‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 11 sur 69 · LA COUR DU DUC DE MILAN · texte numérisé non relu

LA COUR DU DUC DE MILAN

•Jtioiquc Tari ail sa force supérieiirc dans des splicrcs çlus élevées que celles de riiumanité, il esl né humain cl doil subir les grandes émulions qui lra|q)enl le monde. A loules les phases de la civilisation il a donné son cmpreinlc, parce qu’il a vécu des idées de son temps; voilà |>ourquui, sous la [tarole du Christ, il esl tombé la face contre terre comme les dieux de rOlympe ; voilà pourquoi il a, lui aussi, versé les larmes de la pénitence, il n’a relevé son

IVonl que devant l’arbre de la croix, il n’a reconquis la beauté perdue qu’en traversant le mystère de la Passion. La métamorphose fut si grande qu’il lui fallut des siècles pour se reconnaître. La beauté avait été la splendeur corporelle; elle devenait le rayonnement de l’àmc. La ligne implacable était brisée par l’exjiression douloureuse.

L’art antique abdiqua, l’art chrétien vécut son enfance maladive dans les catacombes; ses langes furent un suaire, son soleil fut la lampe des morts. Il apprend la vie par le martyre, il ne voit le ciel que par le tombeau, il n’a qu’un livre, il n’a qu’une science, il n’a qu’une idée : l’Evangile. Il sait qu’audessus de sa prison sanctifiée, le monde s’enivre toujours à la coupe des passions ; il sait que les fêtes et les orgies ju’otestent encore contre les sublimités de la rédemption, mais toutes ces folies de la chair ne le tentent pas. 11 s’est rangé sous la bannière du peujile de Dieu, il accepte les flagellations du martyre. Il aime jusqu'à l’enthousiasme, jusqu’à la foi, jusqu’à l’adoration l’histoire symbolique du Dieu méconnu et du Dieu révélé, du Père et du Fils. Les voûtes des catacombes seront bientôt plus précieuses que les palais des empereurs. L’art y peint et y sculpte.

A MILAN

li’csl cil Toscane ([ii’il faut clicrcliec le berceau de la jicinlurc en Ilalie. Mais vainotncnl s’arrélc-l-on à Florence, à Fisc cl à Sienne, pour savoir quelle fui sa vraie pairie, f^cs arlisles anonymes du moyen âge allaicnl un peu parloul sans s’inquiclcr des fronlières, la chrclicnlé leur clant parloul hospilalière. Le pays de l’arlislc esl celui où il travaille. Il esl plus curieux d’éliidicr le caractère de l’arl italien à sa naissance. Ce fui loul à la fois le slyle liyzanlin cl le slyle primilif, je veux dire le slyle nalional. L’Ilalie comme la Flandre avail pris sur sou lerriloirc même je ne sais quelle saveur de nalurc qui éclalc sous l’imilalion servile des maîlres de Conslanliiiople. Nicolas de Fisc alla droil à l’école de l’anliquilc, non pas seulement en écoutant parler et on voyant à l’œuvre les artistes grecs qui sculptaient la cathédrale, mais en conlemplanl les bas-reliefs et les débris de statues arrachés ri la terre jalouse. Son élève, Andréa do Fisc, fut encore un Grec^ mais plus incliné sous le sentiment chrétien.

