‹ Histoire de Léon X et de son siècleChapitre 28 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

â74 POÉSIE . — POÈTES.

la Vierge, et oii plus tard Ange Poggibousi érigea au poëte un magnifique mausolée sur lequel Bembo (1) écrivit ces deux vers :

Da sacro ciaeri flores ; hic ille Maroni Sincerus mùsâ proxiinas ut tamulo.

Ne troublons pas les cendres du chantre de TArcadie en lui reprochant une épigramme contre Léon X , c qu*on aura glissée Airtivement, dit Fontaniui, avec quelques autres peut-être, dans les œuvres du poëte. Le courtisan, jnsqu'k la mort, d'un roi déchu, n'a pu calomnier L^n X , son protecteur (2).

M.-ÂïtT. Flaminio.

A Seravalle on citait un professeur de belles-lettres distingué, Jean-Antoine Zarabini, qui se faisait nommer Flaminio depuis qu'il avait été reçu membre de Tacadémie de Venise (5). Pendant la guerre qui désola l'Italie, après le traité de Cambrai, Jean-Antoine fut dépouillé de ses propriétés et chassé de sa patrie. Le cardinal Riario vint au secours de rhumamste, en ouvrant sa bourse au proscrit. Jules II fit mieux : il lui rendit Seravalle (4). Or Flamiuio

(1) Il y a une lettre charmante de Bembo à Sannazar, datée de Venise , 150Ô» qu'on trouvera danà le Recueil latin des épitres du cardinal, lib. IV, p. 144. Venise, 1552.

(2) Fontanini , BibU ital., t. i,p.453.— Sur Sannazar, outre Salfl, Comiani, Tiraboschi, on consultera LU. Gregor. Gerald., Dialog. de poetis sui svi ; P. JoTius in Elog. Act. Sine. Sannazari ; de Balzac , Dissert, sur la tragédie d'^^rodtf de Dan^ Heinsius ; Rapin , Réflex. sur la poétique, 2* part.; Olaus Borrichius, Diss. tertia de poet. lat.

(3j Tiraboschi , t. vu, parte 4, p. 1408. — Jean Ang. Gradenigo a écrit la vie de J. A. Flaminio, qui a été insérée dans la Nuova Racoolta d'Opuscoli , etc.

(4) Tirab., t. vu . p. 1409.

avait un fils, Marc-ÂntoiDe, auquel il dit un jour : c Pars, mon enfant, non pas pour une ville obscure, mais pour Rome; va trouver, non pas un pontife ordinaire, mais Léon X , le prince le plus éclairé du monde , et porte-lui ce poëme, que je viens d'écrire pour exhorter Sa Sainteté k faire la guerre aux Turcs; porte-lui nos sylves, que j'ai dédiées au cardinal de Sainte-Marie m via latà (1). > Le jeune homme partit.

Supposons que l'enfant , il n'avait que seize ans , se fût présenté au palais de l'empereur d'Âllemape, du roi de France, du roi de laGrande-Bretape, de Sa Grâce l'électeur de Saxe, il est probable que la garde lui en eût défendu l'en- Xvét; mais le pape , c'est-k-dire le plus grand monarque de l'époque, ne ressemble pas aux autres souverains. Le Vatican s'ouvrit donc k Marc-Antoine Flaminio, qui se mit k lire, en présence d'un grand nombre de cardinaux , le dithyrambe contre les Turcs.

Le pape voulait garder l'enfant, dont il se proposait de confier l'éducation k des maîtres habiles ; mais on ne put vaincre l'obstination du père. Marc-Antoine, rappelé, fut obligé de quitter Rome; il y revint bientôt, et cette fois avec un bagage poétique tout personnel. Le pape était alors k sa villa Magliaua , oii Flaminio lui fut présenté de nouveau : c Nous nous reverrons k Rome , mon ami , dit Sa Sainteté k l'écolier (2). > Léon X voulait jouer le rôle de précepteur, et s'assurer si Flaminio comprenait les vers aussi bien qu'il les lisait. L'épreuve eut lieu, et Flaminio s'en tira glorieusement. Il répondit aux questions de Sa Sainteté avec une présence d'esprit , une sûreté de goût , un choix d'ex-

(1) Neque ad Ântistitem aliquem gregarium, sed totius terrarum orbis principem et virum doctissimom Leonem pont. raax. — Joann. Ant. Flam., epist., inpP' M. A. Flam. ap. Gom., 1727, in-8o, p. 296.

