‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 17 sur 69 · I. 0 U I S XII · texte numérisé non relu

I. 0 U I S XII

Plusieurs historiens de I^nard , Delécluze entre autres, aflirment qu’il vint en France en 1500*. « On ignore absolument, dit-il, quelles furent scs occupations à Blois, où l’on sait, ]>ar ses notes seulement, qu’il demeura. » Dans un des manuscrits, Léonard décrit le château de Blois. Le comte Gallemberg croit que le manuscrit est de 1506, mais les notes de Léonard n’ont pas de date certaine. Nous croyons que l/‘onard n’a fait qu’un voyage en France, et qu’il faut reporter à dix ans plus lard son séjour à Blois. Iæs historiens se sont mépris sur CCS mots : « Âppcllé par Louis XII. » Louis XII l’avait appelé, mais à Milan ; et ce fut pour la cour de France à Milan que Léonard quitta Florence**.

* Quelques disserlalioiis italiennes toutes modernes, mais trop vagues pour rien prouver, assignent la date de 1509.

'* Sans doute ce fut Léonard qui onvoja Andrea Solario en Fnince pour les peintures du cliâteau de Gaillon. En effet, c'est prcciscmcnl en 1 liOU que Solario passe les monts, date indii|uéc par quelques biographes au preoiicr voyage do Léonard de Vinci en France. Celait

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Que iil-il, uiu^ fois les arcs de (rioinplie lombes dans la friperie des décors de la cour? Dans un de ses chapitres, qui a pour titre ; Du Canal de la Martezana, il expose : 1" les moyens de diminuer les pertes qui résulteraient pour le Lodi-Giano, des eaux que l’on enlèverait à l’irrigation des terres de culture et des prés, en faveur de la navigation ; 2® les moyens d’obvier h cet inconvénient en rechcrchani les sources actives, afin de disposer de leurs eaux pour l’irrigation des terres.

On le voit aussi tout occupé cà établir une écluse au canal de Saint-Cbristopbe. Quoique ce fût là sans doute un travail tout simple, Louis XII le jugea considérable, puisqu’il lui accorda plusieurs prises d’eau en toute propriété, ce qui était alors une fortune [>our tout autre que pour Léonard : il laissa l’eau couler en rêveur qui cherche toujours, sans souci pour lui-même des biens de la terre.

Lui qui voulait fuir les orages, il était cependant toujours dans les orages. Le théâtre allait encore changer d’acteurs. Les princes d’Italie, l’empereur Maximilien, le pape Jules II, avaient forme une

bien Ltionnrd dans la personne d'Andrea Solario. C'était si bien I/nnard que beaucoup de peintures du disciple furent longtemps attribuées au maître.

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|)our (,‘litisscr les l' rnnçuis du duchc de Milun, en fiivciir desSforza. Ludovic le More venait de mourir après une rude captivité de dix années — Louis XII, le père dn peuple, n’était pas le père des princes — mais son fils, Maximilien Sforza, avait vingt ans. Les Français furent vaincus ; le jeune duc remonta sur le trône de son père. 11 retint Léonard qui sans doute ne SC fit pas prier, puisqu’il fit deux fois le i)ortrait de son nouveau maître.

N’oublions pas de rappeler que si Léonard de Yinci avait trouvé un haut protectorat à Milan, il était encore méconnu à Florence et surtout à Rome; ou l'appréciait par quelques œuvres de ses commencements, mais on ne reconnaissait pas en lui celte grandeur et cette sublimité qui devaient bientôt s’imposc'r partout.

C’est une des gloires de Louis XII de n’avoir pas méconnu Léonard de Vinci.

Quand les Français entrèrent en Italie, les Italiens crièrent aux barbares. La France de Cborles VIll et