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Les (léliris presque ruiiK^ du slylc aiilique élaienl recueillis au mont Alhos, où l’on avait changé de dieux, mais où l’on avait conservé de siècle en siècle le sentiment du grandiose et de la majesté. Les Vénitiens et les Génois ramenaient çj» cl là pour l’éclat de leurs églises quelques jvcinlres byzantins clicrchanl la fortune dans les aventures. Ils trouvaient les Italiens à l’œuvre moins savants, mais plus naïfs; jilus éloignés de la grandeur, mais plus près de la nature. Plus d’une fois sans doute les peintres byzantins donnant des leçons aux peintres italiens en reçurent eux-mêmes de non moins bonnes. Cimabué, tout en se tournant vers l’Orient, garda la foi natale ; il prit à l’éeolc byzantine tout ce qui lui restait de la tradition de Phidias et d’Apellcs, la fierté, la noblesse, la majesté ; mais il fut plus simple, cl par là il fut plus grand. Ce fut surtout Giolto qui baptisa l’art italien ; désormais le mont Athos pourra fermer scs portes; les Byzantins ne seront plus appelés dans ce vaste atelier de peintres qui commence à Venise et qui va jusqu’à Naples. Cimabué était un Grec italianisé; Giolto est un Italien qui ne s’inspirera que de l’Italie et qui y trouvera la poésie par l’expression, la grandeur par la vérité.

Une nouvelle ligure apparaît dans ce ciel de Part

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encore leinl îles couleurs de l’aurore; c’csl Mcmnii, le doux cl gracieux Memiui. Déjà l’arl italien a sa Irinilé : le terrible et majestueux Cimabué, le grave et expressif Giolto, le souriant et pénétré Memini.

Orcagua va venir qui résumera ces trois figures. Un historien a dit que Giolto, ami du Dante, semble s’inspirer de la figure sévère de Béalrix, tandis que Memmi, ami de Pétrarque, trouve, lui aussi, sa muse dans Laure*. Orcagna s’inspire de toutes les muscs de ritalic, comme le Dante. Aussi son Triomphe de la mort cl son Jugement dernier sont-ils les pages les plus sublimes de l’art du quatorzième siècle. Orcagna donne une main à Dante et l’autre à Michel- Ange. Dante n’a été ni plus varié ni plus poétique, Michel-Ange seivi plus grandiose, mais demeurera moins grand ; il étonnera davantage, mais il touchera moins ; si on le trouve plus terrible, c’est qu’il sera moins sublime.

Une autre figure va passer douce et voilée dans le ciel de 1 art chrétien : Fra Angelico da Fiesole.

Comme tous scs contemporains, il avait étudié l’antiquité, le moyen Age et la nature ; mais plus qu’aucun d’eux il fut le peintre de son âme. Il sem-

‘ tïf de fra Angelico da Fiesole, par Jl. Émile Cartier, un des meilleurs lirrcs inspirés par i'nrt chrétien.

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l)la n’ obéir qu’à sa foi, il peignait comme un autre prie, avec la même ferveur. Vasari le rcpréscnie agenouillé (levant scs Madones comme si scs images s’animaient sous son pinceau sous le souffle de Dieu. * 11 SC croyait l’inspiré du ciel, voilà pourquoi il dédaignait toute vaine science ; si scs figures étaient divines, elles étaient bien peintes; il jugeait par les yeux de son Ame ; c’est par les yeux de notre âme qu’il nous prend et nous emporte dans les plus pures régions. 11 n’avait pas toutefois le dédain de la beauté antique, quoiqu’elle lui parlât par les faux dieux. La Beauté est comme le vase précieux où brûlent les parfums, on peut la porter sur tous les autels. Qui douterait des visions toutes céleste de Fra Angelico quand on voit les anges qu’il a peints? 11 a vécu toujours dans le cortège des purs esprits, chantant les louanges de Dieu par son pinceau, comme scs frères du cloître jiar leurs voix. Aussi est-il demeuré le roi de l’art chrétien, même en face de Raphaël.

Le divin Raphaël fut moins divin que Fra Angelieo.

Raphaël avait appris bien jeune à aimer ce frère des anges. Son père, Giovanni Santi d’Urbin, dans son poème : Dei fatti ed impnse di Frcdcrico duca

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(H Urbiïw, élève Fra Angclico parmi les gloires de l’Italie :

Ma nell' Italia, in qucsla età présente Vi fu il degno gentil da l'abriano fiiovan da Ficsolc al bciic ardente.

Aussi Hapliael fut d’abord de cette école du scnliinenl. Fra Angelico parlait à son âme quand Pérugin parlait à ses yeux.