(2) Tiraboschi, t. vu , parte 4 , p. 1411.

pressions qui ravirent l'assemblée. Le pape , puisant k pleines mains des ducats d'or dans cette bourse qu'il portait toujours à ses côtés , s'écria :

Macte nova virtute, puer, sic itar ad astra.

« Tu seras un jour, ajouta-t-il , non-seulement la gloire de ton père, mais l'ornement de l'Italie (1)! > Cette fois le père n'y put plus tenir : il céda son fils k Léon X , qui lui donna pour mattre Raphaël Brandolini (2). A partir de ce moment^ chaque jour se vérifie de plus en phis la prophétie du pape : l'enfant croit en sagesse et en talent ; il a pour amis encore plus que pour protecteurs le comte Balthasaf Casliglione, le seipeur le plus accompli de son siècle; Jean-Mathieu Giberti, évêque de Vérone, qu'on est sûr de trouver toutes les fois qu'une jeune muse a besoin de guide; Sannazar, le chantre de la Vierge; Fracastor, peut-être le premier latiniste du siècle : k dix-huit ans.il publiait des poésies , qu'il mettait sous la protection et sous le patronage d'un humaniste célèbre , Michel Marulli. Le pape voulait fixer k Rome ce jeune homme, dont il avait prédit les succès , et qui relevait un véritable talent par des mœurs virginales. Marc-Ântoine aurait aidé Sadolet dans ses fonctions de secrétaire de Sa Sainteté (3), poste brillant qu'aurait envié Sannazar lui-même , et que notre poète refiisa pour ne pas désobéir k son père. Après la mort de j€an-Ântoine, il ne put plus résister aux instances des car-

(1) Video enim te magnum tibi oomeo comparaturam , ac non genitori et generi tao solum , sed et toti Italiœ ornamento futarum. — Joann. Ant. Fiam., in op. M. A. Flam., p. 297. '

(2) Mazucchelli, Scrltt. dital., t. vi, p. 2019. — Ginguené, Biograph., art. M, A, Ftaminio.

(a) Uoscoê , t. III , p. 339.

dinaux , qui voulaient s'attacher le poëte qu'aimait Léon X. Contarini le choisit pour l'accompagner k Worms , au fameux congrès religieux qui se tint dans cette ville en 1540, et oh Flaminio se serait trouvé k côté de Mâanchthon et de Calvin ; mais il souffrait de cette maladie de poitrine que Tair tiède de Naples avait une fois guérie (1). Plus tard, nous le trouvons k Trente en compagnie du eardind Régindld Pôle, et toujours le même, cachant sa vie, aimant Tombreel la solitude, et refusant la place de secrétaire du cocteile qu'on lui offre k plusieurs prises, c Ange aux moeurs d'or, » a dit TiraboscM , que le (M'otestantisme jaloux voudrait , mais en vain, nous disputer, car il nous appartient a tous les ttlres : par sa soumission filiale surtout k l'Eglise sa sainte mère.

N'en croycms pas M. Sismondi (2) : la mélancolie, diez les Itàms , n'est pas toute dsms Timagination ; Flaminio étoit poète par le cœur (3).

Nul , parmi les écrivains de la ronaissanee, n'a «u comme lui peindre les peines de Time. Il a des traits de mélaiMlie que Goethe ne désavouerait pas , comme dans ce petit tableau oii il montre son cosur consumé par la doijdeùr, ainsi que l'olivier par le feu (4). Et peut-être ne trouverait-on pas dans FoBuvre eu mattre hollandais le plus fini deux têtes d'une grâoe aussi ravissante que celles de ces deux jeunes filles , Tune qui sourit et l'autre qui pleure, chantées par Flaminio (5).

(1) roir son élégto : Pausilippi colles» etc.

(2) Hist. litt. da midi de l'Europe , t. ii , p. 2U • in-So, 1813.

(3) ^oyezycomm^ preuve, son élégie sur le sommeil, insérée dans les Delitiœ poet. ital.

(4) Nunquam remittit anxius dolor, nunquam Meos ocellos recréât quies dulcis.

Ut pinguem olivam lentus ignis absumit , Sic cor misellum et cura saeva mœroque.