(le Louis XII n’étail pas Leaticotip plus barbare que rilaliedcs Sforza, des Médicis el des Rorgia. Le vieil empire de Charlemagne avait sa république des lettres et des arts. Depuis des siècles, la France pouvait s’enorgueillir d’une arcliitccturc religieuse cl nationale; le modèle de nos cathédrales avait même servi à l’Allemagne cl à l’Angleterre. La Bourgogne, la Normandie, l’Ile-dc-France ne comptaient plus leurs monuments. Non-sculcmcnl les palais cl les hôtels, mais les joyaux cl les costumes, les meubles el les tapisseries, pla(;aicnl la France à la tète des arts du luxe, de ce côté guerrier de l’Occident. L’imprimerie avait trouvé ses premières presses dans le royaume de Louis XI, ce roi qui ii’a été barbare qu’avec ses ennemis politiques. La France avait si bien encouragé la calligraphie, qu’elle éUiit devenue l’art merveilleux de la miniature ; Ëlicnne Fouquet peut rivaliser avec Grimani de Venise et Brcnlano de Francfort. Atavanlc le Florentin avait admiré le livre d’IIeurcs d’Anne de Bretagne. Nous avions des Jean Van Eyck, dont les noms, qui s’élevaient alors dans le soleil de l’art, se sont perdus dans la nuit des temps. La sculpture de nos églises, de nos palais, de nos demeures, de nos jombeaux, était faite de chefs-d'œuvre anonymes sortis du génie national. Nous tournions les yeux vers l’Ita-

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LOUIS XII

lie, parce qu’elle avait une grande pcunlure que nous n’avions pas. Nous possédions les sublimes arcliileclcs, les pieux slaluaires, les merveilleux mini<iliirislcs : il nous manquait li*s grands peintres.

Louis XII avait appris à connaître Léonard par un tableau venu jusqu’à Blois et ]>ar un manuscrit que Charles VIII avait rapporté d'Italie, la chose la plus rare qu’il eût trouvée comme butin de conquête. Los miniatures n’étaient pas de lÆonard, mais il en avait donné les dessins avec l’expre-ssion voluptueusement divine de scs figures de vierges ou d’amoureuses. On sentait la même âme dans le tableau et dans les miniatures. Le, roi était ravi : jamais œuvre humaine n’avait mieux parlé à son cœur. Aussi mit-il tout en action, comme s’il .se fût agi d’une province, pour que Léonard de Vinci fût le peintre du roi de France. C’était pourtant à l’heure de ses préoccupations contre la révolte de Gênes, quand déjà il se préparait à châtier cette cité bruyante et rebelle. Il écrivit à Milan, il écrivit à Florence, à Georges d’Aml>oi.se et à Pandolfini, pour cette affaire d’État; et c’était bien une affaire d’État, car de toutes les gloires de Louis XII, la conquête de Léonard de Vinci n’est pas la moindre. On retrouve toute cette histoire dans le Carleggio <lcgli artisli, qui a recueilli la dépêche de Pandol-

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fini; elle signale dans Louis XII, comme a si bien dit M. Rio : « l’appréciateur enthousiaste d’un génie vraiment transcendant à moitié méconnu dans sa patrie; ensuite elle nous montre dans un nouveau jour celte âme vraiment chrétienne et royale qui demande au pinceau magique de son peintre favori, non point ces profanations mythologiques alors si recherchées dans les autres cours, mais tout simplement des tableaux de la Sainte Vierge, et peut-être son propre portrait". » On a vu déjà que le roi ne voulait pas perdre un jour. Il fallut que « son désir fût transmis sur-le-champ à la Seigneurie de Florence. »

Ce fut une des meilleures périodes de la vie de Léonard, que les années qu’il passa sous le protectorat de Louis XII et do Georges d’Amboise; il avait re-

* I.e inême historien constate que Louis Xtl ne connut pas ce patronage frivole, c dont peu de dynasties ont été exemptes, qui a pour

• unique but d'ajouter quelque chose h la popularité des princes et au

• mobilier de la couronne. > C'est plus spirituel que juste ; les tableaux et les marbres ajoutent quelque chose au trésor national, qu'ils soient profanes ou .«aérés.

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Iroiivc loiilo sa lilterlé d’aclion, il ilissinail ou peignait, selon sa fantaisie, sans qu’on lui rappelât, comme à Florence, que les lieurcs qui couraient étaient payées d’avanœ*.

Si le lumulteet l’agitation île Milan le fatiguaient à certains jours, il courait s’oublier dans la villa de Vaprio, au milieu de scs chers Melzi, ces nobles Melzi si familialement hospitaliers, dans cette nature devenue par lui plus belle et plus féconde. C’étaient là les lioaux jours, les promenades salutaires, les cau-

* En 11)07, Louis Xlt, apri-s avoir conijuis Gènes, renouvelle Ii )lilan les triomphes de rauriennc Itoiiie. Sans doute Léonard eut quelque part à l’orfranisation de celle fête, qui rappela celle rpi'il avait ordonnée pour le mariage de Jean Galéas et d'Isahelle d'Aragon.

