‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 38 sur 69 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

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Il Vinci, che in Milan mcntrc che visse La Cena pinse clic ogni allr’ opéra avanza

Stendhal ne croyait qu’à la version de Ixjniazzo quand il écrivit ces trois lignes ; « Lorsque Melzi se « rendit à Saint-Gerinain-en-Laye pour annoncer la « mort de Leonard à François I", ce roi donna des « larmes à la mémoire de ce grand peintre. Un roi « pleurer ! »

Comment n’a-t-on jias dans les archives françaises une page qui adirme le récit de Vasari *?

■ François, roi de France, pleura et fut rempli de tristesse lorsque Melïi viril lui apprendre qu'il était mort, ce Léonard qui pendant son séjour à Milan peignit la Cène, chef-d'œuvre qui l'emporte sur tous les autres.

■ Après quelques jours de recherches à FonLiinehleau, je priai l'archiviste de chercher encore, lui qui est en intimité avec les docuitients ineditsde l'histoire. Voici sa réponse ;

• Nos registres d'état civil ne datent que de lli'iü.

« Nos archives ne contiennent absolument rien concernant la peinture an seizième siècle, et nulle part nous n’avons la trace du nom do Léonard do Vinci.

« Peut-circ pourriez-vous obtenir quelque bon rense gnement, si vous vouliez prendre la peine de vous adresser è M. Chanipidlion- Figeac, bibliothécaire du palais, dont les connaissances sont trèsétenduessurtout en ce qui concerne Fontainebleau et les événenieuls qui s'y sont passés.

« Le secrétaire chef du bureau, Jabbï. »

.M. ChampoUion-Figeae a vainement interrogé è diverses reprises

Mais combien de pages manquent à notre histoire, mdme au seizième siècle! Les registres du Trésor des Chartes du règne de François I" ne se retrouvent qu’après I6'21, non plus que les minutes du conseil privé et du conseil d’Étal. A peine a-t-on le compte des dépenses ; mais ce compte n’est qu’un chiffre pour chaque mois.

Selon Venturi, le roi, étant à Saint-Gcimain le 1" mai, ne pouvait le lendemain assister, à Amhoise, Léonard mourant. Mais où Venturi a-t-il vu la preuve que François I" était à Amhoise le f"? Dans une ordonnance rendue ce jour-là à Saint-Germain. Cette ordonnance ne prouve rien comme date certaine, parce qu’elle pouvait être rendue, selon la coutume, par le conseil du roi en l’absence du roi , et signée par le sccrélaire de la main. M. Aimé Champollion a trèsbien montré le néant de cette preuve trop alléguée aujourd’hui.

Le chancelier datait les ordonnances du lieu où il se trouvait avec le sceau de l’État, dont il ne se séparait jamais, et du jour où il apposait ce scel sur les actes de l’autoi ité souveraine. Il y avait donc des dilTérences réelles de dates entre les jours où une alTaire était décidée par le roi, puis soumise à son conseil,

scs archives, ses manuscrits, jusqu'aux traditions : Léonard n'apparaît pas une fois à Fontainebleau.

LA M 0 n T

lilii'llée, ensuite scellée par le chancelier, cl ciifm adressée aux cours sou\eraines pour être enregistrée et publiée. Cet usage so perpétua jus(|u’au siècle dernier.

Une autre ordonnance royale [irouve à la fois que le conseil délibérait hors la présence du roi, et que François I"' était absent de Sainl-Gerniain le lendemain de la mort de I^'onanl de Vinci. C’est une autre dceUiralion portant que les actes de notaires seront intitulés du bailli de Tours dans le bailliage de Touraine. (Archives ini])ériales, X, 8,000.) Voici le protocole lilial: « ... l’ar le Roy, Vous, le liaslard de .Savoie comte de Villars, le S' de Saint Blançay, les trésoriers de Franco, généraux des finances et autres présent, .s/ÿiiéGédoyn. » Lorsque le roi assistait au conseil, sa présence y était exactement constatée. D'après le témoignage de celle ordonnance, le roi était donc absent du conseil le ô mai 1519.

Ou peut tirer de ce qui précède celte conclusion: Des deux ordonnances précitées, la première ne prouve pas que le roi fiU à Saint-Germain le 1*' mai, et la seconde prouve, au contraire, qu’il n’y était pas le .5; or, le 2 mai est le jour même de la mort de Léonard.

M, Champollion a étudié avec une grande sollicitude* celte page d’histoire, que déjà M. Léon de Labordc avait affirmée dans scs Recherches sur les arts en France au seizième siècle. M. Cliampollion conclut ainsi : « Il n’y a pas lieu de démentir un récit affirmé par Vasari, quand il n’exislc aucun

■ Revue universelle des arts, sous la direction de Paul Lacroix.

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DF, t, ÉONARD DE VINCI

ilociinicnl aiillienlique qui le dctniisc. On doil donc consciencieusemenl respecter celle tradition , qui a pour elle tant de probabilités. Serait-il possible que Vasari eût inventé un récit renfermant tant de détails précis et naturels? »

Pour moi, après avoir combattu la tradition il y a quelques années, j’y suis revenu, surtout quand j’ai remarqué qu’au temps où Vasari racontait la vie de Léonard de Vinci, il s’était lié avec François Melzi’. Ils avaient feuilleté ensemble les livres de Vinci ; c’est Melzi qui lui avait ap{>ris que les dessins d’anatomie étaient pour la plupart de lui-même, et non de Léo^ nard. Comment admettre un instant que l’iiistoricn qui avait pour ainsi dire devant lui, quand il écrivait, un témoin de la mort de l’illustre maître, eût inventé avec une telle précision de détails cette scène auguste si digne d’étre perpétuée dans l’iiistoire de l’art et dans riiistoire de France”?

