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figures de Jelian Foiieqiiet. !.e peintre de la Cène et le peintre du Mariagedcla Vierijcsc toucliaicnl par plus d’un point lumineux.
Maudite soit la Ucnaissance ! Voilà le premier cri que jette le cœur fi an(;ais. Mais l'Art s’élève au-dessus des passions politiques; les Alpes n’existent pas pour lui. Saluons donc la Itenaissanee, nu nom du beau universel, de la patrie universelle et de l’art universel.
(Jui nous amena la Itenaissanee?
Louis XI fut un novateur inquiet qui cliercliail et qui fuyait la lumière. D’une main presque proiligue, il payait les savants venus d’Italie et de firèce, qui secouaient devant lui la poussièie d’or des chefsd’œuvre antiques; de l’autre, il rouvrait les portes ténébreuses du Moyen Age. De son pied brutal il chassa la vieille .scolastique, il encouragea l'imprimerie, « il s’amusa » aux fresques des églises cl aux miniatures des missels. La peinture était née, mais ne parlait pas encore. I/)uis XI lui sourit dans son berceau.
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Mais ce fui Cliailes ViH, un roi lurbiilent, avenliireux, clicrchanl le limil, (|iii, sans le. vouloir sans (Ionie, donna à la pcinliire droil de cite* en France. Il ouvrit la main et d(jcliaina la guerre. Il passa les monts pour chercher des conqmMcs en Italie; scs vraies conqmîles furent les Inmii'res que son arm(;e en rapporta, prtîcienx butin qui enrichit toute la France. I/Ilalie fut notre sœur aînée, descendue tonte rayonnante du lit de la Renaissance. Comme la Belle-au- Rois-Uormant, elle se réveillait plus belle cl plus jeune aprî's des siècbîs de ténèbres.
L’Italie du Moyen Age s’était plus d’une fois louriit'e vei*s la France pour y voir la lumière à travers les sombres forêts; le soleil à certaines heures projette ses rayons et répand la lumière jusque sous les ramées les plus ténébreuses. L’Italie était venue <;à et là chercher des rayons chez nous. Elle avait admiré notre architecture, elle s’était inspirée de notre poésie ; mais là on nous avions trouvé une écolière enthousiaste, nous allions trouver une maîtresse souveraine.
LE MOYEN A G E
A Homo comme à Milan, à Naples comme à Rome, Charles VIll SC conlcnla des lahleaiix vivants de l’ilalie. Pour lui, les œuvres d’àrt c’élaieni les femmes, qu’il appelait à scs festins; c’eût clé déjà un pas vers l’Art, si le senlimcnt de la Beaulé l’eût emporté en son âme sur le sentiment des passions amoureuses. Revenu ilc la halaille, « il n’entendoit plus qu’à faire bonne chère et à jouster, de nulle autre chose ne lui chasloit. » C’est Comniines qui parle ainsi. Il faut croire pourtant que le roi de France fut ému en Italie des nionumenls de l’Art; car Commiiies dit plus loin qu il amena de Naples à Amhoise « plusieurs ou- >riers excellents, comme scul|)lcurs et peinircs. » Ces artistes furent occupés au château, où Charles VIII avait ordonné des constructions monumentales. Commincs est le premier historien qui nous indique l'arrivée de l’art italien en France. Quels étaient ces excellents ouvriers? ün croit en reconnaiire un dans Paganini, ce statuaire de Modène qui exécuta le tombeau du roi en marbre noir, avec des figures en bronze doré. Sans doute les autres artistes travaillèrent dans
ET LA RENAISSANCE
les châteaux voisins. Où sont les œuvres? Les guerres religieuses et le vamlulismc révolutionnaire ont tout déiruit, sans parler du temps, qui va presque aussi vite que la guerre et la révolution. On était dans la nuit étoilée. Louis \1I aimait la lumière, il amena l’anbe froide encore mais diqà souriante. 11 avait, ce père du peuple, les cruautés de la vengeance; il ensevelissait Ludovic le More, ce raffiné, ce voluptueux, ce prince artiste, dans une tombe de six pieds de large sur huit pieds de long, dit Bellcforcst; mais il faisait grâce aux Enfants Sans-Souci, ces fondateurs de la comédie en France, qui, dans leurs soties et moralités, le raillaient sur son avarice, et le représentaient buvant de l’or potable. Ils avaient raison. Louis XII ne buvait pas encore, comme François 1", à la source vive de l’intelligence, avec la coupe de l’.^rt et de la Poésie. 11 ne comprenait pas encore la belle langue des peintres et des sculpteurs, il ne lisait pas encore à livre ouvert Froissart, Charles d’Orléans, Villon, Marol, Saint-Gclais, ces conteurs et ces poètes qui sont le génie primitif de notre idiome.
Mais (icorge d’.\mboisc avait sur cet horizon d’autres yeux que Louis XII; il avait compris que les grands artistes font les grands règnes. Ce fut sur sa
LE MOYEN AGE
prière que I>ouis XJl revint, en 149!(, dans un jireniier cortège d’artistes italiens, Fra Jiocondo entre autres, architecte, sculpteur et peintre comme tant d’arlisle,s du quinzième siècle, une pâle épreuve de Leonard, qui sans doute alors avait refusé de passer les monts.