Il ne faudrait pas omelire un nom qui porte la même date. Ghiberti vint au monde en même temps que Angelico da Fiesole. Il mourut la même année. Tous les deu.\ représentèrent au plus haut degré le caractère de Part italien. Ghiberti, comme les Pisans, fut le style antique dans Part italien; Fra Angelico s’éleva même au-dessus du style antique, parce qu’il fut le style de Pâme.

Quand moururent ces deux maîtres, Léonard do Vinci était encore au berceau, mais sa figure va bientôt resplendir au-dessus de ces deux têtes tout auréolées. Il sera l’orgueil de deux siècles : de celui qui ferme le moyen Age, de celui qui ouvre la Renaissance. Il dédaignera d’arriver au beau en copiant les cbefs-iPieuvre des Grecs, Il sera plus grand que Fra

LÉONAllD DE VINCI

Angelico, parce qu’il sera plus humain sans montrer moins d’âme. Dieu aussi sera son maître, mais Dieu vu par la nature.

Quand Ltîouard arriva en Lombardie, les arts avaient déjà leui-s parchemins. Le traité sur la peinture du moine Théophile prouverait presque, par le seul titre, que la liOmhardie était la mère patrie des arts : Theophilns mmacluis de omû scientia artifi pingendi. Incipü Iraclaltis Lwnbardiciia, qualilcr temperatiir adores. Combien do fresques, combien de panneau-v, combien de bas-reliefs, combien de statues, sont dignes d’èlre étudiés dans les églises et dans les musées comme des pages de l’iiistoire de l’art en Lombardie, même avant le voyage de Giolto à Milan *.

' I.or.'iquc Giolto visita la LombarJie cl enrichit de scs peintures le palais des Visconli, le nombre dos pciiilix's s'accrut aussitôt; on vil sortir de celle première ôcoln ces grands artistes dont les u'uvres ornèrent les églises et les palais. On admire, dai\s l’église Saint-François, un clief-d’a'iivre de sculpture qui appartient à ce mo-

A MILAN

Ludovic le More, tnoilié barbare, moitié rafiiné, voulait lui aussi faire de Milan une autre Athènes; il appela à sa cour tous les Italiens dispersés, poètes, peintres, sculpteui-s, savants qui cherchaient la fortune et la gloire. Déjà Léonard, selon Pacciolo son ami, surpassait tous ses contemporains en art et en i

science. « En toutes choses Vinci disputait de gloire avec tous. » Aussi ne croyons- nous pas Vasari, quand il affirme gravement que ce fut pour sa belle voix que Léonard fut appelé à Milan*. Il jouait de la

ment (le renaissance encore goUiiqiie. C’esl un travail en inai Li'e,qni fut acIievB en l'année 1316 et qui a pour sujet l'Assomption de la Vierge. On y pourrait joindre deux inonuinenls de la inènie époipic : le premier est le mausolée du martyr saint Pierre, dans l'église de Saint-Eustorge ; l'autre est dans l'église de Saint-Marc, il est consacré i la mémoire de Linfranc Seltala. Les habitants de Milan les attribuent au célèbre Giovanni da Eisa. — Iluco GALLmBERn.

• « Léonard devait chanter et jouer de la lyre devant ce prince passionné pour la musique. Il arriva portant un instrument qu'il avait façonne lui-méme, presque entièrement en argent et ayant la forme d'un crâne do cheval. Cette forme était originale et bizarre, mais donnait aux sons quelque chose de mieux vibrant et de plus sonore. Il sortit vainqueur de ce concours ouvert à beaucoup de musiciens, cl se montra le plus étonnant improvisateur de son temps. Ludovic, séduit encore par l’éloquence facile et brillante de Léonard, le combla d'éloges et de caresses. • — Vasari.

Un écrivain moderne, M. Giuseppe Cainpori, croit que Léonard de Vinci fut appelé à Milan pour la statue équestre de Francesco Sforza. t Les artistes florentins étaient alors en grande réputation et occu-

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