CHAPITRE IXIU
IU>1« que le Rire Joua dans le drame d^ la réforme. -<• Uaage que Luther en flt dan» M polémique arec Tetzel, Bck, Alved et le pape. — Le démon de Lutber.'— Le dialogue. — Ulrich de Hatten. -^ Mélanchthon s'associe à Luther. — Dlalogoe contre la Sorboneu — Le pape Âne. «* Caricatures de Iforemberg. — Imagat qu'Inspire la papaoté.
§3. — Du RIRE, EMPLOYÉ PAR LA REFORME COMME INSTRUMENT DE PROPAGANDE.
U nous semble qu'on n'a pas suffisamment étudié le rôle que le Rire joua dans le drame de la réforme. Un moment il fut en chaire, dans le dialogue , dans la polémique dogmatique, un grand instrument de prosélytisme. Le bois et la pierre s'en servirent pour parler au regard et achever Tœuvre insurrectionnelle. Luther comprit la puissance de ce symbolisme , et y dès le dâ)ut de son duel avec le représentant de l'autorité , il l'employa pour tuer son adversaire. A ses yeux, c le syUogisme aristotélicien n'est qu'un àne qu'il faut avoir soin d'attacher au bas de la montagne, quand on veut, comme Abraham , sacrifier sur les hauts lieux (1) . >
Cet adversaire, ce fut d'abord Tetzel, dominicain fort peu rieur de sa nature, versé, quoi qu'on en ait .dit , dans la science des divines Écritures , mais qui , ne marchant jamais sans un attirail d'arguments dérobés aux maîtres de
(1) Suo Spalatlno, 29jon. 1518. — DeWette ,1. c, t. i^ p. 127.
rëcole , ue pouvait atteindre le fils du miBeur de Mœhra , ([ui , selon un écrivain protestant , < va , vient , brise la haie qu'il ne peut franchir, et escalade monts et vaux k la façon. du diable (1). »
Refuserez-vous un peu de pitië k ce pauvre moine qui vient d'entrer a Jutterbock au son des cloches , portant sur un coussin de ^lours la bulle de pardons de Léon X» et qui se voit arrêté dans son chemin, non, comme Héliodore, par quelque resplendissante épée , k tout prendre il n'y a pas de honte k fuir devant un ange , mais par un moine qui va chercher son bouclier , conune il le dit lui-même , au fond d'une marmite (2)? Encore si Martin lui avait jeté «n argument scolaire y mais*point : au lieu d'encre , c'est avec du vin qu'il veut lui barbouiller la figure. L'entendez-vous? le maître de la sainte théologie , l'inquisiteur de la foi, l'envoyé d'Albert de Mayence , prince du Saint-Empire , transformé en pourfendeur de rochers ! Pauvre Tetzel , cherche dans Durand , dans Scot, dans Pierre Lombard, dans le divin Thomas , tu ne trouveras rien pour répondre au moine augustin. Garde- toi bien de te mettre eu colère , la colère t'est défendue par ton catéchisme ! N'ouvre pas la bouche pour rire, ton rire aurait une odeur d'école! Ne te frotte pas le fvGùi pour faire tomber de ton cerveau , k l'imitation du Saxon , quelque grotesque image , tes supérieurs t'interdiraient! Que voulez-vous donc qu'il fasse? Qu'il descende dans la tombe pour secouer de leur linceul tous ces dieux de la scolastique qui dorment Ik depuis des siècles? Mais il n'a pas le don de la création ; ce n'est pas lui qui pourra donner la vie , le mouvement , la parole k tous ces cadavres.
(1) Almanach ftir Luthers Verehrer, Erfort, tft37.
(2) Ut pro aqiiâ liqaorem vitis et pro igné famum cuiin» ex anseribas assis appelât.
4â4 LA REFORME.
Vous voyez déjà quel auxiliaire Luther a trouvé dans le Rire !