(5) VidisUnitidas per candida UUa gottas

I^dere , cùm teoui decidit imber aquà?

; FerRBRI. — POSTUMO. — GoLOGGI , ETC.

Lisons les biographes de Léon X, le plus complet de tous, Roscoë ; qu'ont-ils cherché k nous faire connaître? le souverain presque toujours, le pape bien rarement. Dans ce long cortège de lettrés qu'ils font défiler devant nos yeux, qui donc aura consacré sa lyre k Dieu ? ils ne nous le disent pas; en sorte qu'on prendrait le Vatican beaucoup plus pour un temple païen que pour la résidence du vicaire de Jésus<]!hrist. Et pourtant la prière a parmf ces illustrations poétiques plus d'un heureux interprète.

A quelques pas de Lyon , k l'endroit où les eaux bleues et vertes du Rhône et de la Saône se mêlent sans changer de couleur, court une colline toute verte au prmtemps, tout odorante au mois de mai , et çk et Ik trouée de grottes naturdles que tapisse une mousse luisante. C'est dans une de ces cryptes qu'au murmure d'un filet d'eau tombant des parois de la montagne , un poète rêvait k la faute qu'il avait commise k Pise en se mettant au service du schismatique Garvajal. C'était Zacharie Ferreri , qui tout k coup apprit que le cardinal de Médids venait d'être nommé pape. Alors

Et rorem de puniceis BtUlare rosetis

Gùm spirat nascens frigora blanda diesP Hœc faciès , hœc est LigurinsB flentis imago.

Aspicis ut Isti sargunt per gramina flores , Explicat Qt Tirides arbor ubiqae comas ; Ut meliùs ftilgent soles ; ut nubila cœlo

Diffugiunt, terris diffagiuntqne nives?

Hœc faciès , haec est Lidia rideotis imago.

Delitiœ ital. poeL, iii-16, 1. 1, p. 1016-1017. M.-Ant. Flamioio a mis en vers trente psaumes. De Thou dit, au sujet de cet ouvrage : « Divinam Davidicorum psalmorum mcgestatem pri^ mus inter suos, eum aliquft laude , latinis yersibus expressit. •

Jf.0

il n'a plus peur : il reverra Tltalie , il obtiendra sa grâce ; car il n'est pas possible que le souverain pontife , qui lui aussi a vécu dans Texil, ne pardonne pas au proscrit , quand le proscrit se repent en vers latins (1).

Ferreri, qui tantôt, étendu sur uu lit de mousse, célébrait dans un poëme de mille hexamètres , fruit de trois journées de travail, selon Alex. Lelio, le bonheur du genre humain , auquel le ciel avait donné pour pontife LéonX , venait de quitter Lyon pour se rendre k Rome. Le pape s*était plaint bien souvent de la barbarie des hymnes qu'on chantait dans nos églises , et oii la quantité n'était pas même respectée (â). U pria Ferreri de corriger, et au besoin de refaire nos chants sacr&. Ferreri se chargea de cette œuvre difficile, et chaque semaine il venait réciter k Léon X. quelques pages d&son travail (3), nous n'oserions dire de son inspiration. En lisant les hymnes sur la fête de la Transfiguration, sur la sainte Trinité, sur la Vierge Marie, on comprend les éloges que Léon prodiguait au poëte (4). Toutefois nous doutons que Sa Sainteté eût laissé publier le recueil de Ferreri tel qu'il parut k Rome^ en 1525. L'auteur était un Bembiste qui cherchait toujours ses images dans les odes d'Horace » et ne s'occupait de TÂn-

(1) Zachari» Ferreril Yieentinl, Lagdanense somnium de Leonis X P. M. ad Sammum Pontiflcatam divinâ promotione. -^ Carm. ULpo«t. ilal., t. IV, p. 2Î0 , Florentis, 1719, in-8o.

(2) Vides , mi lector , quos passim canunt ia templis hymoos , uti sunt omnes ferè mendosi , ioepti , barbarie referti , nullàqae pedum ratione, nallâ syliabarum mensurâ composfti. — Préface des Hymnes de Ferreri, signée par Marinus Becichemus Scodrensis, Patavina Âcad. Rhetor.