(iw)iff(*s d’Amboise, initiateur de ce style charmant qui passa comme un rêve sur la France, et dont le château de (îaillon fut une des expressions les plus vivo.s, était archevêque de Rouen; aussi Rouen futelle la capitale du gothique flamitoyant retouché par la Renaissance. Il inspira tout autour de son palais archiépiscopal des merveilles qui apparurent t!ti quelques années comme par enchantement : dans cet art il y avait de la féerie. L’art aime ceux qui le protègent ; voilà pourquoi Georges d’Amboisc dort à Notre-Dame de Rouen, sous un mausolée qui est le chef-d’œuvre des tombeaux.
On a dit que les sculpteurs champenois, les frères Richier de Saint-Mihiel et les frères Jacques de Reims furent les précurseurs de Jean Cousin, parce qu’ils allèrent étudier à Rome sous Michel-Ange. Jean Cousin n’eut qu’un juéeurseur, ce fut I^éonard de Vinci. C’est Léonard de Vinci, par les leçons qu’il donne, par ses tableaux, par ses de.ssins, par sa
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fresque de Noire-Dame des Grâces, qui enseigna à Jean Cousin le grand arl, la nature prise sur le vif, mais sous la lumière de ràmc. Léonard de Vinci et Jean Cousin sont les mêmes hommes : ils tentent l’universel et l’infini; ils sont plus parfaits, parce que tous les deux peignent et sculptent. Pour avoir peint un Jugement dernier, Jean Cousin n’en est pas plus Michel-Angesque, c’est un autre principe qui le domine, il fuit le grandiose pour la vérité. Dans ses figures de femmes couchées, l’Ève de Sens et la Diane de Paris, il a les contours voluptueux du maître milanais. Les femmes, elles aussi, ont. dans leur sourire un rayon de l’œil du serpent, comme la Joconde et l’IIérodiade.
Il est hors de doute que l’antiquité nous a inities au beau ah.solu, au contour idéal, à la ligne implacable; mais nous avons perdu en pittoresque ce que nous avons gagné en grandeur ; et que de fois nous n’avons atteint qu’un vain simulacre de la gran-
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(leur! — Que d’horizons relrouvés! — Mais qut' d’horizons perdus! A tout prendre, la France du quinzième siècle est-elle moins artiste, parce qii’fdle est moins parfaite que la France d’aujourd'hui ! Un voyageur de bonne foi, qui traverserait à |)elil(!s journées nos anciennes provinces, ne serait-il pas plus ému des monumenis, des villes, (h’s costumes, qu’il ne l’est aujourd’hui? La ligne droite a fait le chemin plus court. Je vais surprendre par un air de paradoxe en disant que la France de Louis XII comptait plus d’artistes que la France de Napoléon. Ils savaient moins, sans doute; mais pour n’ètre [>as familiers à la grammaire de l’art, exprimaient-ils moins le sentiment de leur époque? L’art d’aujourd’hui ne peint pas les aspirations de notre temps ; on pourrait dire qu’il n’(îst pas notre contemporain, tant il sera en dehors de notre histoire.
Mais pour les esprits élevés l’art n’a point de patrie, sinon la patrie universelle du monde idéal ; |)ourvu qu’il crée une belle chose, quelles que soient son origine cl son expression, il est l’art par excellence. Pourtant on ne saurait mé'connaîlreque si quelques monuments de l’esprit humain s’idèvent par leur grandeur au delà de toute nationalité, l'art dans scs manifestations plus intimes appartient à son pays
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comme à son siècle. 11 est un des trésors de la nation, il en est l’image, il en est l’àme. .Insqn’ici les historiens les plus vrais et les plus- éloquents sont encore les artistes. L’archéologie est la page la plus saisissante des vieux siècles. Quel historien a mieux montré le cardinal de llichclien que Philippe de Champaigne? Charles l", que van l)yck?Charles-Quint,qne Titien? Holbein crie la vérité. Toute l’iiistoirc du temps et des passions du seizième siècle en Allemagne et en Angleterre est là qui se trahit, depuis Érasme, l’esprit, jusqu’à Anne de lloleyn, le cœur. Le palais de Versailles ne eonle-t-il pas l’hisloirc do Louis XIV, comme le château de Fonlainehlcaii contait rhisloire de François F''?
La Renaissance nous a arrachés à la forêt primitive, an sol natal, an foyer intime, pour nous jeter dans toutes les aventures des idoles évanouies. Le génie n’est pas de faire ce que les anciens ont fait : c’est de créer des œuvres nouvelles. La plus belle copie du monde ne vaudra pas une œuvre prinie-saulière sortie toute vivante du front de l’artiste. Que nous a donné l’antiquité? Jean Goujon, peut-être; l’adorable Jean Goujon. El encore, qui sait si ces ineffables expressions de la grâce inaccessible nese fuswuit pas révélées sous cette main divine sans les exemples
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(las débris do l’Olympe. Mois pour un Jean Goujon qui nous a traduit la grâce aniiquo , combien de fi'oids comparses qui .n’ont jm animer le marbre, même en copiant Pbidias !