Vainqueur des Vénitiens, laniis XII veut un magnifique triomphe, auquel Inivaille le pinceau de Léonard : des ))elnlures et des ornements dans les rues et dans les éililices ouverts, des chars, etc. 11 dut y employer tous scs élèves.

C'est en cette année qu’il fait le portrait de Trivulce, dont parle l.omazzo, et ((ui est maintenant dans la galerie de. Dresde.

Mémo année, le roi le nomme peintre de la cour, et lui en donne les appointements. Dans un manuscrit, on trouve celle adresse en vieux français :

A Monsieur l.yoïurd, peintre du J\oy pour Aiul>oyse.

Lui-mème rap[Kdle ce litre dans une lettre, et parle de sa pension dans son testament.

A celle éjioquc on ne signale aucune oeuvre de Léonard ; peut-être s’occupait-il de li'ttres et de sciences. On a de lui trois lel'ires d'alors, qui parlent un peu de sa vie privée, de ses démêlés avec -ses frères

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ET I, f; 0 fi A U n DE VINCI

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séries faciles, les veillées eliai'maules. Tüuleii relrouvant les amis de son cœur, il rciroiivail les amis de son esprit : la Rêverie, la Méditation et l’Étude, car ri'ilude le suivait jusque dans le rcjios.

Malheureusement ces fêtes de la nature étaient troublées; les magistrats de la République de Florence le poursuivaient de sommations impérieuses et d’accusations outrageantes pour le forcer à continuer son travail chez eux. Il lui fallait toute la bonne grâce de Louis XII cl tonte l’amitié de fieorges d’.Xmboise

pour l'héritage de leur oncle de Florence; puis des difficidli''S du canal de Lombardie, qui manque d'eau ; enfin de deux tableaux qui, selon Amoretti, sont deux madones.

Le livre de Liicea di Borgo saii Sefiolcro, plus connu sons le nom de l’iccioli, de Divina proporlione., doit être considéré comme étant un |ieu l'œuvre de Léonard de Vinci. Un des beaux mannscrit.s de cet ouvrage, peut-être celui inCmc qui fut présenté au due de Milan, fut catalogué b la Bibliotliéipic de Genève par Jean Senebicr en 1779, aver celle remarque :

< Le manuscrit est singulièrement bien écrit, et les ligures de ma- « thématiques qu'on y voit sont peintes avec toute l'exactitude et toute « l'élégance du véritable artiste. L’auteur y fait un grand éloge des « mathématiques, de même que de Fusage ipi’on en peut tirer pour

• la perfection des sciences et des arts. Il y parle ensuite du calcul « des proportions : il l'applique aux solides, dont il enseigne les in-

• .scriplions et circonscriptions réciproques ; enfin il apprend b mesu- « rer les colonnes. L’auteur l’a dédié •’i Luilovic Sfnrza, duc de Milan, « dont les armoiries sont très-bien peintes. Tiralmscbi parait croire « que cet exemplaire même fut présenté au duc de Milan, et que les « figures doivent avoir été peintes par la'-onard de Vinci. »

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pour l’abrilcr contre les Florentins. C’était encore une affaire d’État. Le.s lettres du maréclial de Cliaiimonl i\ la Seigneurie sont un témoignage de plus jMiir le caractère de U'onard de Vinci. Georges d’Amhoise écrit que dès qu’il a vu ses œuvres il l’a aimé avant de le connaître; mais quand il l’a connu, il l’a trouvé plus grand encore que sa renommée; aussi son amitié pour lui se traduit-elle par la plus vive admiration *.

Celle belle période ne dura guère que quatre années — 1507 à 1511. — La mort qui prit Georges d’Amboise mit au tombeau les plus beaux rêves de Léonard. L’odieuse guerre remua encore tout le pays. IjC sac de Brescia jeta un voile de deuil sanglant sur l’image de la France à Milan, où bientôt .Maximilien Sforza recouvra le duché paternel. I.es Milanais montrèrent la même joie à l’entrée du jeune ducque naguère à l’entrée du vieux roi. On salue toujours l’avenir (îfimme un ami. Iæ lendemain a les mains pleines de promesses.

* Gâte. — Corlcggio degli ariisii.