Le Rire » eu Saxe , aura toute les sympathies de ces écoliers turbulents, bien aises de ne voir dans Aristote qu'un pédant de collège qui a fait son temps ; — de ces humanistes séculiers , si jaloux de la robe sacerdotale ; — de ces gantelets de fer , sûrs désormais qu'ils ont un dieu nouveau pour applaudir aux coups de dague dont ils frjippent l'épaule monacale; — et surtout de ce peuple bourgeois, qui a vécu jusqu'à présent en dehors d'une lutte dogmatique où dès ce jour les tenants parleront une langue intelligible : car le Rire s'exprime en allemand. Yoilk les quatre figures qui vont prendre part k l'insurrection prêchée par Luther : l'indiscipline représentée par des écoliers , — la force brutale par les seigneurs , — la science poétique par les humanistes, — l'avenir par ce peuple , dont Luther se vante d'émanciper la raison.
A partir de ce jour , le Rire fut le compagnon habituel du docteur. La logique était-eDe impuissante , Martin appelait son second, qui arrivait sur-le-champ, et la lutte n'était pas longue.
Scultet, son évéque, humaniste fleuri, mélange de finesse italienne et de gravité teutonne , essaye d'adresser au moine quelques timides conseils (1); — le Saxon reconduit en le comparant k une femme en travail qui accouchera bientôt d'un monstre (2).
Eckius, le docteur d'Ingolstadt , qui, a Leipzig, a porté pendant quatorze jours le poids d'une discussion théologique oh , suivant Hélanchthon , il a fait preuve d'une rare habileté (3) , veut défendre la primauté du pape ; — l'au-
(1) Lôscher's RefonnationB-Urkanden , t. iv , p. 537. * ^ * (2)lDe Wette , Luther's Briefe , 1. 1 , epist. Spalatino. ?: (3) Melanthon's Bericbt ûber die Leipziger Disputation, an OËcolampadias.
guslin lui crie : Raca, vessie emplie de vent, gloriaceus, glorianuSf gloriensis et gloriosm (1).
Alved se présente avec ses arguments tirés en partie du consentement des peuples catholique^ , qui toujours ont reconnu dans le pontife romain Télu du Christ : — Retire-toi, lui dit-il, bœuf par la tête, bœuf par le nez, bœuf par la bouche , bœuf par le poil (2).
Les théologiens de Leipzig s'avancent en masse pour barrer le chemin au Saxon. — Arrière , leur crie-t-il , ânes, ànissimes, perânissimes , superànissimes.
On vient de lui apprendre qu h Rome on a préparé contre lui une bulle foudroyante, bulle magnifique, l'œuvre littéraire du grand théologien Âccolti. À cette nouvelle il bondit, et , dans sa colère, il trouve des images qu'aucune langue ne saurait reproduire et des paroles de courtisane. Puis sa voix se tait, il n'est pas. content parce que son lecteur n'a pas souri ,
Et il écrit :
< On dit que l'âne ne chante si mal que parce que, dans sa gamme musicale , il commence toujours par une note trop haute. Notre bulle eût bien mieux chanté , si d'abord elle n'avait pas posé sur le ciel sa bouche blasphématrice (3). >
Puis, l'Ëlbe coulant k ses pieds, il y jette la parole du pape en ces termes : Bulle , tu n'es qu'une bulle de savon : nage donc dans ces flots ! Bulla est , in aquâ natet (4). Et tous les écoliers répandus le soir autour de sa chaire s'en
(1) Spalat. 13 oct. 1818. De Wette , 1. c, t. i , p. 346.
(2) Epi8t.Luth. Spalatino, 1520. ►. H^srt
(3) Adyersùs execrabilem Ântichristi buUam. — Opéra Lutheri , t. ii , p. 88-91.
