LES MAITRES
Macjcs. C’esl là qu’il faut éliulier ce profond matliémalicicn qui dis|wsc scs "roupcs avec la logique du nombre. Ce qu’il faut admirer en lui, c’est qu’il met sa passion en tout et qu’il ne permet pas au hasard d’èire plus savant que lui.
11 n’étudiait pas seulement à l’atelier comme ses condisciples, on le rencontrait çà et là par les rues et par les chemins, suivant un homme ou une femme à tète bizarre ou expressive, barbe ou chevelure élranpc, accoutrement pittoresque ou simplicité biblique, motif à caricature, exemple de figure grave ; sous la caricature mêmela nature déchiraitlcmasquc; il savait voir plus loin que la surface visible; quand il avait dépouillé les guenilles et effacé le ricanement, il restait un homme ou une femme pour sa galerie à mille figures.
Ce grand jKîintrc qui dessinait le premier venu, qui a peint son temps avec tant de vérité, a laissé trop jieu de portraits. Le sien est un chef-d’œuvre de grandeur et d’expression ; c’est la vie, c’est le corps, c’est l’àme. I/histoire cite 5 peine quelques autres portraits; Amél ie Vespuce, un vieillard diqà, Scaramuccio, capitaine des bohémiens, quelques dames florentines et milanaises, Sforza le More et Béatrix d’Este, les maîtresses et les sœurs de Ludovic, son fils Maxi-
milien, Trivulce, peut-être César Borgia. C’est presque (oui, mais combien de poi trails léonard a saisis dans scs caricatures !
On peut dire qu’il avait la fureur de l’expression; ses figures rient, pleurent, grimacent, jouent toutes les passions, tragiques et comiques. Il avait la folie du rire; selon Linzi, un des mots favoris de Léonard était celui-ci : « On doit parvenir jusqu’à faire rire, s’il est possible, les morts euxmêmes. » Parlait- il comme pliilosoplie, comme anatomiste, comme peintre des mouvements de l’amc * ?
Rien ne lui coûtait, ni le temps, ni l’argent, ni la gaieté plus ou moins jniukî pour peindre la figure dans toutes ses variétés et toutes ses variations. Il s’attablait avec des paysans, des bohémiens, des sol- , dats, il leur contait des histoires comiques, bizarres, terribles. El, toujours armé de son crayon, il saisissait les physionomies les plus singulières. Ce lion rire du quinzième siècle, si naïf encore dans sa gaieté bruyante, il nous l’a conservé comme un (rail distinctif de son temps. Et combien d’autres caractères on peut retrouver dans son innombi-able galerie de
■ Ce sont surtout les caricatures rieuses de I.eonard di‘ Vinci que le comIe de Cajlns a gravées Ii l'i'au-forte.
I, E s MAITRES
ligures; nul n’a mieux peint l’homme moderne.
C’est la préoccupation do la beauté par la ligne, comme par l’Ame qui lui faisait trouver tant de plaisir à ces caricatures étranges, à ces représentations de la laideur qui sont comme le revers delà médaille divine. Il y cliercliail riiarmonic universelle de la création; l’imjicrfection lui montrait plus sûrement la perfection; ilvoyait les formes idéales à travei’s toutes les difformités comme on voit la ligure A travers le masque.
C'était aussi le philosophe qui étudiait toutes ces déviations de la nature, ces ébauches, ces épreuves, ces maquettes d’une œuvre toujours recommencée.
Platon après Platon, mais Bacon avant Bacon, Léonard est philosophe comme ces deux grandes intelligences ; il a tourné son esprit vers le passé et vers l’avenir, mais c’est surtout en s’étudiant lui-même dans la nature qui l’envahit, sous le ciel qui l’enlève, qu’il cherche et qu’il trouve. Il s’i’st agenouillé comme les plus fervents devant l'autel bâti et consa-
crc par Jccus, il a compris loule la grandeur et toute la poésie de l’idée chrétienne; mais il ne s’est pas contenté d’aspirer au royaume des cieux comme les simples d’esprit, il a voulu savoir. Aussi fut-il l’encyclopédie en aelion du quinzième siècle.
Cette intelligence surhumaine ne se révèle-t-elle pas dans chacune des figures qu’il a |x;inles? Aussi son idéal n’est pas dans la forme comme celui des Grecs, il est dans la pensée. C’est l’expression de l’ànie. Il dessine comme Phidias et Ajielles, mais il est assez puissant pour dédaigner la beauté par la ligne, il arrivera à la beauté j>ar le rayonnement de l’intelligence. Sur la figure qu’il peint, quel que soit le contour, il exprimera si profondément le charme et le mystère, la grâce ondoyante, la moquerie adorable, la rêverie aérienne d’une âme qui se révèle et qui se dérobe, que vous serez pris à cette beauté toute moderne qui n’a rien à envier aux traits absolus de la beauté antique. C’est une autie grammaire de l'art.
LÉONAUD niî VINCI A MILAN
l'art italien.
LA STATUE EQUESTRE II E FRANCESCO SPORZA. l'aCAOÉNIE 1>E LÉONARD DE VINCI.