ET LEONAIiD DE VINCI

Comment I^nard jugca-l-il ce nouveau coup de théâtre? L’accepla-t-il comme un acte dramatique de plus dans la comédie humaine que jouent les princes en jouant aux soldats et aux empires? Sans doute il regretta plus amèrement ses amis morts ou en fuite que son titre de peintre du roi de France et sa pension si bien payée. Il ne quitta pourtant pas Milan, soit qu’il fût retenu par les prières du fils de Ludovic le More, soit qu’un souvenir d’amilié et de compassion pour le père qui venait de mourir prisonnier à Ix)ches, l’eût retenu auprès de Maximilien Sforza. Ce qui est hors de doute, c’est que lui qui avait peint le père et la mère, peignit l’enfant, l’enfant devenu un homme, devenu un prince, devenu presque un héros.

Ici encore on se demande de quel œil il regarda les arcs de triomphe qu’ilavaitdcssinés pour Louis XII et qui furent redressés pour Maximilien Sforza.

Le jeune duc ne régna pas longtemps sur ce trône

déjà clianceliint, rebàli qu’il clait sur lanl de ruines. Trivulce cl la Trcinouillc rcnlrèrcnl vainqiicui’s à .Milan, mais ils n’apfwrlèrent pas la paix. La guerre lui lüujours aux portes; les vainqueurs d’Iiier seronl les vaincus de demain; enfin, le 7 aoùl lul i, la paix fui signée à Londres. Mais l’armée de Louis XII ballai l en relraile.

Celle fois, Léonard de Vinci fil comme l’armée de Louis XII. Il crul que la France avait dit son dernier mol; il ne pressenlil pas la revanclie de .Marignan. 11 dit à scs élèves. Ions ses jeunes amis, que Home seule pouvait les consoler d’avoir tout perdu. Ce fut toute une émigration. On eût dit un tableau de la Bible, à la vue de ce pali iarclie de la Peinture enlraînanl son école sur ses pas connne Jésus lui-même entraînait ses disciples. Sur la première page du volume B de ses Mémoires, il écrivit : Partii d(( Milano per Roma addi U di $ellembre con Giovanni, Francoico Melzi, Salai, Lorenzo el Fanfoja. Et pas un mot pour témoigner de ses regrets, comme s’il eût craint de s’avouer vaincu à celle nouvelle bataille de sa vie. Chaque fois qu’il était atteint, il relevait sa tête noble el lière, il gardait le sourire des gladiateurs cl retournait au combat en disant comme le philosophe anlitjue : Le Ilot passe el emporte tout.

I nc autre noie conduit la caravane jusqu’à Sainl- Coloniban, sur la rive gauche du Pô. Faut-il voir le senlinient de tristesse de Lwnard dans ce pays âpre, sauvage, désolé, (ju'il voulut emporter comme souvenir du pays aimé ou comme impression de voyage?

Dans celte existence multiple, tout est vague, profond, étrange, mystérieux pour l’historien; l’abîme des hypothèses s’ouvre à chaque pas; c’est qu’il lui faut peindre bien plus la vie de l’àme que la vie du corps. Ainsi dans ce voyage, pendant que les pieds vont en avant, la pensée sans doute traverse tous les sombres nuages de l’avenir, que dore encore çà et là l'espérance, comme on voit au soleil coucbanl les teintes enflammées caresser la crête des nuées.

Quelles œuvres laissait-il derrière lui depuis son retour à Milan? Les portraits doTrivulce et de Georges d’Amboise, deux portraits de Maximilien Sforza, le Moi'one son chancelier, le Saint Jean de la galerie du Louvre, l’Hérodiade, la Madone colossale de Vaprio,

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cl’aulrcs portraits poul-étre. Mais combien d’heures avaient été prises par les travaux hydrauliques de la Martezanaet lis constructions des réservoirs de Saint- Christophe, sans parler ici des heures dominées à l’école, de ses études d’architecture, d’astronomie et de mathématiques? Il avait perdu sa journée quand il n’avait pas allumé une lampe de plus j)Our l’intelligcncc humaine, quand il ne s’était pas mis en communication intime avec la nature.

