‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 15 sur 69 · ET I, É 0 :< A U I) DE VINCI · texte numérisé non relu

ET I, É 0 :< A U I) DE VINCI

il loul; il regiiriie de loin leurs tragédies, mais n’y veut pas jouer un rôle, tant il a peur de voir du sang à ses mains. Pourquoi s’étonner de la sérénité et de la quiétude de Raphaël traversant avec un sourire les plus dramatiques événements? « Ces impassibles madones savent-elles coque leure s^urs vivantes ont éprouvé de Borgia au sac de Forli, de Capoue? Ces philosophes de V École d'Àthèncx peuvent-ils raisonner, calculer, au jour du sac de Brescia, à l’heure où un furieux frappe au sein de sa mère mourante le futur restaurateur des mathématiques? Et cette Pxyché, enfin, peinte deux fois par Raphaël avec tant de charme dans toute sa longue histoire, n’a-t-elle donc pas entendu l’effroyable cri de Milan, torturée par les Espagnols qui seront à Rome demain ? » Non, Psyché n’a pas entendu l’effroyable cri de Milan torturée, car elle est toute à sa passion. Plus loin, l’historien s’indigne de voir comparer Raphaël à Virgile ; selon lui, « c’est une cruelle injure pour le cygne de Mantoue. Le charme de Virgile, sa gr<àcc sainte, c’est d’avoir souffert avec l’Italie. » Et après avoir condamné Raphaël, l’historien de la Renaissance dit de Léonard do Vinci qu’il voulait l’insensibilité, mais qu’il imprimait dans ses figures — saint Jean, Bacchus, la Joconde — le sourire nerveux et maladif de

LOUIS XII

l’espril italien. Pure vision d’un esprit qui veut que la Politique envahisse l’Art cl la Poésie, que l’accident d’un jour trouble ces grands esprits qui ne sont de ce monde que pour y faire rayonner le souvenir des élysces. Le vrai courage, quand on est peintre ou sculpteur, n’est pas de chanter les De Profundis de Savonarole ou de s’armer pour la tyrannie des Borgia contre la tyrannie des Sfor/a, pour Charles-Quint ou François P'' : c’est de peindre et de sculpter stoïquement, même quand la Guerre et la Révolution sont aux portes de l’atelier. C’est bien mourir que de mourir à son œuvre comme Jean Goujon.

On a reproché à Léonard de Vinci « sa servitude aux princes étrangers. » C’est à peu près comme si on reprochait au moissonneur qui n’a pas de moissons de faucher pour le fermier. Callot disait: « Je me couperais plutôt les mains; n mais Callot avait une patrie, Léonard n’en avait |K)iiit : il était FloreU-

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ET I, ÉONAnD DE VINCI

tin, Milanais, Romain. La patrie de l’artiste, c’est le monde, ou c’est l’aiclicr. Ce n’est pas à lui de courir aux émeutes de la rue; il ne doit regarder les révolutions que par la fenêtre Que lui importe Tyran I ou Tyran 11, le maître d’hier ressemble toujours au maître de demain; le vrai royaume de l’artiste, c’est le royaume du beau, c’est là (ju’il appelle les âmes, c’est là qu’il gouverne les esprits. Aussi l’art est-il au-dessus de toutes les politiques. Machiavel ne va qu’à la cheville de Léonard; son immortelle théorie du pouvoir n’a jamais conquis une âme au bien : Léonard de Vinci, par son immortelle théorie du beau, en a conquis des milliers.

On a fait de tous les grands hommes, de Michel-Ange en passant par Molière , des révolutionnaires après coup , parce qu’il n’y n pas d’existence si détachée qu’elle soit de tout sentiment démocratique qui ne donne prise à l’interprétation partiale de l’historien , par quelque action ou par quelque mot caractéristiques; mais on a beau chercher et torturer les textes, rien dans la vie et dans les écrits de Léonard ne donnera raison à ceux qui vont chercher le révolutionnaire avant la lettre.

La politique de Léonard do Vinci était donc audessus — d’autres diront au-dessous — de toutes

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