CHAPITRE XXV
rertrarlt (tq.LéoR X. --' Chagrin do pape, quand H est obligé de pnnlr. — Combien U était libéral. — .ij^Upsefienta de obarité qoMl fonde k Rome. — Uê lettrés per* séciitéa en appellent au pape. — Reucblin et Érasme. — Piété de L,von X. «*• Henri VIII lut dédie l'^sserCto leptaM taeramêntOTHM. — Les épttres fïimlliéres du pape. *- Combien ellea attestent de zMe pour la religion* — palomnles* des pro« testants répétées par les catholiques. •— On doit à Léon X l'Institution de diverses céréffionletTellgienses. — Vie tntértenre du pape. — Son goût pour la mosique. •— Léon X ft. tabla , à la cl^aflae • à Vlterbe et à la Mtgliana. — Coaçluaieii.
QoiUons le Vatican : ne parlons plus du pape, ni du sou* yBtm temporel, mais essayons de fmre connaître l'homoie privé*
On dit que , peu de temps après la mort de Léon X » on de SjQs vieux serviteurs s'arrêta devant lé portrait qu'en avait fait Raphaël , et qu'on trouve k Florence au palais Pitti., et s'agenouilla pour baiser la main.de son maître, comme si le sang y circulait encore. C'est que jamais en* effet peintre flamand ne mit plus de vie réelle dans une tête. C'est bien \k cette figure de Médicis , au coloris vénitien ; ces chairs blanches et mates de tous les hommes de sa race ; cet œil myope qui semble s'échapper de son orbite; ce front d'une pureté limpide ; cette large tête reposant sur deux épaules évasées; ces mains un peu trop féminines, aux doigts ornés de camées antiques ; et dans4ous les traits cet air d'angélique bonté qui charmait ceux qui avaient le bonheur de l'approcher, avant même qu'il eût pu les séduire
464 l'homme ii^time.
par le doux son de voix que les poëtes de l'époque comparaient k de la musique. On n'a pas besoin de connaftre le personnage qu'a voulu représenta le peintre , pour deviner que ces lèvres n'ont dû s'ouvrir que pour bénir ou pardonner. Luther est un aussi grand artiste que Raphaël ; en quelques mots il a peint Léon X : Mitis ut agnus , a-t-il dit , doux comme un agneau (1).
Deux ou trois fois pendant le cours de son pontificat , Léon X dut user de rigueur envers de grands coupaUes, comme dans la conspiration des cardinaux. Ce jour, il souffrait dans l'âme et dans le corps , il ne mangeait plus ; des larmes involontaires tombaient de ses yeux , et la nuit Q priait pour raffermir son courage â>ranlé. Il y avait lutte entre le priiice et le père (2) : il fallait bien que la justice fût satisfaite ; mais le combat était long et douloureux. L*expiation consommée, alors Léon X, de son plein mouvement, se laissait aller k ses instincts innés de bonté : il saisissait une solennelle occasion pour témoigner k celui qui l'avait offensé que le cœur du juge ne conservait plus aucun ressentiment. C'était le prêtre qui , la grille du confessionnal fermée , ne se rappeUe plus les péchés du pénitent. Au milieu du saint sacrifice, quand, k la voix du célébrant. Dieu descend sur l'autel , il se levait , marchait droit k celui liont la faute était désormais couverte, l'attirait dans ses lH*as, l'embrassait avec effusion , et , au nom du sang divin, lui promettait de ne pas garder souvenir du passé ; et il tenait rdigieusement sa parole (5).
(I) Beatissimo patri , etc. De Wette , 1. c, 1. 1 , p. 497-606. (2) Es pias in primis , horres erudelia cuncta ; Suppliciis i assis illacrymare soles.
— J. B. Pio, dans la dédicace da Rutillos de 1520, Bononi» , in-4o.
(3) Voyez dans ce vol. le chapitre qui a pour titre Conspiration des cardinaux.
L^fiOMME INTIME. 465
Dans plus d'une page de notre histoire nous avons raconte les libéralités du pontife envers les gens de lettres. Ces libéralités , souvent trop fastueuses , avaient leur récompense dans ce monde » ou elles étaient chantées en vers et en prose, sur la toile et sur la pierre ; car la recx)nnaissance n'est pas toujours muette. Mais il est des bienfaits qui tombaient dans «l'ombre, sur des êtres obscurs, et entre trois témoins , sans compter Dieu : le pape, son maître des cérémonies et le solliciteur , et dont Rome ne parla qu'après la mort du pape. Chaque matin, qu'il sortît du Vatican pour se promener , ou qu'il restât dans son cabinet d'étude, Paris de Grassis avait ordre d'emplir de pièces d'or et d'argent une grande bourse (1) que Léon X tenait suspendue k ses côtés , et où il puisait k pleines mains , pour secourir le mendiant qui se présentait en haillons ; l'exilé qui, chassé de sa patrie dans ces temps de déchirements politiques, venait k Rome chercher un refuge, car Rome alors, comme aujourd'hui, était l'asile des grandes infortunes ; l'écolier qui manquait de livres nécessaires pour achever ses études ; le vieux professeur qui n'y voyait plus et dont l'âge avait affaibli les forces. En vain des voix pnidentes essayaient-elles de faire comprendre au saintpère que ses libéralités devaient avoir un terme ; il n'écoutait personne et retombait sans cesse dans ses habitudes d'enfance : la prodigalité. A ceux qui le tourmentaient trop vivement il répondait par toutes sortes de belles sentences tirées des livres saints ou des écrivains profanes : refuser le faisait souffrir. Un jour , un de ses secrétaires qu'il aimait comme tous ceux qu'il avait attachés k son service , Bianchi,
(1) Purpaream enim ci'umenam quotldiè aureis nummis sibi repleri jubebatad incertas exercendœ liberalitaUs occasionês. — Aug. Oldoini , Add. ad. Ciaconium » t. m , p. 326.