* C'est de Melzi que Vasari tenait tous les détails intimes de la vie deI.éonard: « Francesco da Meizo, excellent peintre, m'adit quelconardde Vinci, son maître, composait des oiseaux qui s’envoluient daas l'air. > Vasiiri ajoute que le grand clierclieur ne jugeait pas impossible que l'iiomine pùt un jour s’enlever dans les airs et voler comme les oiseaux. Celui qui avait prédit Galilée et FuUon avait aussi inspiré Montgollicr.

** La mort légendaire de ce grand peintre a été un sujet pour nos

I, A MOUT DE LÉONAED

peintres français qui ont inventé le tableau de genre historique. Il y a cent ans, Vien peignait une Mort de Leonard de Vinci. Il y a trente ans c’était M. Gigoui, c’était Robert Fleury.

Vien a commencé : page glaciale s’il en fut; tout le monde est mort autourdu mourant. Robert Fleury, au contraire, a donné son relief et sa couleur lice beau poème. Faut-il reproduire ici cette page de Jules Janin sur le tableau de M. Gigoui ; Léonard de Vinci recevant le viatique. «Ainsi, le 2 mail519,dans un appartement ducliiteau deFontainebleau, Léonard do Vinci se sentant mourir, demanda à recevoir le saint viatique. Le vieillard se sentait bien malade, la mort était l:i déjà qui se posait sur ce noble visage ; mais Léonard de Vinci voulait recevoir à genoux sa dernière communion. Voilà le sujet du tableau de M. Gigoui. La Dernière ronuiiunion de Sainl-Jértme était, il est vrai, un dangereux anté'cédent. Ici le danger était double, se souvenir ou ne pas se souvenir du chef-d’œuvre. M. Gigoux aurait pu passer avec plus de bonheur entre ces deux écueils. Cependant il a profité habilement de tous les merveilleux détails de sonsiijet. Dans le fond de l’appartement, ce lit défait dont le drap no sera bientôt plus qu’un linceul, c’est le lit du vieillard qui se meurt. Le vieillard est sorti de son lit pour setraincr jusqu'à l'autel dressé à l'autre bout de l'appartement. La tète de Léonard de Vinci est fort belle. C'est bienlàlc vieux druide, comme l'appellent ses biographes. Sa longue barbe, ses longs cheveux, son véritable visage, ce grand corps accablé par la vieillesse et par le mal, le peintre a pris tout ce qu'il pouvait prendre. L'homme à droite qui soutient le vieillard, c'est le roi François I" ; mais est-ce bien là l'attitude d’un roi ? Les genoux tremblants du vieillard fléchissent sous lui ; le prêtre avance en se courbant; il tient l'hostie sainte entre ses mains; derrière l’autel, plusieurs prêtres du château. >

LE TOMBEAU DE RAPHaRL LES FOUILLES AD CHATEAU D*AMB01SE l'église et le CLOITRE LES TÉMOICRAGES DU TOMBEAU

Je rappellerai ici les fouilles faites pour retrouver le tombeau de Raphaël. C’ëtai^n septembre 1855. Quoique Raphaël eût tout disposé pour - son tombeau, comme Léonard de Vinci, il s’éleva, après trois siècles, un grand débat à Rome parmi les antiquaires, les archéologues, les artistes, à propos d’une tête de mort conservée à l’académie de Saint-Luc comme la tète du divin Sanzio. Peu à peu la tradition s’était formée, la foi était venue ensuite, on adorait la précieuse relique. Il faut que l’histoire veille sans cesse avec sa lampe, sinon l’erreur arrive et commet ses

LE TOMBEAU

crimes nocturnes. Non-seulement on divinisait celte tête de mort comme étant celle de llaphaël, mais encore on disputa vivement sur le tombeau du grand peintre. Où était-il? — Au Panthéon, disait l’épitaphe. — Au Panthéon, disait le livre de Vasari. Mais combien qui prétendaient le trouver ailleurs! On demanda au pape la permission de faire des fouilles dans les églises. On commença heureusement par le Panthéon. C’était le 9 septembre 18"»5. Qui le croirait? Quoiqu’on eût ouvert Vasari sur l’autel, quoique l’épitaphe fût là, le 12 septembre on n’avait encore rien trouvé. Enfin, deux jours après, en s’enfonçant sous l’autel, on trouva le tombeau sous une voûte de brique. Toute cette histoire de la recherche et de la découverte du tombeau de Uaphaël a été écrite jMir un disciple de Raphaël au dix-neuvième siècle, Frédérick Overbcck ; la voici telle que l’a recueillie Passavant :

< Rome, le 18 septembre 1853.

« Ce qui a eu lieu ici ces jours derniers, ce qui préoccupe encore en ce moment tous ceux qui aiment les arts ou les cultivent, ce dont j’ai été le témoin oculaire et ce qui m'a touché jusqu'au fond do l’àme, ne t'intéressera pas moins vivement, et comme la nouvelle de ce grand événement va se répandre sans

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