‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 26 sur 61 · L*H1ST0IRE · texte numérisé non relu

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ses deux prédécesseurs, en le nommant président de la Romagne.

Quelque temps avant de mourir , Guichardin fit appeler un notaire auquel il dicta ses dernières volontés. Gomme le moribond gardait le silence sur Thistoire qu'il laissait en manuscrit , le notaire lui demanda ce qu'il fallait en faire. — La brûler! répondit Guichardin (1).

Les intentions de l'auteur ne furent pas exécutées , heureusement pour la gloire de son nom et de l'Italie. L'ouvrage, qui ne contenait d'abord que seize livres, fut imprimé par A. Guichardin , neveu de l'historien , en 1561 . II y manque un grand nombre de passages et des chapitres entiers , entre autres celui qui a pour titre Des Droits du saint-siége sur Parme et Plaisance (2) , que l'auteur vraisemblablement n'aurait jamais publié ^ et que des éditeurs ennemis de la papauté ont rétabli dans les éditions postérieures II y avait dans cette âme , si belle, si noble, un vieux levain de haine, non pas contre le souverain « mais contre la cour de Home. En lisant quelques-unes de ses lettres , on surprend dans Guichardin de petits mouvements de vanité indignes d'un homme pareil. U est possible qu'il ait pensé que la papauté n'avait pas assez généreusement (5) payé les services qu'il lui avait rendus ; de Ik des boutades d'humeur contre Léon X, et même contre Clément YII : c'est une faiblesse qu'il a

(i) Qui cùm historlam illam suatn tantopere nanc omnibus probatam, imper fectam ac minime expoiitam reiioqueret, mandaverat diligenter , ut occultaretur vei potius interrogatus à scribâ dum testameotum componeret, quidde illà statueret; magno et constanti anime respondit ; Comburatur. — Ep. Rucellaï Pielro Vettori.

(2) Istoria del dominio deila santa sede sopra Parma e Piacenza. — Fontaniai, délia Eioq. Ital., p. 091-592, Roma, in-4o, 1136.

(3) MoiU furono i beneflcj e gli onori che dalla santa sede otteone il Gnicciardioi ; ma forse non ne otteone tulti quelli che a lui pareva di meritare. — Font., Bibl., t. ii, p. 212.

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rachetée bien souvent par l'expression d'une franche adoQiration pour les vertus de ces deux grands pontifes.

Il est presque aussi difficile de se défendre de la flatterie que de la malignité : quelquefois la malignité n*est qu'une flatterie déguisée envers un parti. En niant les droits du saint-siége sur Parme et Plaisance, Guichardin croyait faire sa cour aux Florentins , aux Vénitiens , li tous ceux qui feignaient d'avoir peur de l'ambition de la cour de Rome. On lui reproche d'avoir parlé en termes trop amers des Français (1) : nous concevons la haine du républicain contre l'étranger; mais nous ne voudrions pas "qu'elle l'aveuglât au point de ne lui faire voir dans Charles VIII qu'im prince difforme (2). Bezzuoli, le grand peintre de Florence, est tombé dans un excès contraire : il a donné à ce monarque une véritable tète grecque.

Juste Lipse a accusé Guichardin de prolixité (3) . Le récit de la guerre de Pise est d'une longueur démesurée; Boccalini en a fait une critique ingénieuse , en feignant que le sénat de Laconie imposa comme châtiment à un Spartiate qui avait employé trois mots quand deux auraient suffi , de lire en entier cette description , supplice auquel il préféra les galères (4).

Mais que «ont ces taches , comparées aux beautés dont étincelle son histoire? Nul parmi les anciens n'a semé sa narration de réflexions plus profondes : Guichardin est un

(1) Ei non dimostra una ieale imparzialità istorica raglonando di Francesi , ili Francesce della Rovere , deUa corte di Borna e di suoi conciitadini addetti a partito diverso dai suo. ^ Cornîani» I. c, t. iv, p. 195.

(2) La Popelinièrc, Histoire des histoires , I. vui.

(3) Vitia duo propria hujus œvi non effugit , quôd et jasto longior est et qiièd minutlssima quœqae narret parùm en lege aut dignitate iiistoriœ. — Lipsias in notis ad 1 lib. Pol.^cii. ix.

(4) Boccalini , Bagguagii di Parnasso. Cent, i, ragg. vi.

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historien philosophe qui exerce la raison encore plas que Timagination. L'étude des lois lui a donné du calme et de Taustérité; on s'aperçoit aisément, en le lisant, qu'il a suivi Savonarole au couvent de Saint-Marc , car il fait k chaque instant intervenir la Providence dans la conduite des choses humaines. Gomme il à vécu sur le champ de bataille, au sénat, au milieu du peuple, parmi les grands, il a sur ses rivaux une incontestable supériorité : il parle avec connaissance de cause de toutes les matières qu'il traite^ Nourri des écrivains antiques , de Tite-Live surtout , il aime avec trop de passion la harangue : quelques-unes de celles qu'il met dans la bouche de ses personnages sont de véritables chefs-d'œuvre. On cite surtout celle de Gaston de Foix av ant la bataille de Ravenne ; elle n'a qu'un défaut, c'est d'être trop longue. A vingt-quatre ans , quand on est Français et qu'on a devant soi l'ennemi , on ne perd pas son teiQQps k faire des phrases. L'antiquité a porté plus d'une fois malheur aux historiens de la renaissance. Ce malheur était inévitable.

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