqu'à Rocca Sparviera , prend un sentier de mulets, entre dans la vallée de Grana, atteint Savigliano, et va se heurter contre Carmagnole. Colonne, averti par les coureurs du cardinal de Sion y se met en route pour rejoindre les Snisses k Pignerol. Entre lui et l'armée française est un fleuve qui nulle part n'est guéable : c'est le Pô. Il s'arrête donc un moment k Villefranche pour faire reposer ses soldats ; Ik, après avoir posé des sentinelles aux portes de la ville, 11 se met k table avec ses officiers, quand tout k coup Bayard , la Palice , Imbercourt , d'Âubigny , qui avaient pénétré en Italie par Briançon et Sestrière, entrent dans la salle du festin et font prisonniers tous les convives. Le malheureux essaya de se justifier, t Que voulezvous? ) disait-il dans un miénooire qu'il publia; c j'en prends Dieu k témoin : le passage par oh pouvaient pénétrer les Français était gardé par les Suisses ; le seul fleuve qu'ils pouvaient traverser était gros de neiges récemment fondues : on prévient des hommes, on ne prévient pas des miracles (1). »
Quelque chose d'aussi merveilleux que cette expédition k la manière des oiseaux de proie , c'est la frayeur qui saisit chacun des alliés du saint-siége. Maximilien l'empereur laisse Raimbnd de Cardonne se morfondre k Vérone , dans
artificio de rupe ad rapem , intercèdent! bas profundi^simis vallibus , cnm samma admiratione totius exercitûs trahebantur. Nonnullis etiam in locis nudaram rupium latera , ubi via deerat, suppositis tibicinibus, interjectisque longuriis muniebant, et insuper injectis stratisqae vlrgoltoram fascibus , cespitibus ac glebls , pensiles vias transeantibus curribus parabant. — Paul. Jov. Histor. sui tempori?. Lutetl» , in-fol., 1658, p. 169.
(1) Gaillard , Histoire de François I«r, t. i, p. 176.