(4) Epist. Luth. John.Greffendorf,30oct. l620.DeWelte, 1. c,,t. i, p. 519.
vont y au sortir de sa leçon , crier dans les rues de Wittemberg : In aqua natetl
C'est ici le moment de parler d'un filon nouveau de rire , que Luther vient de trouver en enfer. Le Satan qu'il va évoquer n'est pas cet ange déchu qui transporte le Fils de Dieu sur la montagne. U ne ressemUe point k ce roi de l'abîme, dont la figure, dans Milton, est aussi splendide que la parole. Vous ne sauriez le comparer non plus à ce Méphistophélès de Goethe , qui tente Marguerite dans des songes poétiques , et que Scheffer , avec son imaginatk» allemande , a reproduit si beureusem^t sur la toile. C'est un type dont il a tout l'honneur : un démon créé k son image , bavard comme une pie , mauvaise langue oonune un portiar, sale comme un marmiton , grossier comme un portefaix italien. C*est tantôt le polichinelle napolitain , avec sa double gibbosité ; tantôt notre paillasse de la place publique , avec sa face enfarinée ; tantôt arlequin , la figure enduite de suie.
Si Luther répudie l'anthropomorphisme, c'est pour changer son démon en crapaud , en lézard, en singe, en chauvesouris.
Et le rôle répond k la forme.
La vi e de Luther est m combat perpétuel avec le diable qu'il a rêvé. Quelquefois , après avoir échappé, par une sorte de miracle , aux agaceries de sa femme , il allait se cacher dans sa chambre de travail, respirant avec dâices le parfum des fleurs qu'il entretenait sur sa fenêtre ; écoutant, dans une douce extase , le bruit d'une gouttelette d'eau qui tombait de la fontaine de son jardin ; ehivrant sa poitrine altérée de cet air embaumé qui traversait le Pdtersberg , ou caressant afiectueusement le dûeu qu'il avait amené de sa prison de la Wartbourg. Alors il se prenait k s'entretenir avec ce monde visible ; il disait k la fleur : Pauvre violette !
combien tes couleurs seraient plus vives si Adam n'eût pas péché! — k la goutte d'eau : Où vas-tu, au sortir de ce bassin? te mêler aux flots de TOeéan , comme l'homme k l'infini en quittant cette terre ; — k l'air de la montagne : Ah ! vent du nord et du midi , porte k mon Créateur mes aspirations intimes ; — an chien de sa c Pathmos i : Toi aussi , tu as vu bien des livres : en es-tu plus savant?
Et bi^tot son démon l'arrachait k ces douces rêveries, mais un démon qui n'a touché ni ces fleurs , ni cette eau limpide , ni cet air des hauts lieux.
c Pécheur entêté , lui disait le diable , Dieu ne te pardonnera pas (1).
Ij^ Son Fils a pris mes péchés , répondait le moine au ^^ei^ ils ne m'appartiennent plus. N'as-tu plus rien k médire? Ya-t'en. N'es-tu pas content? tiens,, mon drôle, voicrde quoi te savonner la figure (S). > v
Et il se penchait vers sa table de nuit.
Vous paisez bien que le Satan de Martin n'avait garde d'attendre cette pluie immonde ; il s'enfuyait.
Puis il revenait k tire-d'aile , et il bourdonnait : c Tu seras condamné dans l'autre vie.
— Pas vrai, te dis-je, répétait le Saxon. Tiens... m ma" num stitne erepitum ventris , cum istoque baculo vade Romafn. »
S'il reparaissait, Luther prenait un grand verre qu'il emplissait de vin jusqu'au bord, et il buvait, buvait encore : car boire , disait-il, c'est le meilleur moyen d'échapper k Satan (3).
Presque toutes les puissantes imaginations de la Renaissance sont légendaires : Luther beaucoup plus qu'un autre.
(1) De Wette, D. Luiher'& Briefe , t. iv, p. 188.
(2) So hab ich auch geschisseD und gepinkelt, daran 'wische dein Maul uDd heisse dich 'wohl damit. — Tiach-Reden .
(3) Novemb. Joh. Weller.
4â8 LA REFORME.