Pendant que l’imprimerie commençait ici à débrouiller le chaos de l'antiquité, là à élever cette tour de Babel bâtie de livres de tous les pays pour la confusion des langues; pendant qu’on imprimait les Bibles de la Grèce, Homère et Platon ; pendant que le cardinal Ximenès imprimait la Bible en cinq langues pour faire oublier son auto-da-fé sacrilège des cent milliers de manuscrits précieux, trésors historiques de l’Orient; pendant qu’Érasme, un autre enfant de l'amour comme Léonard de Vinci, picorait comme l’abeille antique ces aduijia dont Budé disait : a C’est le magasin de Minerve; tout le monde y a recours, comme aux feuilles de la Sibylle*; »

* Holbciii peignit Érasme en triompliatcur, couronné de lauriers, sous un arc romain, entraînant les mondes par les chemins inspirateurs de l'antiquité.

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pcndanl que tous les initiés fouillaient la terre sacrée pour y retrouver, vivant encore du souffle de l’Art, les grands dieux et les grandes déesses de la sculpture grecque; pendant que tous voyaient dans ce crépuscule d'un beau jour, l’aurore d’un jour nouveau. Léonanl de Vinci dédaignait la lampe tombale du passé. Homme de l’Art nouveau, homme de son temps, artiste précurseur, il marchait en avant, sans détourner la tête, tout la nature vivante, ce sphinx éternel dont il arrachait les secrets par le scalpel de la science, quand cc n’était point par l’amour.

I.a)uis XII avait emmené dans son voyage de conquérant en Italie un peintre de Paris, son premier |)cintre, c’est-à-dire son peintre valet de chambre, Jean Péréal, déjà surnommé le second Zeuxis et le second Apciles. Il voulait qu’il représentât sur toile ou [«anneau ce que le chroniqueur Jean d’Oton et le poëte Jean Marot décrivaient en prose et en vers ; Trio de Jeans, ménagerie savante pour les intermèdes de

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la guerre, sinon pour la lumière de l’iiistoire. « Jean de Paris salislit par grande industrie à la curiosité de son olfice. » Il reproduisit avec la vérité naïve du temps « les villes, châteaux, de la conquête et l’assiette d’iceux, la volubilité des fleuves, l’inégalité des montagnes, la planuro du territoire, l'ordre et le désordre de la bataille, l’borrenr des gisans en occision sanguinolente, la miséraWeté des mutilés nageant entre mort et vie, l’effroi des fuyans, l’ardeur et l’impétuosité et l’exaltation et bilarilé des triompbans. »

Quand Louis XII revint en France avec des dessins de Léonard de Vinci, on ne regarda que les œuvres de Jean Péréal; le peintre historiographe ne fît pas regretter que l’illustre peintre de la Chie ne vînt pas encore en France. La vanité parisienne éleva Jean de Paris au-dessus de tous les « cilrainontains*.»

‘ Ce UC fut pas sans doute l'opinion de Louis \II, ainsi que lu Icinoigncnt ta lellre à la Seigneurie de Florence et celle conrersalion rapportée par l'ambassadeur de la république, Francesco l’andolfini : — « lllois, 22 janvier l-bO?.— Me Iroiivanl ce malin eu présence du roi Irés-chiélicii, Sa Majesté m'appela, disant : Il faut que vos seigneurs me rcndciit un service. Ecrivez-leiir que je désire me servir de maître Léonard leur poinlrc, qui se trouve à Milan, désiranl qu'il me fasse certaines choses, et faites en sorte que ces seigneurs lui enjoignent

ET L É 0 N A n D DE VINCI

Louis X.11 mourul. Léonard indiqua celte niorl dans ses manuscrits, sans exprimer plus de regrets qu’à la chute de Ludovic le More. Los hommes jiassaienl devant lui comme des acteurs. 11 ne prenait au séi ieux que le théâtre, celle nature qui ne meurt jamais et <]ui enfante toujours la nature, son amour et son maître, l’image visible de l’invisible.

(le me servir promptement, et (|u'il ne parte pas Je Mitan avant mon arrivée. It est bon maître, et je diisirc avoir cerlaines choses de sa main, fverivez à Florence de manière à obtenir ce résultat, et railcs-le promptement en in'cnvuyanlla lettre... F.t touleela est venud’un petit tableau de sa main qui a etc apporte dernièrement ici de, là-bas cl juge un très-excellent ouvrage. Dans la Cünvcrsatio;i, je dcinaudai à Sa Majesté quelles œuvres elle désirait de lui. Elle me répondit ; Certains petits tableaux de Notre-Dame et autres, suivant ipic cela me viendra dans l'idée ; peut-être aussi lui ferai-je faire mon porrail. >

