CAUSES DE LA UEFORME
c*est-k-dire établi par Teinpereur. La sentence rendue, il fallait la faire exécuter ; et c'est alors que la volonté impériale éprouvait le plus de difficultés; tellement, que le souverain , pour ne pas voir son autorité méconnue , était obligé d'abandonner le rôle de juge pour prendre celui d'arbitre (1).
Il faut rendre justice aux efforts de Maximilien I«' pour améliorer les mœurs nationales ; malheureusement ces tentatives louables ne furent pas couronnées d'un grand succès. Les nobles formaient une caste nombreuse qui vivait de spoliations. Les historiens qui ont vu de près les grands seigneurs teutons s'accordent k les peindre comme de vrais larrons. Gampano, nonce en Allemagne » les représente cherchant k prouver , k force de rapines^ que Dieu les avait faits d'illustre race (2). Poggio nous dit que parmi eux le vol était un titre de gloire. Us avaient un vocabulaire où certains nK)ts du langage usuel changeaient de signification : ils appelaient chevalerie ce que le peuple , dans son idiome , nommait brigandage (3). Le grand chemin nourrissait les membres de cet ordre nouveau. Un archevêque de Cologne avait élevé un magnifique château : l'intendant , k qui Sa Grâce ne voulait donner aucun gage , s'avisa de lui demander t comment il ferait pour vivre? » Le prélat se contenta de lui montrer du doigt les quatre routes qui venaient aboutir au palais (4). On voit encore dans la Souabe , en
(I) Schmldt,t. V, p. 536.
(3) Patientissima Germnnia est et potentissima, et nobiiissima, sed ea tota nimc unum latrodnUiin est , et ille inter nobiies gloiiosior qui rapacior. — Ap. Freh.^ Rer ger. script, t. ii , p. 291.
(3) Germani atque Alemanni, quibiis census patiimonii ad victum Biippetit, et hos qui procul urbibus aut qui castellis et oppidulis doniinantur , quoiHim magna pars latrocinio dedîtur, nobiies censent. — Poggio , ap. Pet. de Andlo , de Imp. Rom., J. ii , cap. xi , p. m. 112.
(4j Quem cùm offlciatus suus interrogans de quo castrum deberet
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Saxeet sur les rives du Rhin , des ruines d'anciens donjons , en granit, d'où le maître s'élançait ainsi qu'un oiseau de proie sur le passant. Quand il l'avait détroussé, comme faisait Frédéric de Neumagen des marchands qui descendaient la Moselle » il disait qu'il venait de percevoir son droit de péage.
Ce n'était pas seulement sur le voyageur qu'ils prélevaient ainsi des impôts forcés : quand leurs celliers étaient vides , que leurs meutes aboyaient de faim , que leurs bouffons de table menaçaient de les quitter ; alors ils partaient de nuit avec leurs gens, armés de pied en cap, se ruaient sur le premier palais d'évêque qu'ils trouvaient» et le dévalisaient de la cave au grenier. Un de ces évéques s'écrie douloureusement : c Les nobles mes voisins s'arrogent violemment , k l'envi les uns des autres , mes droits de prince , et non-seulement ils troublent ma juridiction , mais ils l'énervent et la détruisent (i). > A peine dans toute l'Allemagne trouve-t-on un diocèse dont l'évéque n'ait été plus d'une fois forcé de prendre les armes pour s'opposer aux attaques des nobles et k l'insolence des bourgeois. La position du prélat allemand est singulière : s'il veut se défendre les armes a la main , les nobles et les bourgeois crient au scandale; s'il se laisse dépouiller, les chapitres le blâment hautement. Aussi , qu'arrive-t-il ? C'est que Tévêque , en lutte perpétuelle avec ceux qui dépendent de lui, au temporel ou au spirituel , car il est prince et prêtre , ne quitte pas
letinere, cùm annuiscarerel rcddilibuâ, dicitur respundisse : quatuor y'iud sunt trans castium situât». — Gesta Baldewini , arch. Trev. apud Bal., Mise, t* I, p- 101.
(I) Nobiles circumvicini cpiscopatûs mei violenter jura cerlatim occupant, juriSMlictionem menm non solùm impediunt, sed quantum in ipsis est, ipsam enervare funditùs moliuntur. — Ap. Cenni , t. ii, I. 3, p. 444.
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le gantelet de fer, tient sa monture toujours seHee, ses armes toujoBrs nettoyées /pour s'en servir contre ceux qui rattacjueront dans ses droits. Muller parle d*un ëvéque d'ËischtcBdt , vertueux prélat du reste, qui portait une lourde cotte de mailles , el une longue rapière bavaroise dont le manche était formé d^un crâne d'homme. Ce n'est pas le'-prètre qu'il faut^accuser, mais l'époque, la société. 11 ne notis conviendrait pas d'être plus sévère que le savant ^neas Sylvius , une des lumières de l'Église au quinzième siède , qui ne s'effarouche pas de voir Thierri , archevêque de Cologne , combattre a la fois en soldat et en capitaine , et , de retour dans son diocèse , remi^ir tous les devoirs de sa charge sacerdotale {i).
Malheureusement tous les^vêques ne ressemblaient pas k Thierri, et JSneas ^Ivitts nous le dit ailleurs, en nous peipant quelques-uns de ces grands seigneurs mitres qui ont des furies pleines de éhevaux, des chenils remplis de chiens 4e chasse, ^des tables splendidement servies, etressembl€»t'1i cet Hibosadam des Écritures , intendant de la cuisine, et qui minait les murs de Jérusalem (2).
£n Allemagne, comme en Italie, les ordres religieux s'étaient multipliés au moment de la réforme; mais, il faut le dire, rien -ne ressen^ble moins en général k une cellule italienne qu*une cellule allemande. Dans l'une habite ordinairement, comme nous avons pu le voir, -la sci^ce unie k la piété ; le moine italien est théologien , philosophe , historien , peintre et sculpteur. Érasme ne pouvait jeter les yeux sur les rayons de la librairie de son amlAlde Manuce sans y
(I) Qui ctsi plurima pro defensione ecclesis SBse éventa belia gessit, inquibus modùstrenoi milrtis, mode fortissimi ducisorflcium implevit, nunquam tanien doml Bacerdotalia miinia aot €j«sdem admini&traUO' nem neglexit. — ^Kneas Syl.,Op., p. 342.
(V) iBneas Sylv., Op., p. JOCI.