Il y a dans ses Propos de table une foule d'hisloriettes , racontées , du reste » avec une naïveté charmante, oii son diable se<3ache sous les eaux pour saisir la jeune fille qui vient laver son linge ; — près du berceau du nouveau-né , pour changer l'enfant qui dort ; — k table , pour taxer la messe d'idolâtrie ; — derrière un docteur catholique , pour lui soufiQer un argument hérétique ; — au chevet du pauvre Érasme, pour saisir l'âme du Batave (1). Ces démons sont bavards k se boucher les oreilles, et ont toujours sur les lèvres quelques propos drolatiques que Luther a soigneusement recueillis.
Au sortir de son cabinet de travail , Luther montait souvent en chaire, où l'Ironie venait s'asseoir k ses càiés.
Son auditoire était admirablement constitué poiir le nire. Il y avait Ik, autour de la chaire de l'église de Tous-les-Sai^nts, des moines qui avaient jeté bas le froc pour obéir, dit le prédicateur lui-méme« k des exigences gastriques ; des religieuses échappées du couvent , et qui attendaient , comme une sorte de Messie , l'époux qu'on leur avait promis ; des électeurs k moitié ivres du vin dérobé dans quelque caveau monacal ; des chevaliers qui , k l'instar de Sickingen , allaient sur la grande route , a la chasse d'un c gibier encapuchonné ; i des écoliers qui avaient br Aie en place publique Âristote, et surtout de ces bons buveurs qui vidaient d'un trait une pinte de bière en se lamentant sur l'intempérance des chartreux.
Ce n'est pas nous qui avons tracé cette facétieuse nomenclature, mais Luther lui-même. Or, que le Rire descende, comme une langue de feu , sur tous ces auditeurs , vous êtes bien sûr d'une expansive gatté qui circulera k travers les nefs du temple , pendant les bouffonnes improvisations du prédicateur contre les « papistes, i
(1) Tisch-Reden , p. 61 , 305 , 5n , 619 , 625 n.
. Le dialogue est, de toutes les formes littéraires , celle que le Rire adopta de préférence en AUemagne , dans le duel entre la réforme et le catholicisme. Le fond en était léger : les détails seuls brillaient par la broderie. C'était un conciliabule de moines, une thèse de théologiens, une aventure nocturne de dortoir, un festin de prêtres , une visite de médecins entre deux grilles. L'action était prise dans les mœurs conventuelles , dans la vie sacerdotale ou dans le régime scolaire. La scène se passait ordinairement dans quelque vieille sacristie. L'acteur portait presque toujours un capuchon, un rabat , une soutane noire , violette ou rouge. Il parlait latin , mais un latin de frère portier ; oii bien allemand, mais un allemand de tabagie. L'écrivain, plus hardi qu'Aristophane lui-même , nommait en toutes lettres le malheureux qu'il voulait jouer, ou se contentait d'ôter ou d'ajouter ime lettre aunom du personnage. En sorte que le peuplen'avait pas besoin de commentaire pour deviner le poète : au marché , il voyait passer à ses côtés le comédien malencontreux ; k l'église, il l'entendait chanter au lutrin ; en chaire, il Fécoutait parler ; k l'école , il le trouvait expliquant Âristote ou saint Thomas : le programme du dialogue était comme une affiche de spectacle.
Ici le Rire va revêtir une autre figure : Hutten remplace Luther.
Ulrich'de Hutten , né en 1488 au château de Steckelberg, en Franconie, est une de ces organisations excentriques que le moyen âge a produites en abondance. Il ressemble k Salvator Rosa (1).
Il était poète , orateur , théologien et guerrier. On le voit ,
(1) L'estate air ombra, il pigro verno al foco, Tra modesti desii , V anno gli vede Pinger per gloria , et poetar per gloco.
— Satira della pHtura.
dans quelques-uns de ses livres , la tête ceinte de laurier , les cheveux flottants , la poitrine couverte d'ader , la main année d'une de ces grandes épées telles qu'en portaient les soldats de Charles le Téméraire k la bataiÛe de Morat. Sur le trépied d'Apollon , il improvisait des vers oii parfois man-> quait la mesure , mais brûlant comme du feu ; sur le champ de bataille 9 il frappait d'estoc et de taille; Stable, il buvait sans s'enivrer. Il aimait les femmes plus encore que le vin : heureux si , dans l'intérêt de sa santé et peut-être de sa l^ire, il n'eût courtisé que les Muses!