(3) Zachar. Ferrerti , Vie. Pont. Gardiens., Hymni novi ecciesiastici , iaxta veram metri et latinitatis normara. — On Ht à ia tin du voi. in-8o : Impressum Romœ hoc divin um opus^aedibus Lud. Vicentini et Laalitii Perusini. Kai. feb. 1526.

(4) Singulos quidem hymnos prout à me quotMie prodibant , legit ac probaYit. — Pref.

cien et du Nouveau Testament que pour y trouver le mystère ou le thème.

Il faut voir avec quel bonheur Léon X sait répandre ses bienfaits ! Ferreri méritait sans doute une récompense : il le nomme d'abord k l'évêché de Guardia , dans le royaume de Naples, et plus tard, en 1520, il l'envoie en qualité dénonce apostolique en Allemagne , parce qu'il sait le zèle que déploya Zacharie au conciliabule de Pise , dont il était le secrétaire (1). C'est une triste page dans la vie de l'écrivain, mais qu'il a bien expiée depuis par sa soumission k l'Église. Pourquoi tenir k l'écart un enfant indocile qui avait eu le malheur de contrister la vieillesse de Jules II , mais qui se repent et pleure ? Si Ferreri eût voulu se réconcilier avec Jules II , le pape aiu*ait oublié les égarements du secrétaire de Garvajal, mais il ne lui aurait peut-être pas donné une ambassade. Un poète , Postumo , qui n'avait point é^gaé Jules II, et qui s'était même bravement battu contre les troupes pontificales dans la guerre avec les Bentivogli , obtint son pardon au prix d'une élégie (2). Il est vrai que Télégie était écrite en beau latin.

Postumo reparaît dans la querelle de Léon X avec Gnidubald, fils de François-Marie, duc d'Urbin , et, comme sôus Jules II , il en est quitte pour implorer en vers son absolution . Seulement, en habile courtisan , il a soin de comparer le doux repos dont jouit l'Italie sous Léon X, avec l'état de la Péninsule sous le règne d'Alexandre VI et de Jules H. Or, conunent récompenser et les vers et le repentir du poète? Postumo habitait k Pesaro une vieille maison dont il avait

(1) On conserve au château Saint- Ange les actes du concile de Pise , écrits sur parchemin, et où se trouve la signature de Ferreri. — Ah. Marini , degli Archiatri pontefici , 1. 1 , p. 245.

(2) Ad Julium secundum Pont., ut subjectis et victis parcat hostibus. — EL, lib. i, p. 15.

POÉSIE . — POÂTJBS. 281

hérité de ses pères , et qui tombait en ruine. Léon X la fit relever» et l'écrivain de s'écrier qu'Amphion vient de faire un nouveau miracle ; car, aux sons d'une lyre, sa maison , k lui poëte, est sortie de terre. Cette fois* la comparaison, toute païenne qu'elle est, ne peut être Uâoiée^ même dans m chrétien célébrant le miracle opéré par le vieaire de Jésus- Christ (1).

Sur le chemin de Rome k l' Acqua-Vergine (2) , André Colocd, qui changea son nom en celui de Cdotius Bassus, avait une villa remplie de débris antiques. C'est Ik que se rassanUaient les archédogues. Le maître de la maison , désigné souvent sous la double épithète de SanetUsimui et de Doclissimus , avait recueilli les restes de l'Académie romaine , dispersés depuis la mort de Pomponio Leto. 'Assis sur des dppes , des tronçons de colonnes , des fragments de corniches, œs savants, dont plusieurs étaient cardinaux, dissertaient, dans ce musée en plein vent , tantôt sur la leçon d'un manuscrit, tantôt sur un passage de Vitruve, tantôt encore sur les vers de quelque poète arrivé la veille k Rome. Colocci y lisait quelquefois des élégies pleines d'une grâce toute catullienne (3). Or le poëte avait eu l'honneur d'adres^

(1) Pro citham merif48 trtbuit Léo maxlmas anrum , JosBltet hlQC vatl tecta nitere sol.

Quippe Amphionii non flcta est fabula mûri, SI domns faœc blands structa canore lyrae est. — Guidi PoHhumiSyhfêttri eUg,, lib. i , p. 7, éd. Bon.'lSdi. (3) Oortall Golatiani ad A(iuam Virgisem siti , suixim& Tetutoram monqmentorum copia instructissimi , quœ primis illis temporibas quibus antiquitatis studinm capot extollere cœpit, un us Ângelas Golotius smcUBsimus doctissimusque vir, eo In loc* sumaft cum diligeoliA bine Iode coUeglt, magnaio mUU Inscriptioatom rnHUttodinem soppedit&ront. — On. Panv. Fast., 1. ii. Apod Ubaldini , Vita Col., p. 31 .