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ROME

l.éON X ET LéOMARD DE VINCI LA MADONE ET LA SAINTE CATHEniNE LA PEINTURE ET LA SCULPTURE LES TROIS DIEUX DE LA PEINTURE

Jiilc's II avait protège les artistes avec un haut dédain et un froid despotisme. On se rappelle .son « Bref* » où il dit, parlant de Michel-Ange et de

* A mes cliers fils, salut et Ixiiiiyicllon aiM>sloli(iiio. MicJtel-Ange, sculpteur, qui s'est éloigné de nous sans motif et par caprice, autant que nous avons pu.lc savoir, craint de revenir auprès de nous, quoique nous n'ayons pas li nous plaindre de lui. Nous connaissons l'buineur des hommes d'une telle espèce; mais cependant, afin qu'il bannisse tout soupçon, nous vous exhortons, par cette affection que vous avez pour nous, de vouloir lui promettre de notre part que, s'il revient auprès de nous, il ne lui sera fait aucun mauvais traitement, et que nous lui rendrons cette même grâce apostolique que nous avions pour lui avant son départ.

ROME

Ions los artistes : Perché coïwsciamo l'amore detjli iiumini di tal fallu. ■

Léonard de Vinci avait peur d’être ainsi protégé; aussi, quoique Rome l’aiipelàt depuis longtemps, il ne voulut pas y chercher une troisième patrie.

11 alla jiourlant deux lois, comme en pèlerinage, à la ville éternelle. Kn liiOS, il voulut sans doute y laisser la marque religieuse de son passage : la fresque charmante du cloître Saint- Oniifre fut comme sa première station religieuse à Rome.

Neuf ans après , dans l’automne de 1514, il raconte lui-même qu’il quitta Milan pour la troisième fois avec toute sa nouvelle famille, puisque ses frères l’avaient renié le jour de la succession de son |ière*. Léon X promettait une ère nouvelle aux

* Vasari a conté — c'csl te mol — ce qn'il appelle les folies de la’onard ;

€ lalonard, pour égayer le voyage, composait en cire des animaiii si libers, qu'en soufflant dedans, ils s’envolaient jusqu'à ce que l’air qui les soutenait vint à leur manquer, l'ii vigneron avait trouvé un li-2.ird fort curieux ; Léonard s'en empara et fabriqua, avec des écailles arractiées à d’autres lézards, des ades qu’il lui mit sur le dos, et qui frémissaient à cliaque mouvement de l'animal, à cause du vif-argent qu'elles contenaient. Il lui ajusta, en outre, de gros yeux, des cornes eide la barbe, et l'ayant ajjprivoisé, il le portuit dans une Imite d'où

arlistcs; toute l’ilalic ouvrait les yeux sur Rome. ■\ Florence, le frère du pape, Julien de Médicis, prit dans sa suite la caravane milanaise.

Le pape fut cliarmanl : il caressa Léonard par les éloges les plus vifs et lui dit de travailler pour la gloire de Dieu , de l’Ilalie, de Léon X et de Léonard de Vinci. Léonard promit de se mettre à l’œuvre ; mais tout désorienté par les dernières révolutions, par les premières atteintes de la vieillesse, par les nouvelles ligures qui lui apparaissaient dans le monde de l’art, il piil le pinceau et le laissa tomher. Callliasar Turini da Pescia , dataire de Léon X, ïamassa le pinceau et lui dit : « Si vous ne peignez

il Ifi fiiisail sortir pour cffr.iyer ses amis. Il aimait à so liivertir par ilo semblables inventions. Souvent il nsluisait les iKiyaux (l'un mouton au point de pouvoir les renfornicr dans la panmc do sa main, .\prcscn avoir introduit un bout dans une pièce voisine de celle où il recevait, il y adaptait un soufflet de forge, et les gonflait parce moyen de telle sorte que les visiteurs devaient se réfugier dans un coin et quelquefois sortir. Léonard comparait la vertu à ces boyaux transparents, qui tenaient d'abord si peu de place et à qui il en fallait une si grande ensuite. Il se livra à toutes sortes de folies semblables et s'appliqua à connaitre l'effet des miroirs. »

Vasari ne comprend pas que » ces folies ■ sont les tentatives d'un chcrcbeiir obstiné qui travaille même dans scs distractions. Ne retrouve-t-on p.as le pbilosophc dans sa comparaison qu'il fait de sa vertu (|ui se cache d'abord et qui .s’impose bientôt par sa grandeur 7

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