Ulrich, qui avait parcouru l'Allemagne , la France (1) , 11talie, bavant y guerroyant, chantant, aimant, avait recueilli dans sa vie nomade de.poëte, d'homme d'armes et de galant aventurier , une foule de joyeusetés , de lazzi et de concetti , dont il adornait son style, k la manière de notre Rabelais. Pantagruel n'use pas du mot propre avec plus de délices.
Un jour qu'il retournait dans sa verte Franconie pour se guérir d'une maladie qui n'a rien de poétique, bien que Fracastor l'ait chantée en vers harmonieux , il trouva sur son chemin un morceau de bois de gaïac qu'il essaya de dissoudre dans de l'eau , et qu'il avala en guise de remède ; et le mal gaulois ou napoUtain qu'il traînait avec lui, en expiation de son péché , cessa momentanément de le tour* menter.
Alors , dans la joie de cette cure miraculeuse , il se mit k célébrer la vertu de cette substance ligneuse en un traité que Mayence imprima vers 1519 (2). Or, k qui croyez-vous qu'il va dédier ce livre? Peut-être k quelque joyeux compagnon de corps de garde ou d'infortune? Point! c A son
(1) Epist. Bud. Erasme.
(2) Ulrichi de Hutten eq. de guaici medicinà , liber u nus; Mogantiae.
révérend père en Christ, Âlbrecht , prêtre de la sainte Église romaine, dii titre de Saint-Chrysogone, cardinal, arche* vêque de Mayence et de Magdebourg. > L'épigramme serait meilleure si les mœurs du prélat n'avaient été louées par un moine qui n'aimait guère les robes rouges , par Luther luimême.
On ne sait, en lisant le De Guaiaci médicinal s'il faut rire ou rougir de cette confession de lépreux. Le malade fait de son corps comme de ses livres : il montre toutes ses plaies , et dit jusqu'aux remèdes qu'il faut employer pour les guérir. Dans son enthousiasme pour sa découverte, il remercie le ciel et s'écrie : f Si les Égyptiens mettaient jadis l'ail au rang des dieux, comment n'adorerais-je pas le bois de gaïac (i)? > C'est qu'il a tant souffert et qu'il souffre tant encore! c Âh! Monseigneur, raconte-t-il piteusement, si vous saviez tout l'argent que j'ai dépensé, les tortures que les chirurgiens m'ont fait subir (2) ; le sang que ces imbéciles de médecins m'ont tiré ! > Seulement il ne dit qu'à demi la cause de son mal ; il en attribue l'origine k des phénomènes physiques : k l'insalubrité de l'air, aux miasmes des eaux, et surtout k la conjonction de Saturne et de Mars.
L'historien serait bien malheureux s'il ne provoquait ici qu'un sourire d'étonnement. Il y a bien autre chose qu'une facétieuse épigramme de caché dans cette dédicace : le signe
(1) Qaôd si pro diis colaerunt alium et cepas iEgyptii, cor non adorem gaaiacBm P
(2) Ubiquid refert sspè declaratum a me priùs dicere quantam ego pecuniam curandohoc morbo locaverim? Quas torturas, quae supplicia snb ehirui^ieis exhaaserimPQuas cruces tuleirim ? Quantum mihi virium ex medicoruminscitià deperieritP Non immensum hoc mUii exlstimandumest, potaisse restitai ex morbo in quo non solùmdolores passus sum acerbiores quàm ut in his \ivendum fuerit, sed fœditate eUam tântâ fui , ut omnium prope rerum ipsum me œgerrimè tolerim ? — Pnefat.
432 Lk RÉFORME.
visible d'une révolution religieuse qui va venir. Le jour où le pouvoir laissa le nom d'un évéque en tête d'un livre destiné k céle'brer les vertus anti-syphilitiques du bois de gaïae, il était aisé de pressentir les destinées du sacerdoce : le prêtre était abandonné. Le peuple n'avait pas besoin d'une autre manifestation; il avait compris la pensée de ses maîtres temporels.
