LES MAITRES
Léonard voulait déjà vaincre la nature par sés grands effets, comme par ses menus détails. Il en étudiait tout à la fois l’expression et l’analomie. Pour lui la vie était le grand mol do Part. Selon Vasari, «on confia à Léonard un carton, d’après lequel on devait exécuter en Flandre une portière tissne de soie et d’or, destinée au roi de Portugal. Ce carton représentait Adam et Kve dans le paradis terrestre, au moment de leur révolte. Léonard peignit plusieurs animaux dans une prairie émaillée de mille fleurs, qu’il rendit avec une précision et une vérité inouïes. Les feuilles et les branches d’un figuier sont exécutées avec une telle patience et un tel amour, qu’on ne peut vraiment comprendre la constance de ce talent. On voit aussi un palmier, auquel il a su donner un si grand ressort par la disposition et la parfaite "entente des courbures de ses palmes, que nul autre n’y serait arrivé. »
Parmi scs commencements il faut parler aussi de celle Adoration dea Mages de la Galerie des Offices de (le Florence où il y a de si grandes beautés, surtout dans les figures. Vasari avait admiré celte œuvre inachevée mais si belle — qu’est-cc que la perfection ? — dans la maison d’Amerigo Bcnci (pii racontait que tout Florence salua un grand
DE LÉONARD DE VINCI il
jieiiUrc le jour où Leonard de Vinci permit de voir son tableau, même avant qu’il ne fût terminé. Ce fut peut-être cette admiration qui arrêta le peintre dans son travail. Tout en adorant déjà le fini, ne jngcail-il pasqn’en certaines œuvres à force d'art, on montre trop le travail ; la nature elle-même a ses exemiiles de tableaux inachevés et sacrifiés. Toutefois lAmard de Vinci n’a pas dit cela dans scs préceptes, où il veut que l’artiste lutte jusqu’au dernier mol.
On a cru impossible de bien dal.er cette page religieuse, mais elle appartient à la manière encore florentine de Léonard de Vinci. Le grand artiste n’avait pas jusque-là vu les Milanaises, qui lui donnèrent l’ébauche de ce type si humain et si divin qu’il réalisa avec passion.
Déjà, dans cette manière florentine, on peut étudier son secret de la science des ombres cl des lumières. Il dessinait d'abord avec la plume ou le pinceau ; il mettait en perspective; il indiquait avec une couleur bitumineuse les grandes masses d’ombre : de celle gamme sombre il dégageait la lumière, mais avec l’harmonie la plus tendre et la plus voilée.
On retrouve dans la même galerie un dessin qui est la mise en perspective de celte Adoration des