Rn art comme en politique, on subit le despotisme de la mode. C’est le Üiix et le redux de l'esprit liumain, toujours soulevé, mais toujours contenu dans ses rives. Voilà pourquoi on édictera des lois qui seront toujours violées ou abolicîs. Voilà pourquoi les thèmes les plus dissemblables se reproduiront toujours.
Il y a pourtant une vérité absolue, proclamée et consacrée par Léonard de Vinci : c’est que la nature est lemaître souverain, qu’on se place au point de vue de l’antique ou au point de vue des temps modernes. A force de remuer les ombres grecques et romaines, on finit par ne plus faire que des fantômes. La nature seule donne la vie. La vie stuile enfante l’art. Nul art n’est plus vivant que l’œuvre do Léonard de Vinci.
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lA'onard de Vinci a-l-il laissé des peintures , des cartons, des dessins à Amboise?
Dans le curieux dialofifue publié au dix-huitième siècle entre le Château de Cbuuleloup et le Chd- Icau d’Ambom, je trouve ces paroles :
« Quel plus beau morceau d'architecture que ma « chapelle du roi Charles VIII ! quelle délicatesse dans « scs voûtes ! Voyez de chaque côté de la nef les deux « oratoires destinés au roi et à la reine; descendez « dans la chapelle souterraine : si le ciseau du sculp- « teur est du fini le plus parfait, il n’est rien de « comparable aux peintures du célèbre l^'onard de « Vinci, dont il reste le portrait de François F’ et de « la reine Claude, son épouse, et (juciques anj^cs sur « bois assez bien conservés. »
Ii’abbé Hoger, qui écrivait ceci, n’écrivait pas précisément un article de foi. Il n’est pas impossible que Léonard ait peint le roi et la reine, qui ont dû prier beaucoup ce sublime paresseux pour être peints
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|t;ir Fiéonanl de Vinci. Kl s’il a peiiil le roi cl la reine, (]iic sont devennes alors ces deux ligures liisloriqiies? Vainement toute la critique les a cliereliées. Quel regret de ne pas avoir au Louvre le porliait de François par Léonard de Vinci comme on a le portrait de François F' par Titien !
J’ai clierclié et questionné ; la chapelle souterraine a été démolie et refaite. J'ai interrogé les pierres sous le badigeon, je n’ai trouvé nul vestige, ni des portraits, ni des peintures sur bois.
Le chroniqueur Lemaire de lielges, dans son élégie dialoguée sur « la Mort de Louis de Luxembourg, » fait parler la Uhétorique et la Peinture. La Peinture, après avoir rappelé les grands noms de l’antiquité, consacre les noms modernes :
Ivl si je n'ay Pan imsse ou Aiqielles,
Dont le nom bi uil par méinoires aiieiennes, l’ay des esprits récents et nouvelels,
Plus ennoblis par leurs lieaiix piiieelets (Jue Marinion iadis do Yaleiiciemies,
(tu que Konc(]uet, qui tant eut gloires siennes ; Ne que l'oyet, [loger, Hugues de Gand,
Üu loanues, qui tant fut élégant, llesoitgnez donc, mes alunuies inodcrncs,
Mes beaux enfants nourris de nia mamelle ; Toy, LÉo.v.vno, qui as grâces suiierncs ;
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E î L A r. E s A I s s A A C E ïbt>
(Jentil lîi lliii, ilüiU les lot sunl éternes,
Kl Pei usiii, (jiii si liieii coiilciirniesle;
El loi, Jean Ilay, la noble main eliomc-elle?
Viens voir Nalurc avec lean de Paris,
Pour lui donner oinbra;:e el esjicrils.
Le clironiqueur ne parle iiiie des Franeais on des llaliens francisés par leurs cenvres en Fi ance. Mais quelles œuvres? Le poêle ne parle pourtanl passons l’avoir appréciée de la (jrucc mperne de Léonard.
Les peintures religieuses de la pelile chapelle du château du Cloux ne sont pas de lA-onard , peut-èire sont-elles de Melzi, mais les retouches ne laissent Iransparailre ^•à et là, que dans une ligure de Vierge et dans des tètes d’anges, le style milanais francisé.
Léonard avait apporté d’ilalie le carton inachevé de sa Sxinlc Aime, qui est à 1-ondrcs aujourd’hui. Il le reloucha. Ce fut tout. Il avait apporté aussi quelques esquisses. l'eut-èlre les reprit-il d’une main distraite avec le pinceau de Melzi, aux heures où son ami Melzi se reposait.
On m’a montré à Tours et à .Vmhoisé des lahleaux attribués à Li'onard pendant son séjour au Clos-Lucé. Ces tableaux ne sont pas de sa main , non plus <jue les fresques de sa petite chapelle.
A peine l’ai je reconnu — et encore d’un jieu loin
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