Seulement, k ce peuple toujours k l'avant-garde d'une révolution , il fallait un langage plus intelligible : Ulrich le parla dans ses Dialogues. C'est lk qu'il règne véritablement sans rival. Pour trouver un satirique auquel on puisse le comparer, il faut remonter jusqu'k l'antiquité grecque. De Thou a fait de Ilutlen un autre Lucien. C'est souvent, en efifet , en tenant compte de la différence plastique de l'idiome , la même verve, la même causticité, et peut-être le même miel de paroles harmonieuses ; seulement la forme doit être différente. Comme Lucien s'adresse k l'esprit cultivé du philosophe, quand chez lui l'idée est indécente, le mot est ordinairement gazé; tandis que deUutten, parlant k la multitude, s'étudie , au contraire , k dépouiller le signe de toute espèce de vêtement. Il y a dans ses Dialogues des scènes qui ressemblent assez k ces peintures qu'on trouve sur les murailles de certaines maisons de PompéiJ Quelques-uns de ses personnages, comme Eckius, s'amusent, pour faire rire, k jeter bas jusqu'k la feuille de figuier de nos premiers pères. Nous nous garderons bien d'introduire notre lecteur dans ce Musée défendu ; qu'il lise le Conciliabulum Thcologista" rum adversùs Germaniœ et bonarum litterarum studto&os, Coloniœ celebratum, et il aura une idée de l'eflronterie du Rire , en Allemagne , k l'époque de la réforme (1).
(1) Dialogi septem festivè candidi : -— Momus. Carolas. Pietatis et soperstitionis pugna. Gunciiiabulam theologistarum adversùs bonaram
Quelquefois le Rire, pour remuer plus ardemment la fibre populaire, se met k évoquer Timage mélancolique de la patrie. À la haine de Hutten contre la pourpre romaine, et qui déborde en sarcasmes si poignants , il est aisé de deviner le poète de race teutonne. On serait presque tenté de lui pardonner sa fanatique colère , tant il y a dans son âme de flamme patriotique! C'est qu'il aime jusqu'à l'idolâtrie l'herbe , la fleur , la glace , la neige , la blonde fille de sa chère Allemagne ! c'est qu'il nourrit en son cceur un mépris profond pour les descendants de ces Romains qui vinrent brûler jusqu'à son toit de chaume; c'est qu'il croit au cygne que Jean Huss , le prêtre bohème , apercevait k travers les flammes de son bûcher; c'est qu'il rêve un Hermann spirituel qui viendra briser le joug que Rome fait peser , k ses yeux , sur la Germanie : alors chez lui le Rire est fou, insolent, épileptique, comme dans le dialogue qui a pour titre : c Gomment Jules , qui après sa mort voulait forcer l'entrée du Paradis, a été repoussé par le portier Pierre, bien que de son vivant il se fît appeler du nom de saint, et que, vainqueur dans tant de guerres sur cette terre , il crût être un jour le maître du ciel (1). > 1/
On a dû remarquer, dans 1 nistoire religieuse ou pditique des nations, que la Providence a rarement manqué de placer, a côté de ces organisations tempétueuses qui ont pour mission ou châtiment de troubler l'harmonie du monde moral ,
litteraram studiosos. Apophthegmata Vadisci et PasquUH de depravato EccIesiSB statu. Hntteons captivus. Huttenus illustrls. — Aactore s. Abydeno'Gorailo ger. in*8o. Ite in nniversum (yrbem.
(1) /tilwf , dialogus viri cajuspiam eruditissimi. Quomodô Jalius II, P. M., post mortem cœli fores pnlsando, ab janitore ilto D. Petro Intromitti neqaiverit, quanquam, dum viveret, Sanctissimi atqae adeô Sanctitatis nomine appcllatus , totque bellls féliciter gestls praecinrus , dominumcœli fiiturum se esse sper avit. Interlocntores Jtilius, Genius, D. Petrus.