(3) Le poésie latine de! Colocci sono, per eleganza, per grazia, uguali a quelle de' più colti poeti di questa età. — Tirab., t. vu, p. 1350.

ser une pièce de vers k Sa Sainteté. La récompense ne se fit pas attendre : quatre mille scudi (1)» que l'auteur employa sur-le-champ k l'achat de statues nouvelles et de marbres nouveaux. C'était de l'argent bien placé. Léon X ne se crut pas quitte envers Golocci : il lui donna la survivance de Tévéché de Nocera.

Postumo y Golocci et la plupart des poètes faisaient partie des soupers littéraires de Bembo ; c'était un véritable Parnasse que la table du secrétaire pontifical , ou les dieux étaient extrêmement mêlés. Grâce aux contacts journaliers des intelligences, l'humaniste change insensiblement de nature et cesse d'être disputeur. La satire disparaît des livres ; si vous voulez la trouver, il faut la chercher sur la statue de Marforio. L'ironie vit bien encore, mais fine, enjouée, et point sanglante comme autrefois k Naples et k Florence. Bemi et ses disciples nombreux s'amusent aux dépens del'hu- i^e manité, mais jamais de l'homme. Le nom propre est banni -k du pamphlet. Savonarole, m ce moment , n'aurait fait qu'une ^^ médiocre sensation k Rome , oii sa parole , sans cesser d'être ^ éloquente , aurait passé pour trop amère et pour injuste assûrement. La vie du lettré, c'est une remarque qui n'a point ^^ échappé k Roscoê, est honnête, décente ; ses écrits ne sont ^c pas déshonorés par l'insolence ou l'obscénité. S'il vous prend ^^ envie jamais de connaître les poètes que Léon X recevait au Vatican , vous serez émerveillé de cette chasteté de style qui règne dans leurs écrits. Pour plaire k leur illustre maître, ils chantent tout ce qu'il aime avec passion : la paix dans la cité, la paix dans le ménage , et la paix aux champs. II n'en est pas un seul , et le nombre en est bien grand , qpii n'ait dans son recueil quelque bel hymne k Dieu ou k la Vierge. Quand on prend pour sujet d'un poème Jésus sur le Golgo-

(1) LanceUoti, Vita di A. Golocci.

tha, ou Marie k Bethléem, c'est que le siècle est religieux. Il est incontestable qu'une révolution s*est opérée dans les mœurs de la société romaine depuis l'avènement au trône de Léon X. Les grandes familles des Ursins et des Colonne, qui, sous Alexandre VI , nous donnaient trop souvent le spectacle des luttes sanglantes , ont fait trêve k leurs querelles (1 ). Ce qa'il leur faut k cette heure , ce sont des statues, des livres, de monuments, des médailles, des tableaux; la richesse a cessé d'être un titre k l'admiration , si celui qui la possède ne sait pas, comme Ghigi , s'en servir pour glorifier les lettres. Le peuple lui-même prend part k ce mouvement intellectuel, qu'Q admire et comprend; et nous le voyons fermer ses ateliers pour entendre un temal qu'improvise Accolti (2) , ou pour aller au Vatican admirer une fresque de Raphaël. Si , sous Léon X , la peinture avait eu le tort de déserter la voie mystique du mattre ombrien , du moins on ne peut lui reprocher, dans les grandes œuvres que lui commande la papauté, d'avoir sacrifié au paganisme , ainsi qu'on le faisait encore k Florence.

(1) Dicam et aliad sancts tus pacis opas inanditum, Dedadmas de inore senatores. Urbs omnis Colamnensem comitatur : yentum erat ad Golumnensium domam diyite gaza et festâ fronde cultam ; ecce ipparent port» ornamenta , abi yidiiniiB utriusque seDatorls insignia CniDoram atque GolanmeoBiain , quo spectacnlo nihil à multis ssBcalis Tidit urbs Roma gratior. — Egidius Viterbiensis. 9) ArioBto, Cri. fur., cant. xlvi, 5, 10.

CHAWTRE XV.

Page 1